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Jean-Guy Talamoni : « L’idée serait d’engager à nouveau des procès contre ceux qui insultent les Corses »
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Jean-Guy Talamoni : « L’idée serait d’engager à nouveau des procès contre ceux qui insultent les Corses »


Calvi

Par

Le 31 Mai 2018


Voici le texte de son discours :

« Quelques mots pour vous informer de l’initiative que j’ai dû prendre face à une polémique d’une rare violence. Lorsqu’on lit certains propos, des insultes bien sûr, mais aussi des appels au meurtre en raison de l’appartenance à notre communauté, il est évident qu’il ne s’agit pas seulement de football.
Je citerais simplement le fameux hashtag #Mortauxcorses.

Des attaques contre les Corses, il y en a eu, depuis de longues années. Mais il y a longtemps qu’il n’y avait pas eu une campagne de haine comme celle-ci. En fait, pour retrouver une situation similaire, il faut revenir aux suites de la défaite de 1870. A l’époque, nos compatriotes étaient considérés comme responsables du comportement de Napoléon III en raison de leurs origines corses. Facebook et Twitter n’existaient pas encore, il n’y avait pas de hashtag, mais les livres d’histoire indiquent que les journaux utilisaient la même devise qu’aujourd’hui : « Mort aux Corses ». Et comme les mots et les écrits ne suffisaient pas, des pogroms anti-corses furent organisés. Rappelons, par exemple, qu’à Marseille, quelques malheureux furent jetés à la mer et qu’à Paris, deux Corses, Vincensini et Poli, furent poussés dans la Seine, comme, un siècle après eux, Brahim Bouarram, pour les mêmes raisons : le racisme et l’imbécilité, qui vont souvent de pair.

Dans pareille situation, bien sûr, ce racisme et cette imbécilité peuvent être partagés des deux côtés. La différence c’est que le racisme anti-français, comme le racisme anti-maghrébins ou l’antisémitisme, heureusement, peuvent être condamnés par les tribunaux ! Ce n’est pas le cas du racisme anti-corses puisque la Cour de cassation a décidé, en 2002, que les Corses ne faisaient pas partie des catégories de personnes protégées par la loi de 1881. Les magistrats se sont appuyés sur l’arrêt de 1991 du Conseil constitutionnel, qui avait annulé la notion de peuple corse. Donc, à entendre les juges les plus renommés de France, le peuple corse n’existant pas, on peut dire ou écrire n’importe quoi sur les Corses.

Pour ma part, en tant que Président de l’Assemblée de Corse, j’ai reçu plusieurs appels ou courriers me demandant de veiller à ce que les droits moraux des Corses soient respectés.
Avocat de formation, je suis convaincu que le droit a été inventé pour réguler les rapports dans la société. C’est la raison pour laquelle il m’a semblé utile de faire en sorte que le droit prenne la place des insultes et, demain, peut-être des coups.
J’ai donc appelé les avocats corses, de Bastia, d’Ajaccio et d’au-delà de la mer, à constituer un collectif pour assurer la protection légale des Corses, comme celle qui existe pour les autres peuples et confessions religieuses.
J’ai également invité les présidents des groupes de cette Assemblée. Ceux de la majorité et du groupe « Andà per dumane » ont accepté de participer à la démarche.
Quant aux avocats, plusieurs dizaines d’entre eux ont répondu à cet appel et nous avons commencé à travailler sur ce problème.

L’idée serait d’engager à nouveau des procès contre ceux qui insultent les Corses, de tenter de faire changer la position de la Cour de cassation et, si cela n’est pas possible, d’aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme.
Autre possibilité : demander aux six parlementaires corses de préparer une proposition de loi pour modifier le texte de 1881 en faveur de la protection des communautés territoriales et culturelles.
Voilà ce qu’il m’est paru utile de faire. Il ne s’agit absolument pas d’une démarche agressive ou de victimisation. L’objectif est naturellement d’apaiser la situation et de faire en sorte que les Corses soient défendus par le droit, qui me semble être l’outil le plus logique, le plus efficace et le plus sûr à utiliser en société.
J’informerai bien entendu notre Assemblée de l’évolution de ce qui est, pour nous, bien plus qu’un simple dossier ».



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