75eme anniversaire de la Libération de la Corse : L’hommage bastiais aux combattants
Calvi
Par
Le 05 Octobre 2018
Affable, souriante et concentrée, Geneviève Darrieussecq, Secrétaire d’Etat auprès de la ministre des armées, n’ignore pas que les cérémonies du 75ème anniversaire de la Libération de la Corse, premier département français à s’être libéré, ne sont pas un exercice facile et le sont d’autant moins dans un contexte politique tendu entre l’île et Paris. La colère des familles des résistants et des déportés, la veille à Ajaccio, est là pour en témoigner. Elles estiment, non sans raison, que les hommages et discours officiels sous-estiment complètement, pour ne pas dire occultent volontairement, le rôle majeur de la résistance corse et de la population qui s’est insurgée sans attendre l’aide militaire extérieure. La ministre s’est, donc, livrée à un exercice d’équilibriste et de rééquilibrage dont elle est serait, à l’évidence, bien passée. Ceci dit, cette deuxième journée de commémoration entièrement bastiaise s’est déroulée sans accroc, débutant sous le signe de la jeunesse. Le matin, la ministre, accompagnée des élus corses, a rencontré la classe bilingue de CM2 de l'école Desanti, deuxième prix du Concours « Les petits artistes de la mémoire » pour son travail sur la Grande Guerre. Puis, elle s’est entretenue avec les élèves des lycées de Corte et d’al Khansaa, avant de féliciter le lauréat du concours de l’affiche « 75e anniversaire de la libération ». Des échanges qualifiés de « simples et directs ».
Le témoignage des Goumiers
C’est également en toute simplicité que Geneviève Darrieussecq a, lors de la pause déjeuner à l’IGESA - Institution de gestion sociale des armées située sur le Lido de la Marana - conversé avec les trois Goumiers qui ont participé à la bataille du col de Teghime et de Bastia. Une conversation émouvante et décomplexée avec Mouloudi Ghornite, qui n’avait que 17 ans le 23 septembre 1943 quand il débarque à Ajaccio avec ses deux compagnons : Zouza Bassou, âgé aujourd'hui de 100 ans, et Saïd Mehlaoui. Il avoue : « Je suis bien content d'être ici ». La Secrétaire d'Etat lui assure qu’elle est « fière d'être là à côté de vous. J'ai beaucoup de respect pour ce que vous avez fait ». Dans un français hésitant, le Goumier raconte avec force la bataille de Teghime et conclut : « Une fois que j'ai fini ici, je suis allé en Allemagne, puis j'ai fait la guerre d'Indochine ». « C'était dur, là ! », remarque la ministre. « C'était très dur ! Ce n’était pas bien. On n'a rien gagné. La guerre, c'est mauvais ! ». « Je suis d'accord avec vous », répond la ministre. « Les soldats nous rappellent toujours que la guerre, ce n'est pas bien. C'est quand même important ! ».
Un belvédère en hommage
Une sale guerre. L’expression est reprise par le maire de Bastia, Pierre Savelli, en début d’après-midi, lors de l’inauguration du belvédère du 2ème groupe des Tabors marocains, situé sur u Spassimare. Un discours qui débute en langue corse et replace sans ambages le curseur sur la résistance insulaire et rappelle l’aide des Italiens : « Era u 9 di settembre di u 1943. Bastia era in guerra. A Corsica, a Francia, l’Auropa, u mondu cunniscianu l’ore e più scure di u vintesimu seculu. Stonde brutte, tempi di disgrazia… Mais ce 9 septembre 1943 ferait désormais partie de l’Histoire. De ces dates qui doivent figurer dans les consciences collectives car elles symbolisent la victoire du courage et de la rébellion sur le déshonneur. Le 9 septembre 1943, le Front national lançait le mot d’ordre d’insurrection visant à libérer l’île. Et même s’il faudra attendre plusieurs jours avant de voir arriver en Corse les premières troupes Alliées venues d’Afrique du Nord, le conflit venait bel et bien de basculer. 26 septembre, les Goumiers du 2e Groupement de tabors marocains, accompagnés d’unités italiennes et de résistants corses entament leur progression à travers le Nebbiu. Dans leur viseur, la libération de Bastia. La libération de la Corse… Corses, Marocains, Italiens ne faisaient alors plus qu’un. La nationalité n’avait plus d’importance et n’aurait jamais plus d’importance pour eux. Quelque chose les dépassait… ». Et de conclure : « Ce belvédère est plus qu’une place. Il est un hommage sincère au 2e Régiment des Tabors marocains. Il est un hommage du cœur aux 172 tués, blessés, disparus, survivants. Il est le signe de la reconnaissance de notre ville. Il est le signe que les Bastiaises et Bastiais n’oublieront jamais ».
