"Les Corses méritent mieux que des guerres de tranchées"
Calvi
Par
Le 05 Avril 2019
Beaucoup de maires, évoquant la situation tendue de l'île, ont proposé au Président d'agir dans le sens de l'apaisement. Il a longuement répondu : « L'histoire de la Corse dans la République est faite de tensions et d'adhésions. J'aime cette histoire, cette singularité. J'ai à chaque fois rendu hommage à l'identité corse, mais cette identité s'est aussi façonnée dans la République. Il y a eu des moments de forte tension, comme à Aleria. A chaque fois qu'on a voulu nier la singularité de l'île, la violence est apparue. Cette page a été tournée, et j'ai rendu hommage au docteur Simeoni qui a eu ce courage. Mais on ne peut pas oublier qu'un préfet de la République a été assassiné ici. Et on ne peut pas reprocher à un Président de la République de venir lui rendre hommage vingt ans après, en ayant invité tous les ministres qui ont servi à ce moment-là, même s'ils déplaisent. Ceux qui veulent défendre l'identité corse doivent faire un travail mémoriel et savoir dire les choses.
Autant la page a été tournée sur Aleria, autant je n'ai pas entendu les mêmes regrets sur l'assassinat du préfet Erignac. Je pense que dans cette page d'histoire, tant que certains n'auront pas le courage de dire : « c'est une plaie, notre cicatrice, la souffrance de la famille Erignac est aussi la nôtre »,ils feront bégayer l'histoire. Il y a dans la vie des peuples, des nations, un moment où l'oubli doit s'installer ; l'amnistie, c'est cela. Le président de la collectivité, lors de notre dernier échange au téléphone, a parlé de la Nouvelle-Calédonie – mais ces femmes et ces hommes, après avoir versé le sang, ont su se réconcilier... Ce n'est pas à moi de le faire. Moi, je porte de ma place ce que la Nation doit reconnaître, et la part irréductible que nous devons au préfet Erignac et à sa famille. Rien ne peut progresser, si avec ceux qui veulent porter cette identité, on ne condamne pas aussi les crimes qui ont été commis. Je veux avancer, et on ne peut le faire qu'en restant sur le chemin de crête. »
Le Président est revenu sur ses rapports avec la CdC : « Parfois, j'ai l'impression qu'on me répond avec des postures. Je suis volontaire, déterminé et ouvert. Les Corses méritent mieux que des guerres de tranchées... Je ne réponds pas en tant que Président de la République à une convocation devant une assemblée territoriale, ou alors c'est une perte de repères totale. »
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