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David Brugioni : « On me menace parce que je veux rétablir l’ordre et le droit dans ma commune ! »
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David Brugioni : « On me menace parce que je veux rétablir l’ordre et le droit dans ma commune ! »


Calvi

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Le 20 Septembre 2017


- Samedi, face aux personnes venues vous soutenir, vous avez évoqué « un climat délétère d’alerte cyclonique ». De quoi s’agit-il exactement ?
- Depuis mon accession à la mairie, il y a trois ans, je subis, au quotidien, des menaces verbales, des intimidations, des insultes… étalées sur la place publique et même jusqu’aux terrasses des cafés. Les pressions sont allées crescendo jusqu’à des tirs contre ma maison. Cette violence est aussi déployée gratuitement contre ma famille. J’ai même été menacé devant les gendarmes ! J’ai déposé plusieurs dizaines de plaintes. En vain ! J’ai même écrit au nouveau procureur de Bastia pour dénoncer ce climat et ce désordre.

- Qui vous menace ?
- L'entourage d'une partie de l'ancienne municipalité et des gens extérieurs à la commune sont derrière ces agissements. On veut nous intimider et nous faire lâcher prise, mais ça fait l’effet inverse ! On veut faire tomber mon Conseil municipal par tous les moyens et se préparer pour les prochaines élections. On se targue du soutien d'un mouvement nationaliste au pouvoir à la région et même de soutiens haut-placés dans la sphère publique. Cela crée une ambiance mafieuse !

- Pourquoi vous menace-t-on ?
- Parce que je veux rétablir l’ordre et le droit dans ma commune. Depuis notre accession à la mairie, nous avons découvert toutes sortes d’infractions graves et dénoncé publiquement un système clientéliste et de passe-droits qui concernait l'occupation du domaine public, le PLU (Plan local d’urbanisme), l’aménagement, la gestion municipale du port et l’attribution des anneaux de plaisance... Nous avons constitué un très gros dossier et porté plainte. C’est sûr que dénoncer des dérives affairistes, ça dérange ! Surtout certains intérêts particuliers ! Mais, nous ne voulions pas être comptables, ni judiciairement, ni politiquement, parce que ne pas dénoncer, c’est être complice ! Nous avons entrepris d’assainir la gestion de la commune. Ça ne plait pas à tout le monde !

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David Brugioni : « On me menace parce que je veux rétablir l’ordre et le droit dans ma commune ! »
- Cet été, la tension s’est cristallisée autour de la gestion du port. Où est le problème ?
- Le port n’a jamais été géré ! C’était l’anarchie ! Le problème est de faire prendre conscience aux habitants de Centuri que la gestion du port est impérative pour le développement de la commune. Et surtout de faire comprendre à certains que les pratiques du passé sont révolues ! Notamment les passe-droits concernant le mode d’attribution des anneaux sur le port de plaisance. Le port de Centuri est un port départemental exclusivement réservé à la pêche. L’année dernière, nous avons passé avec le département une Délégation de service public (DSP) et obtenu, pendant un an, la gestion du port, ouvert à la plaisance. Nous avons pu, ainsi, légaliser la présence des plaisanciers dans le port.

- Cette présence n’était-elle pas légale avant ?
- Non ! La plaisance ne disposait d’aucun cadre légal pour occuper un anneau. Dans les faits, elle occupait des anneaux, sans droit, ni titre, ni aucune garantie d’être assurée si jamais sa responsabilité était engagée. Et, bien entendu, sans payer l’anneau ! Du moins sans le payer au gestionnaire public. Pour certains, c’était un business ! On s’arrangeait entre amis, on se passait l’anneau… Certains habitants se plaignaient de ne jamais réussir à avoir une place au port. Nous avons enlevé ces passe-droits. Nous avons rétabli l'équité. Ceux, qui en profitaient, n’ont pas apprécié que ça change ! Les actes d’incivisme se sont répétés et sont montés crescendo pendant l’été.

- Lesquels par exemple ?
- Fin juillet, les amarrages du bateau du doyen des pêcheurs, qui est la figure emblématique du Cap Corse et aussi mon grand-oncle, ont été coupés. J’ai fait une réunion publique pour expliquer la nouvelle gestion, soutenu par le CLUPIPP (Comité local des usagers permanents des installations portuaires de plaisance) et l’association CAPENSE, et rappelé que, dans tous les autres ports, l’occupation du domaine public est payante, c’est la loi ! Il n’y avait que Centuri qui sortait de ce cadre-là, nous avons juste rétabli la légalité, comme nous l’avons fait avec les commerçants. Quelques jours après, la piscine du président du CLUPIPP a été badigeonnée de goudron. Dans la foulée, ma femme s’est faite insultée par quelqu’un qui a été exclu du port. Trois plaintes ont été déposées.

