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CdC : Un débat budgétaire sur fond de polémique politique
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CdC : Un débat budgétaire sur fond de polémique politique


Calvi

Par

Le 29 Mars 2019


Difficile et contraint. A l’aune des trois précédents, le budget primitif 2019, débattu jeudi après-midi à l’Assemblée de Corse, a réservé peu de surprises. Il s’inscrit dans une double continuité, avec, à la fois, la nécessité de réaliser les objectifs stratégiques déclinés de façon pluriannuelle, et surtout la gestion du lourd héritage qui pèse, comme une fatalité récurrente, sur le pouvoir nationaliste depuis son accession aux responsabilités et qui réduit drastiquement ses marges de manœuvre. La continuité dans la méthode, la rigueur, l’obligation de réduire les dépenses de fonctionnement, d’accéder à la stabilité budgétaire et de dégager des marges pour financer les politiques publiques, mais aussi une accélération due à la montée en puissance de la CdC d’un point de vue institutionnel pour sa deuxième année d’existence. « C’est un budget sérieux, sincère, qui témoigne d’une gestion au cordeau pour nous donner les moyens de réussir à mettre en œuvre notre projet. La conduite de cette institution s’apparente à celle d’un paquebot : même quand le pilote et l’équipage décident de changer de cap, il y a parfois une force d’inertie qui pèse », résume, d’emblée, le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni.

Quatre axes essentiels
C’est pourquoi, avant même de parler chiffres, le président Simeoni a-t-il décliné les traits saillants de sa vision opérationnelle autour de quatre axes jugés essentiels. Le premier reste l’urgence sociale : « La lutte contre la précarité irrigue toutes nos politiques publiques, que ce soit en faveur de l’habitat, de la jeunesse, de la revitalisation de l’intérieur ou de la santé ». Le second axe accentue l’effort sur le développement rural : « Même si les volumes budgétaires affectés sont faibles, les enjeux, notamment de la transition écologique sont majeurs pour la société corse avec, d’une part, la question des déchets et l’économie circulaire pour mettre en œuvre le tri à la source, et, d’autre part, la transition énergétique et des choix pour atteindre l’autonomie énergétique à l’horizon 2050 ». Le troisième axe cristallise la langue et la culture conçues comme facteurs d’identité et d’intégration. « Nous allons faire un effort budgétaire avec, en arrière plan, les questions de patrimoine, mais aussi du bien vivre ensemble pour mieux nous projeter dans une vision partagée de ce que nous sommes ». Le dernier axe fixe un marqueur nationaliste : l’équité territoriale avec le développement des territoires ruraux et la revitalisation de l’intérieur par le biais de politiques innovantes adossées au numérique et aux infrastructures. « Tous les jours, nous sommes interpellés par des citoyens qui nous disent de ne pas oublier la base : les routes dans les villages. Ces citoyens ont l’impression quelquefois d’être oubliés. Le message, que nous envoyons à travers ce budget, est que cet angle-là est, pour nous, central. Nous voulons faire en sorte que l’argent public bénéficie autant que possible aux territoires ».
Des ratios satisfaisants
Le budget mobilise 1,278 milliard € de dépenses réelles et affiche des ratios jugés « satisfaisants » par l’Exécutif. Des dépenses de fonctionnement maîtrisées à 2,45 % dues à « un effort soutenu sur les charges générales et de personnels. Notre action est constante et efficiente pour dépenser mieux ». Des recettes de fonctionnement en hausse de 4,15% et un excédent brut de 168 millions € représentant un taux d’épargne brute de 15%, « ce qui nous permettra de continuer à investir. L’objectif est de maintenir ce niveau et, si possible de l’augmenter. Nous devons tenir compte du contentieux en matière maritime qui fait peser un risque financier d’environ 150 millions €. En prévision, nous avons choisi de provisionner 20 millions € ». Le niveau d’investissements structurants s’élève à 314 millions €, financés à 53% par l’excédent brut et un recours mesuré à l’emprunt d’environ 60 millions €. « Notre capacité d’investissement reste faible par rapport aux besoins de la Corse, faible dans les montants, mais aussi en projets et en capacité d’ingénierie. Notre capacité à engager les crédits dépendra aussi de notre capacité à mobiliser les acteurs et à les faire bénéficier des dispositifs existants », reconnaît Gilles Simeoni. « La part de l’Etat diminue, les recettes fiscales n’augmentent pas, le recours au levier fiscal est difficile, voire impossible, une grosse inquiétude pèse sur les fonds européens… En même temps, les dépenses augmentent mécaniquement. Nous sommes dans une impasse. Il faudra se battre pour obtenir des compétences fiscales pour continuer à investir et permettre à la Corse de se développer et aux Corses de vivre dans une île solidaire et prospère ».

