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Jean-Félix Acquaviva : « L’élection municipale ne peut pas être le plagiat d’une étiquette et d’un contrat territorial »
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Jean-Félix Acquaviva : « L’élection municipale ne peut pas être le plagiat d’une étiquette et d’un contrat territorial »


Calvi

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Le 11 Juin 2019


- Comment réagissez-vous à l’appel à l’union lancé par le PNC ?
- L’union existe à travers le contrat Pè a Corsica au sein de la majorité territoriale pour une période de 10 ans autour d’un statut d’autonomie de plein droit et de plein exercice et de points de méthode qu’il faut mettre en œuvre. En ce qui nous concerne, nous sommes très attachés à ce contrat. Cela a toujours été le cas. Nous entendons cet appel à l’union qui nous paraît un peu mis en dramaturgie. Ce n’est pas parce qu’il y a des débats sur les élections municipales de 2020 et la façon de les mener que nous sommes en rupture d’union ! La majorité territoriale existe, sa cohésion n’est pas remise en cause. Son contrat doit être évalué puisque des divergences sont apparues sur la façon de le conduire. Ce n’est pas pour cela qu’il faut dramatiser une situation qui n’est pas dramatique !

- Jean-Christophe Angelini parle d’urgence et fixe, pour les candidatures, une deadline impérative à la fin de ce mois. Qu’en dites-vous ?
- D’abord, il n’a jamais été question d’attendre septembre pour démarrer les Municipales ! Donc, encore une fois, nous ne comprenons pas trop cette dramatisation des dates et des enjeux. Nous sommes sur cette question aussi mobilisés que nos partenaires, en particulier à travers l’activation de nos réseaux militants et les comités territoriaux de Femu a Corsica. Nous sommes très attentifs à la façon de conduire les débats démocratiques, internes et locaux. Ensuite, l’argumentaire, qui dit que le contrat Pè a Corsica concerne l’ensemble des élections, nous étonne. Nous sortons d’une séquence européenne qui a acté des divergences. Pour nous, il est très clair que ce n’était pas une petite élection pour la Corse. Nous estimons que le désintérêt de nos partenaires, leur désengagement, est une faute politique pour le nationalisme et pour la Corse.

- Ce boycott n’a pas empêché l’élection d’un député corse… !
- Non ! Fort heureusement ! Grâce à la mobilisation de Femu a Corsica et du président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, et grâce aussi à l’élan qu’ont connu Europe Ecologie les Verts (EELV) et Régions & Peuples solidaires (R&PS). Malgré un scrutin national qui n’était pas simple pour nous - un scrutin de liste -, nous avons réussi à faire en sorte qu’un député nationaliste corse siège au Parlement européen. Ce qui est essentiel pour défendre la Corse. Nous pourrons, ainsi, travailler en lien avec l’Exécutif sur des enjeux comme la PAC (Politique agricole commune), les fonds européens sur les infrastructures routières, l’innovation, l’économie, la reconnaissance de la clause d’insularité, mais aussi la démocratie en Europe, la lutte contre les populismes et la diversité culturelle…

- Le PNC argue que vous n’avez pas demandé l’investiture Pè a Corsica. Qu’en est-il ?
- Femu a Corsica a été irréprochable et a respecté toutes les étapes de la procédure. Nous avons, en interne, à travers notre Commission d’investiture, choisi des candidats potentiels, puis recherché la cohésion avec nos partenaires. Nous avons discuté avec le PNC pour trouver un compromis entre nos deux candidats. L’accord n’ayant malheureusement pas été trouvé, le PNC ne le souhaitant pas, c’est le Conseil fédéral de R&PS qui a tranché. Il a choisi celui qui a été considéré par l’ensemble des mouvements autonomistes et régionalistes comme le plus à même d’être représenté sur la liste EELV. C’est un choix démocratique. Dire qu’il n’y a pas eu de consultation, ni de concertation avec nos partenaires pour justifier l’abstention du PNC est inexact ! Corsica Libera a aussi été contacté pour donner son avis, mais a considéré qu’il fallait relativiser cette élection et n’est, donc, pas venu à la discussion. C’est pour cela que nous n’avons pas pu demander l’investiture Pè a Corsica ! Mais ce n’est certainement pas de notre fait !
- Est-ce le seul élément à purger dans votre contrat ?
- Non ! Il y a aussi les critiques de nos partenaires à l’encontre du président de l’Exécutif. Ces critiques ne sont pas du tout fondées. Il faut aussi régler la conduite d’un certain nombre d’affaires concernant la majorité territoriale, notamment le fonctionnement interne de cette majorité à la Collectivité de Corse (CdC). Il ne faut pas oublier, non plus, que le PNC, qui exhorte à l’union aujourd’hui, a pourtant fait un acte de désunion. Il a pris la décision de ne plus participer à la construction de Femu a Corsica, alors qu’il s’était engagé à le faire en octobre 2017. Il ne peut pas dire aujourd’hui que Femu – qui était conçu comme un parti à tendances - est un parti hégémoniste parce que, dans ce cas, il n’y a aucune raison de travailler avec lui dans le cadre de Pè a Corsica !