Le devoir de mémoire
Ce devoir de mémoire a trouvé son point d’orgue sur la Place Saint-Nicolas pour la cérémonie devant le monument aux morts en présence d’élus, de délégations d’anciens combattants et victimes de guerre, des scolaires et des personnalités civiles et militaires. Après la traditionnelle revue des troupes, la ministre, aux côtés du préfet de Haute-Corse, des présidents de l’Exécutif territorial et de l’Assemblée de Corse, des deux députés nationalistes de Haute-Corse, du maire de Bastia… a écouté des élèves de l’école Desanti, du collège Simon Vincinguerra et du lycée de Corte réciter, avec l’aide du président des combattants de Biguglia, l’historique des combats. Un chant des partisans a été interprété par la chorale de Simon Vincinguerra. L’implication des jeunes dans la cérémonie a été saluée par Geneviève Darrieussecq dans son allocution : « Aujourd’hui, la France rend hommage à tous les résistants en Corse et à tous les Corses résistants. Neuf mois avant Overlord et 11 mois avant le Débarquement de Provence, l’île de Beauté fut le premier territoire métropolitain à renouer avec la légalité républicaine. Dès lors et pour toujours, selon les mots du général De Gaulle, la Corse conserve « la fortune et l’honneur d’être le premier morceau libéré de la France ». Cette libération, votre île la doit en grande partie à ses enfants. Elle la doit à tous ses hommes et femmes qui se sont levés au mépris des risques et de la répression ».
Le porte-avion de la liberté
Saluant, également, «
les combattants de la vaillante Armée d’Afrique, qui, pour beaucoup ont combattu jusqu’à la victoire finale en Italie, en France, en Allemagne et jusqu’à l’Autriche », la ministre estime que « Rien n’aurait été possible sans l’apport précieux et irremplaçable des 6 600 combattants marocains qui ont combattu ici… Leur courage a ouvert le chemin vers Bastia… leur mémoire est gravée dans la pierre. La France n’oublie pas les sacrifices consentis pour elle ». Rappelant les destructions dans Bastia, elle salue tout autant « l’héroïsme et la résilience des Bastiais. Dans les rues désolées de Bastia, le 7 octobre, De Gaulle apporte le message de reconnaissance de la France. L’exemple de la Corse concourra à galvaniser les patriotes de France. Dès octobre 1943, par l’installation de nombreuses escadrilles alliées et par sa position stratégique de base avancée, la Corse est devenue le « porte-avion de la liberté ». Et salue, enfin, « l’appui et le concours des armées de la France… La mémoire que nous célébrons aujourd’hui est celle de tous les Français ». La commémoration s’est achevée à l’hôtel de ville où la ministre a rencontré les descendants de trois sous-officiers, issus des régiments de Tabors et Spahis marocains, résidant en Corse - les familles Duprat de Santa Reparata di Balagna, Hottier de Barrettali et Delaire de Patrimoniu – ainsi que le descendant d’Eugène Bonacoscia, décédé en décembre dernier. En octobre 1943, ce jeune berger, seulement âgé de 14 ans, sert de guide aux Goumiers dans les montagnes corses. Il entre avec eux dans un Bastia libéré, vide d’occupants, arborant les gallons de capitaine et vêtu d’une djellabah. « Tout un symbole », conclut le maire de Bastia.
N.M.
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