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Cap Corse : Une unité mobile de dessalement d’eau de mer pour pallier la pénurie d’eau
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Cap Corse : Une unité mobile de dessalement d’eau de mer pour pallier la pénurie d’eau


Calvi

Par

Le 20 Février 2018


- Quel est le problème ?
- Nous avons constaté que la pointe du Cap Corse, notamment la commune de Rogliano, mais aussi Tomino et Meria, sont en déficit hydraulique en termes de stockage. Nous avons programmé, lundi matin, une réunion pour essayer de réfléchir tous ensemble et trouver une solution à cette situation. Les recharges habituelles de l’hiver n’étant pas arrivées, nous sommes obligés de passer à une vitesse supérieure.

- A combien s’élève ce déficit ?
- Rogliano dispose d’une capacité de stockage avec la réserve de Stullone qui contient à plein 47 000 m3. Aujourd’hui, le stockage est inférieur à 10 000 m3, c’est-à-dire que la réserve est pratiquement à 1/5ème de sa capacité. Cela ne permettra pas d’assurer la saison touristique du hameau de Macinaggio et d’alimenter les communes avoisinantes. Nous sommes, donc, obligés d’opter pour des solutions dites « de 2002 ». Cette année-là, les communes ont été confrontées à la même situation de déficit hydrique et à l’impossibilité d’être alimentées pendant la saison estivale. On y a paré par la location d’une unité mobile de dessalement d’eau de mer sur le port de Macinaggio. La solution, qui semble à ce jour la plus opportune, est de rééditer la même opération : louer ou acheter une unité de dessalement.

- N’y a-t-il pas d’autres solutions ?
- Depuis un mois, l’Office a anticipé sur les solutions possibles. On s’est demandé si la commune d’Ersa pouvait subvenir en partie à ce déficit comme cela a été le cas en 2002-2003. On s’est aussi demandé si l’acheminement d’eau par tanker était possible, mais, c’est apparemment très onéreux et aléatoire par rapport au contexte, le port de Macinaggio n’est pas équipé pour recevoir des tankers. La seule solution est de mettre une unité mobile de dessalement sur le port de Macinaggio qui produirait 600 m3/jour pour pouvoir répondre de manière optimale à la crise hydrique qui se pose aujourd’hui.

- Quel est le niveau de la consommation d’eau/jour ?
- Selon les chiffres dont on dispose, la consommation oscille entre 100 et 150 m3/jour en hiver, elle peut atteindre des pointes jusqu’à 1000 m3/jour en été. Ce sont des chiffres imposants ! On ne peut pas attendre une recharge du stockage par les pluies ou par la neige, si tant est qu’il puisse neiger au bout du Cap ! Il est impératif de trouver rapidement une solution de rechange. La seule opérationnelle est cette unité mobile.

- Qui la finance ?
- C’est la question ! Les coûts sont importants. Soit, on finance une location de l’ordre de 600 000 à 700 000 € pour l’unité et la mise en place d’une logistique. Soit, on finance un achat d’un coût sensiblement égal pour, au vu du changement climatique qui se profile en Corse, l’utiliser dans d’autres endroits, voir encore à Rogliano en cas de besoin. La pointe du Cap est une des quatre régions de Corse les plus vulnérables en termes d’impact du changement climatique depuis 10 ou 20 ans et à l’horizon 2070. L’objectif est vraiment d’avoir une opérationnalité en temps réel et une adaptation par rapport à ce changement climatique. La solution, que nous proposons, n’est pas la plus facile d’un point de vue financier et opérationnel, mais c’est la seule que nous avons.

- Pourquoi n’est-ce pas facile ?
- Si tant est qu’on achète cette unité mobile, il faut savoir qui l’achète ? L’Etat ou un achat commun avec la Collectivité de Corse, voire avec l’Agence de l’eau… ? On ne sait pas. On se donne une semaine pour prospecter les deux opportunités. Achat ou location : qu’est-ce qui vaut le coup ? Faut-il prendre une mesure d’ampleur très significative avec un achat pour que la Corse dispose d’une unité de dessalement, ou faire du coup par coup et oublier en octobre qu’il y a une sécheresse dans le Cap Corse ? Ensuite, qui prendra la maîtrise d’ouvrage ? Quoiqu’il en soit, il faut garantir l’alimentation en eau potable de l’agglomération de Rogliano et des communes avoisinantes. Si la solution de l’achat se profile, cela engagerait l’Etat et la Collectivité, et permettrait d’anticiper les manques et les carences dans toutes les zones de l’île.

