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 Jean-Guy Talamoni : « Les Corses nous font confiance, c’est à nous de ne pas faire d’erreurs ! »
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Jean-Guy Talamoni : « Les Corses nous font confiance, c’est à nous de ne pas faire d’erreurs ! »


Calvi

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Le 08 Août 2017


- Quel est le message de ces Ghjurnate, après 19 mois de mandature, la victoire des Législatives et la perspective des élections territoriales ?
- Nous avons fait un point sur le travail effectué à l’Assemblée de Corse et au Conseil exécutif par l’actuelle majorité. En un an et demi, nous avons engagé un certain nombre d’actions et de grands projets élaborés dans les domaines les plus divers, notamment économique et social, il fallait en rendre compte à l’opinion et aux militants. Ces politiques donneront des fruits dans les mois et les années à-venir. Un exemple : la charte en faveur de l’emploi local a été signée par un grand nombre d’entreprises, nous en attendons rapidement des résultats concrets en termes de création d’emplois. Cette charte a été créée à Paris en 2016 et a généré des résultats dès 2017.

- Pourtant, certains, même au sein du mouvement national, vous reprochent de ne pas aller assez vite ?
- Cela pouvait difficilement aller plus vite ! On savait bien que tout ne se règlerait pas en deux ans ! Nous n’avons pas chômé ! Tout en gérant les affaires courantes, nous avons quasiment révolutionné tous les secteurs relevant de notre compétence et même parfois ceux qui ne l’étaient pas directement. Nous avons mis en place, avec les moyens dont nous disposons, des dossiers en matière de transports maritimes, d’éducation - notamment le cadre normatif spécifique -, ou même d’institutions. Nous avons, pour tenir notre promesse de transparence, créé un Comité d’évaluation des politiques publiques qui s’est déjà réuni sept fois ! Nous avons créé de toutes pièces une nouvelle institution, l’Assemblée des jeunes, qui fonctionne bien et qui est un sujet de fierté pour notre majorité. Nous avons assisté à des débats très pertinents, respectueux et empreints de probité intellectuelle. Ces jeunes pourraient, parfois, donner des leçons à leurs ainés. Certains de leurs votes ont même été mis en pratique, notamment la motion sur les incendies qui a servi de base, la semaine dernière, à la délibération de l’Assemblée de Corse sur le sujet.

- Pourquoi dites-vous, alors, que vous êtes dans une situation très inconfortable ?
- Parce que les Corses pensent que nous sommes compétents en toute matière ! Dès que quelque chose ne va pas, ils ne se posent pas la question de la compétence juridique, ils ne vont pas à la préfecture, ils viennent nous voir. Et, ils ont raison ! Nous sommes une majorité nationaliste et nous considérons politiquement que nous sommes compétents en toute matière. Par exemple, avec le président de l’Exécutif, nous avons proposé une résolution concernant l’islamisme radical alors que nous n’avons pas la compétence en matière de police et de justice, ce qui serait nécessaire pour pouvoir traiter le problème de manière complète. Cette résolution a été votée à la quasi-unanimité. C’est typiquement quelque chose qui n’est pas dans notre compétence juridique, mais dans notre compétence politique. En tant que Nationalistes, nous considérons que tout ce qui concerne les Corses, nous concerne. En même temps, et c’est là où notre position devient parfois difficile, nous n’avons pas tous les leviers.

- Est-ce un problème récurrent ?
- Oui ! C’est un problème que nous rencontrons quasiment quotidiennement ! Il nous faut faire de la pédagogie. Un exemple : les ordures ménagères. Quand il y a des poubelles dans les rues, les gens interpellent Gilles Simeoni et moi-même, alors que c’est le Syvadec et d’autres responsables élus qui ont en charge ce problème. Nous sommes dans une situation transitoire avec de très fortes attentes de la part de la société corse à notre égard et des moyens parfois insuffisants pour y répondre. Nous sommes prêts à assumer les responsabilités, - même, en tant qu’Indépendantistes, toutes les responsabilités -, mais nous avons besoin de leviers. C’est la raison pour laquelle nous réclamons de nouveaux moyens d’agir : un pouvoir législatif pour la Corse, de nouvelles compétences, le transfert progressif de la fiscalité, notamment du patrimoine...

- Pourtant, d’après les trois députés nationalistes, Paris, malgré un affichage girondin, n’est, pour l’instant, guère enclin à le faire. Restez-vous néanmoins optimiste ?
- Je crois qu’il faut avoir l’optimisme de la volonté, pour reprendre une formule célèbre. Il faut avoir en tête qu’il y aura, dans les mois à-venir, des bras de fer avec Paris sur certains sujets. Ces bras de fer ne prendront pas la dimension qu’ils avaient il y a quelques années puisqu’une page a été tournée en juin 2014, mais, si ça ne bouge pas, il y aura, sans doute, des mobilisations populaires sur certains sujets. Des mobilisations même énergiques ! Par exemple sur la question des prisonniers et des recherchés, ou la question de la langue corse. Ceci dit, il faut avoir confiance en la capacité de notre majorité à se faire entendre et des Corses à se mobiliser.
- Un autre message délivré par ces Ghjurnate, c’est qu’au delà des considérations de 1er ou 2è tour, l’union des Nationalistes semble, désormais, un fait acquis ?
- Oui ! Il pourrait difficilement en être autrement, compte tenu de la confiance que les Corses ont témoigné à cette union lors des élections législatives ! Nous avons progressé considérablement depuis les Territoriales qui étaient déjà un grand succès à l’ampleur inattendue. En juin, il y a eu un véritable raz de marée qui a amplifié la victoire de 2015. Nous avons consolidé notre électorat et rassuré ceux qui, à l’époque, n’étaient pas favorables à notre projet. Ce message doit être entendu par Paris qui ne peut pas faire comme si les Corses ne s’exprimaient pas ! Que les Corses votent nationaliste, nous affirment et nous confirment leur confiance, valident notre projet, ça doit quand même interpeller Paris !