- Etes-vous en train de dire que ceux qui appellent publiquement à l’union sont ceux qui, en fait, ne cessent de la fragiliser ?
- Nous disons qu’aujourd’hui, nous sommes en 2019, pas dans les années 80 ou 90. On ne peut pas, quand on fait des contrats d’union, raisonner au forceps avant chaque élection, comme c’était le cas dans ces années-là, et sans évaluer le contrat passé. Dans ce contrat, il y a des points de méthode et des points de fond qui nous engagent au niveau de la gestion de la CdC et des affaires de la Corse dans leur ensemble. Il faut, au-delà des Municipales, débattre de la façon de conduire ce contrat dans l’intérêt de la Corse, de l’éthique et du respect des engagements pris.

- Qu’est-ce que cela signifie pour les prochaines municipales ?
- Les élections municipales ne sont pas les élections territoriales. Depuis 2010, notre marque de fabrique à Femu a Corsica – je parle de la structure et de l’état d’esprit de Gilles Simeoni – a été de considérer qu’il fallait passer du nationalisme au national. L’idée était de créer les conditions de parler différemment aux Corses pour que ceux qui se reconnaissent dans l’existence du peuple corse, la nécessité d’un statut d’autonomie, d’un pouvoir législatif, de l’officialité de la langue corse… mais qui ne se réclament pas des structures nationalistes existantes, puissent trouver un espace pour participer à l’effort. Cet appel a été entendu puisque nous avons atteint 56% des suffrages. Ce n’est pas enlever un quelconque mérite aux autres structures partenaires, en particulier le PNC, que de considérer que le moteur essentiel de l’obtention de cette majorité absolue a été notre capacité à nous ouvrir à la société corse, y compris à des militants d’autres structures de gauche et de droite.

- Comptez-vous étendre cette marque de fabrique aux Municipales ?
- Oui ! Nous disons à nos partenaires que ces personnes ont fait campagne pour nous. Elles ont fait le choix de la liste Pè a Corsica en décembre 2017 et veulent participer, aujourd’hui, de manière militante ou en étant candidates, à la vie locale, que ce soit dans les villages ou les villes. Pè a Corsica et l’ensemble de ses structures n’ont pas vocation à se rétracter sur la seule coordination des partis. Cette transformation que nous avons initiée et capitalisée, nous avons vocation à la poursuivre et à l’amplifier dans une élection qui, par essence, demande l’investissement de nombreuses ressources humaines pour relever les défis au quotidien. Nous n’avons pas à fermer les portes, mais à intégrer l’ouverture comme consubstantielle d’une démarche gagnante aux Municipales. L’élection municipale ne peut pas être le plagiat d’une étiquette et d’un contrat territorial, fut-il vertueux ! Ce n’est pas si simple que ça ! Ce n’est même pas souhaitable d’imposer des étiquettes contre l’avis des gens qui s’investissent localement !

- Cela signifie-t-il qu’il n’y aura pas d’accord global Pè a Corsica sur les dix villes à enjeu ?
- Cela veut dire qu’il y a de notre part, comme cela a toujours été le cas, la volonté de rechercher la cohésion globale de la majorité territoriale, mais cela doit se faire par une démocratie interne à chaque structure pour mettre en avant les militants qui veulent s’investir, mais aussi en ouvrant la discussion à d’autres. Nous sommes à Femu a Corsica attachés à l’ouverture et à la démocratie territoriale locale. Nous sommes en oxygénation vers la société corse. Il y a des débats locaux, notamment dans les villes de Bastia, Corti, Aiacciu, Lisula, Calvi… et même dans les villages pour que des équipes et des personnes en capacité de les porter puissent se déterminer de la façon la plus démocratique. Il faut qu’en cohésion avec la majorité territoriale, nous trouvions, au cas par cas, les voies et moyens de démarches vertueuses qui ne ferment pas la porte à ces ouvertures. Même si le débat en coordination Pè a Corsica est important, nous ne pouvons pas réduire la question des Municipales à de simples investitures par le haut vers la base !

