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Corsica Libera fait de la précarité sa priorité
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Corsica Libera fait de la précarité sa priorité


Calvi

Par

Le 10 Janvier 2019


Sans occulter l’actualité nationale ou locale, les dirigeants de Corsica Libera sont venus en nombre à la traditionnelle conférence de presse de rentrée qui a eu lieu ce mercredi à Ajaccio. Elus et militants ont axé leurs préoccupations sur la situation sociale insulaire. Le niveau de pauvreté atteint en Corse laisse présager d’un avenir plutôt sombre voire inquiétant. C’est en tout cas ce qui est ressorti du long rapport lu par Anna-Maria Sollacaro, qui a repris la situation point par point, soulignant la fracture sociale qui s’est étendue plus que jamais, avec des revendications légitimes qui sont pour la plupart- cela depuis de très longues années - à la base du programme social du mouvement national « et particulièrement du courant que nous représentons depuis plus de quarante ans… »

Un seuil de pauvreté qui inquiète…

La jeune militante a rappelé que plus de 20% des Corses vivent sous le seuil de pauvreté. En clair, plus de 60 000 insulaires perçoivent 960 euros par mois et parmi eux, la moitié vit avec 760 euros :
« Comment peuvent-ils espérer vivre dignement avec le coût de la vie qui grimpe à vive allure ? Le prix de l’essence qui augmente, les loyers qui s’envolent, les logements conservés à des fins touristico-économiques, sans parler de l’alimentaire qui se développe de manière effrénée avec les bénéfices qu’on imagine, cela sans pour autant baisser les prix. L’avenir est bel et bien sombre pour les plus précaires ! »
Il est clair que si l’économie insulaire a connu sa part de croissance, nombreux sont ceux qui sont restés sur le bord de la route. Il n’est que de se pencher sur les chiffres pour mieux s’en rendre compte.
Drôle de triptyque !

Il est certain qu’avec de pareils chiffres, Corsica Libera ne peut que tirer la sonnette d’alarme. Pour le mouvement, le triptyque Tourisme-Construction-Implantation de casernes et autres bases militaires est supposé générer des richesses - selon l’Etat bien sûr - mais Corsica Libera constate que les zones où l’intensité de précarité et de pauvreté sont le plus élevées sont, comme par hasard, celles relevant du tourisme, des constructions et celles où sont implantées les bases militaire :

« L’extrême Sud et la Balagne sont envahies de résidences secondaires et arrivent en tête de l’analyse factorielle à 10 indicateurs de pauvreté et de précarité de l’Assemblée de Corse. Le Fium’Orbu n’est pas en reste, alors même qu’est implantée dans la région une base militaire de l’OTAN censée être un moteur économique pour la région… »
La « lettre » de Corsica Libera fait état de cette précarité élevée couplée à une politique visant à faire disparaître toute trace de culture ou de valeur au sein du peuple corse :
« Cela a engendré une délinquance importante, des trafics de drogue, des vols avec violence à l’encontre de personnes âgées. La misère et la perte de repères créent chez une partie de notre jeunesse un malaise. L’Etat, par sa politique désastreuse menée en Corse depuis plus de quarante ans est responsable de cette situation. L’Etat ne donne pas les leviers à la Collectivité de Corse pour agir sur la précarité. Encourager une nouvelle immigration massive (4000 personnes par an), c’est accélérer la disparition de l’identité culturelle corse. Les nouveaux arrivants, occupent des postes-clés et privent les Corses de travail, surtout lorsqu’ils ne s’installent pas à l’année et construisent de somptueuses maisons pour la plupart louées. Cela engendre une augmentation des loyers, des pris de l’immobilier, une concurrence déloyale au secteur de l’hôtellerie…Sans aucune intégration au sein de la population. »

Quels moyens pour la Collectivité ?