- La solution usine de dessalement est-elle une solution en Méditerranée ?
- Le pourtour méditerranéen, notamment les complexes confinés comme les nôtres au sens de l’insularité, la Sardaigne à terme, la Corse, Malte, l’archipel des Baléares et même la Crête, sont déjà soumises à ces contraintes-là. Le fait d’être une île aggrave les effets du changement climatique et les problématiques. La Corse n’a pas les ressources des Alpes, ni celle des grands fleuves européens, mais est confrontée à ses propres ressources. C’est pour cela que la solution, à mon avis, est de se doter de moyens pérennes en matière de dessalement pour pouvoir répondre ici ou là aux contraintes et au déficit hydrique.

- Quel est l’état de la ressource en Corse à mi-février ?
- A l’heure où l’on parle, la situation est moins critique qu’il y a 15 jours. Les précipitations et la neige ont permis d’alimenter un certain nombre de bassins versants. Les stocks de l’OEHC dépassent 60%. Les barrages EDF sont pleins : on dispose déjà de plus de 60 millions de m3 sur lesquels nous avons des droits d’eau. Nous espérons remplir à peu près l’ensemble des ouvrages. Le seul point de vigilance est le barrage de l’Alisgiani qui dépasse, en ce moment, 50%, mais il faudrait pourvoir récupérer encore 5 millions de m3 pour garantir une saison d’irrigation à peu près satisfaisante sur l’ensemble du bassin de la Plaine Orientale, notamment de la plaine Sud.

- Quelles sont les trois autres régions vulnérables de l’île ?
- Le Comité de bassin de Corse met en place un plan d’adaptation sur le changement climatique. Nous avons délivré un constat dont nous ferons état le 26 mars lors de la réunion du Comité de bassin, qui montre que quatre régions corses sont, par leur passé hydrique, mais surtout à la projection aux années 270, très vulnérables en termes de ressources en eau. Le Cap Corse, la Balagne, le Grand Bastia et l’Extrême-Sud. C’est pourquoi, comme nous l’avons fait l’an dernier et il y a deux ans, nous allons tenir des réunions avec les élus et l’ensemble des professionnels de l’économie et du monde agricole dans l’Extrême-Sud et en Balagne pour sensibiliser les gens aux économies, à la chasse au gaspillage, au rendement et arriver à terme, comme nous le professons depuis quelque temps, à un changement des comportements culturels vis-à-vis de l’eau.

- C’est-à-dire ?
- Il est important de dire qu’aujourd’hui, l’eau est un bien commun et une ressource épuisable. On s’en rend compte. La meilleure preuve est le constat que nous faisons ce matin ici à Macinaggio. Il faut apporter des réponses pérennes, appropriées, d’ampleur, cela nécessite une vision politique forte.

Propos recueillis par Nicole MARI.
Patrice Quilici : « Je suis à 80% rassuré ! Si nous trouvons le financement, on sauvera la saison ! »

« La distribution et les ressources en eau de la commune de Rogliano sont sous délégation de service public (DSP) avec l’Office hydraulique. La sécheresse et le réchauffement climatique ont fait que notre réserve d’eau est en déficit énorme. Il ne reste plus que 9 000 m3 d’eau stockée, nous n’arriverons même pas jusqu’à l’été à ce rythme-là ! L’Office a réuni tous les gens concernés, principalement les maires de Rogliano et des communes limitrophes, Tomino, Ersa, Meria… qui peuvent être en connexion, le député, les représentants de l’Etat et de l’Agence de l’eau, pour trouver une solution rapide. Je suis à 80% rassuré parce qu’on se dirige vers une unité de dessalement qui est, dès aujourd’hui, réservée. Nous devons nous revoir la semaine prochaine avec les décideurs pour parler du financement et choisir entre deux solutions : l’achat ou la location. Le Cap Corse n’a pas de ressources hydrauliques importantes, pas de neige, et il faut s’attendre à avoir une pénurie récurrente. Si nous trouvons les financements pour l’achat, l’unité de dessalement serait opérationnelle dès le mois d’avril. A ce moment, là, on sauvera la saison ! »

N.M.
 



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