- Qu’est-ce qui a changé depuis un an concernant le port ?
- Nous avons voulu mettre en place une gestion nouvelle et transparente pour obtenir des recettes et réaliser, pour 2018, des aménagements nécessaires sur le port dans l’intérêt général pour les pêcheurs et les plaisanciers. Aujourd’hui, il n’y a aucun équipement sur le port de Centuri ! Il n’est même pas électrifié ! Nous allons, d’ici à la fin de l’année, amener le réseau électrique. La même chose au niveau des réseaux d’eau avec une station de lavage. Plus nous aurons de recettes, plus nous pourrons réaliser des investissements. La chaine mer, c’est-à-dire un système d’amarrage conforme, sera installée à la fin de l’année par le département. Une opération de dragage, ou au moins de nettoyage, pourrait être, également, effectuée.

- Vos adversaires réclament des comptes sur la gestion. Allez-vous les donner ?
- Les comptes, j’ai obligation de les rendre au département qui les transmettra au contrôle de légalité de la préfecture. Ils seront, ensuite, consultables par tous. Je suis en train de donner les comptes 2016 et je donnerai en 2018 les comptes de 2017. Je peux déjà dire que les recettes du port avoisinent, cette année, 50 000 €. L’an dernier, elles étaient de 47 000 €. Mais le problème n’est pas là, il est sur le mode d’attribution des anneaux de plaisance, surtout des anneaux à l’année. Il y a des récalcitrants qui ne voulaient pas payer ! La mairie les a mis en demeure, ils sont tous rentrés dans le rang. Le problème se pose aussi avec certains commerçants qui ont profité par le passé de largesses pour l'occupation du domaine public. Le retour à la légalité ne plaît pas à tout le monde. Certains mènent une campagne de désinformation en disant qu’on ne fait pas preuve de transparence. C'est un comble ! Ça, c’était peut-être l’ancienne mandature, pas la nouvelle ! Depuis que je suis élu, tous les conseils municipaux ont lieu, sont ouverts au public et font l'objet d'une campagne d'information.
- Vous parlez aussi de pressions au niveau de l’urbanisme. Sont-elles dues à l’abrogation du PLU ?
- Le PLU a été abrogé suite à une mise en demeure de la préfecture le 28 juillet 2015. Une première mise en demeure avait déjà été signifiée en 2009, avant que le PLU soit approuvé en 2010. Il aurait du être attaqué au Tribunal administratif par le Préfet qui ne l’a pas fait. Ce PLU était illégal, il portait atteinte aux dispositions du PADDUC dans les espaces remarquables et les espaces agricoles, et à la loi Littoral dans les espaces proches du rivage. Il ouvrait à l’urbanisation des zones non viabilisées, non desservies ni par les réseaux d’eau potable et d’assainissement, ni par les réseaux électriques et la route. La commune devait, donc, réaliser les travaux alors qu’elle ployait sous une dette d'un million d'euros. C’était impossible ! L’abrogation du PLU a gelé ces terrains, surtout autour du port où la pression spéculative est forte. Ça a contrarié des intérêts ! Mais, nous n’y sommes pour rien ! On m’a reproché un certain immobilisme, mais comment faire autrement ! Il fallait, d’abord, remettre de l''ordre dans les finances et réaliser certains aménagements, notamment au niveau du réseau d'eau potable.

- Samedi dernier, vous avez symboliquement ôté votre écharpe de maire. Pourquoi ?
- Pour faire un geste fort, pour protester contre l’absentéisme des pouvoirs publics et judiciaires bastiais. Je n'ai plus confiance dans la justice ! Je me sens abandonné par l'Etat ! Comment peut-on croire encore à l’impartialité de la justice lorsque des dossiers explosifs et toxiques sont classés ? Comment croire en l’Etat de droit quand ce même Etat a laissé faire sous l'ancienne mandature, que le contrôle de légalité n'a pas été effectué correctement ? La population peut légitimement se demander pourquoi ! Dès le mois de mai, j’ai informé le nouveau préfet du climat délétère et malsain, du désordre et de la violence qui montaient crescendo à Centuri, lui demandant de venir sur la commune. Il est venu... non pas me rencontrer, mais déguster la langouste ! Heureusement, j’ai reçu de nombreux soutiens de gens que je remercie et d’élus qui subissent aussi ce genre de pressions. Nous devons tous ensemble dire qu’il faut que ça change !

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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