Les compétences et les ressources actuelles de la Collectivité de Corse peuvent-elles permettre de changer les choses ? Les relations sont tendues, chacun en est conscient.
Pourtant, Corsica Libera reconnaît que des actions ont été entreprises par la majorité territoriale comme notamment la carte ritirati, la baisse du prix des billets dans l'aérien, le plan de lutte contre la précarité, la charte pour l'emploi local. Le mouvement déplore les faibles compétences de l'Assemblée de Corse qui empêchent la mise en place de politiques efficaces.
Petr’Anto Tomasi, président du groupe Corsica Libera à l’Assemblée de Corse explique :

« Les inégalités sociales, le taux de pauvreté, les écarts de salaires ne cessent de se creuser. Il faut que les politiques s’engagent. Nous n’avons pas tous les leviers, ni financiers ni institutionnels, mais nous tâchons à notre niveau de redistribuer ces richesses, comme les transports, la baisse des prix dans l’aérien, l’installation des agriculteurs, le fonds foncier, les carburants et nous allons continuer dans cette voie. On ne peut pas proposer l’émancipation, la souveraineté et la dévolution de pouvoir à la Collectivité, l’évolution constitutionnelle et la question sociale et économique pour répondre efficacement à toutes ces questions. Nous avons besoin de leviers fiscaux et juridiques. Il n’est que de se pencher sur la guérilla menée par le gouvernement sur la charte de l’emploi local pour se convaincre qu’aujourd’hui on ne peut pas prendre de mesures efficaces au bénéfice des Corses ou de la corsisation des emplois.
Aujourd’hui il y a des blocages. Le gouvernement français a, par ailleurs, des difficultés extrêmement importantes sur d’autres sujets. Mais nous allons continuer à porter ces revendications. Lorsqu’il y a des visites qui sont de simples visites de mondanités, nous n’y participerons pas. En revanche, lorsqu’il y a une discussion qui s’ouvre au bénéfice de la Corse, nous continuerons à participer parce qu’il y a là un enjeu décisif pour la Corse. On ne pourra pas opérer l’effort de redressement social, économique et national si on n’acquiert pas de nouveaux pans de souveraineté »,


Présence aux élections

Si le développement complet du dossier sur la précarité en Corse a constitué l’essentiel de cette intervention de Corsica Libera, le mouvement ne laisse pas l’autre actualité au vestiaire mais bien au contraire entend s’investir dans d’autres domaines, comme celui des élections à venir. Election du Fium’Orbu, élections municipales, de mars 2020 font partie de leur programme à plus ou moins brève échéance. D’autres réunions se profilent pour les prochains jours, comme la conférence sociale qui se déroulera lundi prochain à Bastia.

La revendication continue…

Cette conférence de rentrée a permis aux élus et membres de Corsica Libera de soulever les problèmes d’actualité rappelés plus haut. Pour sa part, Pierre Paoli, l’un des piliers du mouvement, confirme que la Corse est fortement touché par ce qui se passe dans l’hexagone et surtout sur l’ île :

« Vous avez pu constater que la situation sociale est plus que préoccupante en Corse avec la précarité qui gagne nos villes et nos campagnes. C’est d’ailleurs un dossier sur lequel nous nous penchons depuis près de quatre décennies et nous continuerons d’en faire une priorité. Le mouvement nationaliste est aux commandes mais notre lutte et notre revendication historique portée depuis plus de quarante ans par les militants doit continuer à irriguer la région. Nous nous devons d’être la courroie de transmission pour les générations futures. Nous avons gagné les élections mais en même temps, il y a ce blocage vis-à-vis de Paris sur les grands axes que sont la terre, la langue, le peuple, et l’on se rend compte que rien n’avance. Aujourd’hui nous avons un contrat qui a été validé par notre peuple. Il nous faut aller vers cette autonomie législative et nous mettrons tout notre poids dans la balance pour que ça avance. Le peuple corse a validé une démarche et aujourd’hui, elle semble bien ancrée jusqu’auprès de la jeunesse de notre région. C’est donc à nous d’avancer malgré les blocages qui se présentent sur la route. Il est certain que nous allons franchir un palier qui va permettre aux Corses de définir leur destin sur leur terre. »

J.F.



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