Des inquiétudes et des erreurs
C’est sur cette faiblesse des investissements que se concentrent initialement les critiques de l’opposition, avant de dériver sur la crise entre le pouvoir nationaliste et Paris. François Orlandi, élu du groupe Andà per Dumane, ouvre le bal en tirant tous azimuts sur un budget qui « respecte les ratios, une gestion équilibrée et des équilibres budgétaires. Vous affichez des chiffres réconfortants », mais « Vous ne faites pas mieux en termes d’investissements que précédemment, vous terminez les programmes de vos prédécesseurs, l’économie de l’île en souffre parfois ». Pour lui, les sujets d’inquiétude ne manquent pas : « Nos recettes fiscales liées à la consommation des tabacs et au carburant sont exposées à une diminution. Il ne faut pas laisser aux jeunes générations une dette insoutenable… Nous sommes inquiets parce que le PEI (Programme exceptionnel d’investissements) arrivera bientôt à échéance, espérons que le plan, qui lui succèdera, répondra à nos attentes, encore faut-il que nos relations avec l’Etat s’améliore. Passons aujourd’hui à l’action ! ». Le président du groupe, Jean Charles Orsucci, enfonce ce dernier clou : « Nous devons réussir le dialogue avec l’Etat pour obtenir davantage de solidarité nationale parce que la Corse en a besoin. C’est une erreur de ne pas être allé au rendez-vous avec le chef de l’Etat, c’est une erreur de ne pas se rendre à Cozzano. Vous ne devez pas rester campés sur des postures et des symboles, mais discuter. Nous ne voterons pas ce budget, mais nous allons utiliser ce symbole et nous abstenir pour vous inviter à avancer main dans la main avec l’Etat ».
Pas innovant !
Des critiques reprises en boucle par la droite. « Suite à votre présentation mirifique, je suis conforté dans mes inquiétudes. Vous avez reconnu un avenir marqué par les difficultés. On y est déjà. On ne peut que constater la vulnérabilité budgétaire de la CdC », attaque Xavier Lacombe pour le groupe Per l’Avvene. « Les recettes fiscales progressent de 42 millions €… Mais la hausse de cette fiscalité dynamique provient des départements ! Les dépenses réelles de fonctionnement augmentent de 22 millions €… L’excédent de l’office des transports, promis entre 30 et 50 millions €, stagne à 14 millions. Le compte n’y est pas ! En investissement, on ne sera qu’à 130 millions €. Nos entreprises sont inquiètes et leurs commandes diminuent. Une fois de plus, 2019 ne sera pas une bonne année avec les conséquences économiques que l’on connaît ». Le président du groupe, Jean-Martin Mondoloni, tire une salve nettement plus politique : « Vous n’avez eu de cesse de dire que votre victoire vous avait mandaté pour faire nation. Une nation doit répondre aux grandes révolutions de son temps, notamment à la révolution numérique. Or, dans votre budget, on ne trouve aucun effort d’innovation, la part de R&D est insignifiante… Ce modèle de nation, nous n’y croyons pas ! Prisonniers de vos dogmes, vous ne saisissez pas les opportunités qui s’offrent à la Corse. Vous ne faites pas plus œuvre de modernité, ni d’originalité ! Ce que vous demandent les Corses c’est investir plus… Vous demandez Isula Morta pour la venue du Président Macron le 4 avril. Pas très innovant non plus cette bouderie organisée qui s’est faite en louant les vertus du mouvement clandestin… Ce que vous demandent les Corses, ce n’est pas l’Isula morta, ma un’Isula viva per oghje e per dumane ».

Une confiance sans faille
Le flot de critiques glisse tranquillement sur le président de l’Exécutif qui y répond avec flegme, se bornant à redire ce qu’il avait déjà dit et à inverser à l’occasion la charge des responsabilités. Sur la rencontre avec le chef de l’Etat, il rappelle que le blocage n’est pas de son fait : « Nous sommes prêts à aller à tous les débats dès lors qu’on nous permet de poser des questions importantes et essentielles et qu’on nous apporte des réponses. Pour l’instant, nous avons posé beaucoup de questions et nous n’avons pas eu de réponses satisfaisantes. Nous ne sommes pas dans une logique de rapport de forces. Avec le précédent gouvernement, même quand l’Etat ne voulait pas avancer sur des domaines importants pour la Corse, nous avons réussi, à force de compromis, à avancer. Aujourd’hui, malheureusement, nous avons l’impression que cette volonté n’existe pas ». Au pessimisme de l’opposition sur la mise en œuvre du programme nationaliste, il oppose un optimisme et une confiance sans faille : « Nous sommes en train de construire le socle de notre projet avec beaucoup de difficultés dues aux contraintes, peut-être de lenteur, mais la société corse est en train de changer. Nous avons la volonté ferme de mettre en œuvre ce pourquoi nous avons été élus et construire le pays ».
Le budget a été adopté, la droite a voté contre, le groupe Andà per Dumane s’est abstenu.

N.M.



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