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Assemblée nationale : Le député Michel Castellani monte au front contre le projet de Loi Travail
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Assemblée nationale : Le député Michel Castellani monte au front contre le projet de Loi Travail


Calvi

Par

Le 24 Novembre 2017


- Vous menez un assaut au Parlement contre la Loi Travail. Pourquoi ?
- Je me suis exprimé très clairement à la tribune de l’Assemblée nationale lors du débat de présentation générale contre un certain nombre d’aspects trop durs de la Loi Travail. Je mène, depuis mercredi et certainement jusqu’à vendredi, une série de batailles à travers 21 amendements concernant notamment la protection des salariés qui font du télétravail, le congé dominical, l’inversion des normes, les plafonds d’indemnités de licenciements… L’inversion des normes, par exemple, ne protège plus suffisamment les salariés dans les entreprises. Désormais, ce n’est plus le droit du travail qui s’imposera, mais les accords d’entreprises. La même chose pour la fusion des divers comités d’entreprise en un seul Comité social et économique, ce qui entrainera une perte de spécialisation. Nous avons essayé de compenser par nos amendements. Ça n’a pas marché.

- Le but du gouvernement est de donner plus de souplesse aux entreprises. N’est-ce pas une bonne chose ?
- La théorie du gouvernement est que la Loi Travail donnera plus de flexibilité aux entreprises, plus de possibilités aux patrons de licencier et de limiter la marge de manœuvre des syndicats… et, donc, de ce fait, permettra au patronat d’embaucher plus facilement ! On verra ! Cette logique n’est pas la nôtre. J’ai expliqué pourquoi je votais contre le prélèvement forfaitaire unique et contre la modification de l’ISF (Impôt sur la fortune) parce que toutes ces mesures, mises bout à bout, finissent pas peser lourdement sur les ménages. Au final, on tape toujours dans le même sens ! Je comprends la logique du gouvernement, mais je comprends aussi qu’il y a, en Corse et en France, beaucoup de gens en difficulté, il ne faut pas les oublier.

- Ce sont des batailles que d’autres groupes d’opposition mènent. Y en avez-vous ajouté une spécifique pour la Corse ?
- Oui ! J’ai ajouté une autre bataille par un amendement que j’ai présenté jeudi après-midi sur l’adaptabilité des lois en Corse. Evidemment, il a été refusé, mais il est un élément central de notre programme politique et est réclamé aussi par le STC (Sindicatu di i travagliadori corsi). Le but est, qu’à l’instar des DOM-TOM, les lois sociales puissent éventuellement, quand c’est nécessaire, s’adapter au tissu social et économique de la Corse. Par exemple, s’adapter au fait que ce tissu économique n’est composé que de TPE-PME (Très petites et moyennes entreprises) avec des relations personnalisées entre le patron et les salariés. On peut aussi réfléchir au financement de ces TPE… Il y a plein de domaines où on peut envisager des adaptations. Nous demandons que, sur le plan des principes, la Collectivité de Corse soit consultée sur l’éventuelle adaptabilité des lois génériques.

- Avez-vous bénéficié de soutiens de députés continentaux pour vos amendements ?
- Oui, certains de mes amendements sont repris par d’autres députés de droite ou de gauche lorsqu’ils concernent des aspects généraux de la loi et qu’ils peuvent s’adapter à d’autres régions. De toute façon, l’opposition a présenté des centaines d’amendements, beaucoup se recoupent, presque tous sont rejetés parce que le gouvernement a un tel poids et croit fermement en ce qu’il fait. Concernant la Corse, c’est un peu particulier : il attend que nous perdions les élections ! En attendant le 10 décembre, il nous assèche. Mais, en nous asséchant, il assèche la Corse ! C’est regrettable ! Je leur ai dit en séance publique : « Si on perd, on prend acte, mais si on gagne, c’est à vous de prendre acte et de reprendre les négociations sur le futur cadre institutionnel et législatif de la Corse ». Si nous gagnons, nous changerons de ton ! Etre de nouveau légitimé par le suffrage universel, dans une démocratie, ça donne de la force !

- Vous intervenez beaucoup sur des sujets nationaux. Pourquoi ?
- Je suis un député de la Corse, mais là, en l’espèce, comme je l’ai fait pour la Loi sur le terrorisme, la situation des prisons, l’antisémitisme, les Maisons de l’emploi, les contrats aidés, la diminution des nombres de postes pour les travailleurs handicapés… j’ai fait le choix d’agir aussi en tant que simple député. Je pense que c’est très utile d’intervenir sur les grands thèmes nationaux. Je mélange des propositions et d’interventions de type général – que je sois député de Corse ou d’ailleurs, ça ne change rien ! - avec des propositions spécifiques à la Corse. Lors du débat de la Loi de finances, j’ai défendu avec acharnement le statut fiscal pour la Corse. Je suis intervenu, à plusieurs reprises, pour la sécheresse, l’hôpital de Bastia, RCFM, la MACOTB, le collège de Luri… En même temps, comme cinq organismes français me l’ont demandé, j’ai défendu France Télévisions, les Chambres de commerces françaises, le fonds national du développement du sport, les agences de l’eau, le plan régional Climat-Energie… Et puis, il y a tout le travail au quotidien dans les commissions qu’on ne voit pas, mais qui est indispensable.

- Vos adversaires disaient qu’un député nationaliste, n’étant pas intégré à un groupe, ne pourrait rien faire. Or, vous faites le job ! Jamais un député corse n’a été aussi actif ?
- Je fais mon travail comme auraient du le faire tous les députés corses depuis longtemps ! Ils ne l’ont pas fait pour deux raisons. D’abord, ils étaient gaullistes ou radicaux et n’avaient pas de motivations particulières, ils devaient s’aligner sur des positions nationales. Ensuite, ils étaient tenus par des logiques de groupes politiques auxquels ils appartenaient et où il est plus difficile de parler parce que, souvent, le président monopolise ou distribue la parole. Or, moi, je suis libre. Je monte à l’assaut, je dépose des amendements, des questions au gouvernement, j’interviens en commission et en séance publique quand je veux. J’essaye, à chaque fois, d’apporter quelque chose dans le débat, tout en m’inscrivant toujours dans la ligne politique de mon parti. Je ne prends de permission que de moi-même, je ne rends de comptes qu’à ma conscience et au peuple corse. Et, ça change tout !

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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