- C’est déjà le cas ! Des candidats se sont déjà déclarés de leur proche chef et demandent l’investiture Pè a Corsica. Que leur répondez-vous ?
- Aucune membre de Femu a Corsica, fut-il intéressé par une candidature, ne s’est déclaré parce que nous avons, justement, préservé la discussion entre les partenaires de Pè a Corsica et avec les personnes d’ouverture à l’échelle du territoire, des communes et intercommunalités. L’impératif, je le répète, est la démocratie dans la désignation des candidats. Cela exige, d’abord, de demander l’avis et la participation des militants et des gens qui veulent s’investir à nos côtés. Ensuite, il y aura, concernant les équipes et les projets qui se dessineront, un débat à l’échelle de la coordination, mais il ne peut se faire que de manière convergente sur la règle de l’unanimité. La coordination est basée sur un contrat entre trois partenaires, le choix d’un candidat ne peut pas se faire à la majorité, selon la règle de 2 contre 1, mais à l’unanimité. L’intérêt local doit primer sinon, comme on l’a vu dans de l’élection de Prunelli di Fiumorbu, ce sera très compliqué.

- Ressentez-vous ces déclarations d’investiture unilatérales comme une façon de vous forcer la main ?
- A Femu a Corsica, nous sommes ancrés sur des engagements : la démocratie comme objectif et comme fin, l’ouverture à la société, la défense des intérêts de la Corse, de son peuple et de ses droits. Notre fonctionnement interne est totalement démocratique. Rien ne peut nous faire pression ! Les volontés de pression externe, si elles existent, seraient vaines parce qu’elles ne peuvent avoir de prise sur nous. Ces candidatures, nous les avons découvertes dans la presse. Nous pensons qu’elles sont à verser au pot commun de la méthode que je viens de développer. Il est important d’avoir une discussion de méthode sur le sujet, mais dire, de facto, qu’il faut absolument des étiquettes de départ, qui contractent la démarche par le haut, nous paraît être une mauvaise méthode.

- Jean-Christophe Angelini exprime sa crainte de Primaires entre Nationalistes. Le risque existe-t-il ?
- Nous rechercherons le maximum de cohésion et de convergence entre les partis, mais nous sommes confrontés aussi à une démocratie locale qui peut engendrer des différences de vue sur les candidats susceptibles de porter les démarches. Il ne faut pas dramatiser les démarches ! Si la cohésion ne peut pas se faire au 1er tour, elle se fera nécessairement au 2nd tour afin que la cohésion triomphe au final. Il faut que la majorité territoriale continue à se répandre, en termes d’idées et de projets, au sein de la société corse. S’ouvrir à d’autres forces de progrès est, d’ailleurs, un point du contrat Pè a Corsica. Les Municipales sont un terrain de prédilection pour agglomérer de nouvelles ressources humaines.

- Le PNC en appelle aussi à l’union, voire à l’unité face aux attaques de l’Etat. Il parle de « confusion » et de « désordre ». Qu’en pensez-vous ?
- Ce n’est pas parce qu’il y a un débat entre nous sur les municipales que cela altère notre capacité à répondre de manière unitaire à l’Etat ! Que ce soit sur l’affaire de la fibre optique avec la mise à l’index du président de l’Exécutif et du Conseil exécutif par une attaque politique en règle de l’Etat, ou encore dans la gestion erratique des autorisations pour les établissements de plage par la Préfecture de Corse. En tant que parti important de la majorité territoriale, parti du président de l’Exécutif corse, Femu a Corsica est, aux côtés des autres structures de Pè a Corsica, solidaire pour faire valoir un certain nombre de méthodes et d’arguments, faire entendre raison à l’Etat et éviter les dérives et les conflits que la Corse a pu connaître par le passé.

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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