- De quelle façon ?
- Cela veut dire que la Corse n’est pas une entité administrative française, c’est une nation !
La question de savoir si la Corse doit ou non être indépendante ne fait pas partie, aujourd’hui, de la feuille de route existant entre les deux courants du nationalisme corse. Mais, pour nous, Indépendantistes, c’est une question qui se posera dans quelques années, comme elle s’est posée en Irlande et en Catalogne.

- Reconduirez-vous le même contrat, la même feuille de route pour la prochaine mandature, si vous êtes réélus, où y apporterez-vous des correctifs ?
- Non ! Le contrat avait été validé pour une mandature de six ans. Ceci dit, nous en discuterons, nous pourrons, peut-être, rajouter un certain nombre de choses qui nous paraissent pertinentes. Mais, globalement, les grandes orientations resteront les mêmes pour les années à-venir.

- Vous plaidez pour une liste unique Pè a Corsica dès le 1er tour des territoriales. Pourquoi est-ce, selon vous, important ?
- Compte tenu des succès enregistrés, notamment le dernier, celui des législatives, nous craignons que les militants ne soient déstabilisés si nous partons avec deux listes au 1er tour. Ils ont fait campagne ensemble, et avec quel succès ! Ils se voient, travaillent ensemble, boivent le café ensemble le matin… Nous craignons, également, que l’opinion, elle-même, soit perplexe. Deux listes, ça ne nous paraît pas logique ! Nous avons, à Corsica Libera, fait le tour des sections et donné, déjà depuis un bon moment, une position de principe. Femu a Corsica n’a pas fini sa consultation interne, nous respectons cette procédure et nous attendons sereinement leur position. Nous voyons bien que la tendance lourde des remontées de terrain, dans les deux mouvements, va dans le sens d’une union dès le 1er tour. Et, puis, il ne faut pas oublier qu’il y a des militants Pè a Corsica, qui ne sont ni des militants de Femu, ni des militants de Corsica Libera.

- Si finalement, Femu opte pour deux listes séparées, cela pourrait-il changer vos relations ?
- Certainement pas ! A la tribune, l’ensemble des élus des deux courants a dit et affirmé que l’union a vocation à être maintenue, renforcée et que nous allons continuer à gouverner ensemble. Après, on peut avancer des raisons de tactique électorale. Pour notre part, nous pensons qu’il faudrait rentrer en campagne, unis et très rapidement. Ne serait-ce que pour maintenir la dynamique considérable qui est en cours ! Nos adversaires politiques le reconnaissent, certains se laissent aller à des confidences et disent que si les Nationalistes ne font pas d’erreurs, ils sont au pouvoir pour un certain temps. C’est, donc, à nous de ne pas faire d’erreurs ! Nous devons continuer à travailler comme nous l’avons fait, en toute complémentarité, avec un succès en termes de résolution des dossiers.

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Jean-Guy Talamoni : « Les Corses nous font confiance, c’est à nous de ne pas faire d’erreurs ! »
- U Rinnovu va présenter sa propre liste, comme il l’a fait en 2015. Il a demandé à intégrer cette grande union des Nationalistes. Y êtes-vous opposés ?
- Je ne sais pas si U Rinnovu veut intégrer la majorité territoriale, quand je vois ce qu’il dit et ce qu’il écrit quasiment toutes les semaines. Je respecte parfaitement ses positions, mais elles sont systématiquement hostiles au travail de la majorité territoriale. Il a critiqué quasiment tout ce que nous avons fait ! Son comportement est celui d’un opposant, et il est difficile d’être à la fois dans l’opposition et dans la majorité !

- Gilles Simeoni plaide pour une ouverture au-delà des Nationalistes. Quelle est votre position sur le sujet ?
- Je suis très favorable à l’ouverture telle que l’a proposée Gilles Simeoni dans le cadre de Femu a Corsica. Que ceux qui le souhaitent, notamment des personnalités qui n’étaient pas nationalistes, rejoignent Femu a Corsica ou même Corsica Libera, c’est très positif ! Cela s’est déjà produit par le passé.

- Et l’union au 2ème ou 3ème tour avec des formations non-nationalistes ?
- Si les Nationalistes sont élus avec une forte majorité, la question ne se posera même pas !

- La structuration de Femu a Corsica en parti politique vous inquiète-t-elle ?
- Non ! Bien au contraire ! Il faut que Femu soit organisé. A Corsica Libera, nous avons effectué cette mue dès 2015. Comme il y avait de fortes chances que les Nationalistes gagnent les élections, nous avons anticipé sur la nécessité de disposer d’un parti de gouvernement. Nous avons engagé les démarches pour créer un parti politique dont nous avons reçu la validation sur le plan juridique en octobre 2015. Aujourd’hui, Corsica Libera est un parti de gouvernement. C’est essentiel pour se mettre en situation de travailler le mieux possible, si les Corses nous font, de nouveau, confiance en décembre.

 



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