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Joseph Colombani relance le débat sur l’organisation en interprofession de la filière Fruits et Légumes
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Joseph Colombani relance le débat sur l’organisation en interprofession de la filière Fruits et Légumes


Calvi

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Le 14 Août 2018


- Pourquoi montez-vous au créneau contre les Grandes surfaces concernant les fruits et légumes ?
- Oui, mais la faute n’est pas seulement celle des grandes surfaces ! C’est une faute collective ! On n’a pas encore trouvé la méthode pour mettre en adéquation l’offre et la demande. Lorsque j’ai été élu à la Chambre d’agriculture, ma première démarche a été de faire le tour de toutes les grandes surfaces de Corse. J’ai vu tous les patrons pour leur poser la même question : « Etes-vous d’accord pour nous donner l’état de la consommation de vos produits Fruits et Légumes au niveau de quatre paramètres basiques : le produit pour savoir si on parle d’une pêche jaune, blanche, plate, ronde…, la quantité, le prix et la période ? ». Ils ont tous répondu : « Oui ! ». A partir de là, la balle était dans mon camp.

- Quel était l’enjeu ?
- L’enjeu était de trouver un ou deux informaticiens pour mettre en place un petit service informatique, en relation peut-être avec l’Université, et récupérer dans la comptabilité des Grandes surfaces ces quatre paramètres. En ayant l’exactitude de la demande, on pouvait, en face, organiser l’offre sur les produits locaux. Mais, je n’ai pas trouvé les moyens pour financer ce service. J’avais pensé qu’on pouvait le financer à partir du PDRC (Plan de développement régional de la Corse).

- Quelle est la situation aujourd’hui ?
- On constate, aujourd’hui, qu’il n’y a aucune organisation. Par exemple, un agriculteur plante dix hectares de courgettes et espère en vendre un maximum au prix le plus élevé. Il n’a aucune visibilité, il fait, donc, de l’approximatif. Certaines années, il plante 10 ha pour en vendre le produit de 5 à un prix plus ou moins convenable. Avec ce système, il s’agit, en fait, de mettre en place une interprofession pour pouvoir organiser l’offre en fonction de la demande. C’est possible depuis la loi sur les Etats généraux de l’alimentation, mais, de toute façon, la Corse bénéficiait déjà d’un dispositif spécifique parce qu’avec les petites quantités produites et la taille du marché corse, on ne peut pas parler de concurrence déloyale au niveau de l’Europe. On peut, aussi, imaginer des systèmes d’assurance.

- C’est-à-dire ?
- Imaginons qu’un agriculteur s’engage à fournir à une Grande surface 1 tonne de carottes par semaine. S’il est confronté à un problème d’intempéries ou autres, une cotisation à une assurance permettrait de prendre en compte ce problème. La Grande surface, qui ne peut pas rester sans carottes, devra s’approvisionner sur le marché central. Cela va lui coûter un peu plus cher que si elle achetait en permanence des carottes sur ce marché-là. Cette différence de coût serait assumée par l’assurance.

- Cette assurance n’existe-t-elle pas aujourd’hui ?
- Non ! J’ai été bloqué, à l’époque, par l’ODARC (Office de développement agricole et rural de la Corse), son président Jean-Louis Lucciani, et le directeur qui est toujours en place aujourd’hui. Ils n’ont pas voulu introduire cette vision au sein du PDRC et sont restés sur un catalogue classique de subventions. On finance, par exemple, à 70% une machine à planter les carottes. Il n’y a pas d’anticipation du marché, ni une vraie organisation avec les Grandes surfaces basée sur la connaissance de l’offre pour financer, peut-être même à 90%, une machine à financer les carottes.

- Le changement de gouvernance a-t-il changé la donne ?
- Non ! Malheureusement, le PDRC était déjà écrit. Notre système est tombé à l’eau ! Aujourd’hui, par contre, on débute les négociations sur le nouveau PDRC. Il faut en profiter pas pour mettre en place ce système. Si on ne le fait pas là, alors ça ne sert à rien de parler de développement et d’autonomie alimentaire !

- Quelles sont les conséquences à court terme, pour l’été en cours, de ce manque d’organisation ?
- C’est l’anarchie ! Chacun fait comme il peut ! C’est au coup par coup ! Un agriculteur, qui a planté 10 ha, doit absolument se débarrasser de sa production, donc la vend, la brade ou la jette… Rien n’est planifié.

- Ce système, que vous voulez mettre en place, aura-t-il un effet sur les prix ?
- Oui ! Quand un agriculteur plante 10 ha en espérant vendre la production de 5 ha, il doit couvrir les frais de 10 ha avec les revenus des produits de 5 ha. Donc, il cartonne sur les prix ! Par contre s’il planifie en amont avec un système d’assurance, il exploite 10 ha et vend le produit de ces 10 ha. Il sait à quel prix vendre sa production. Il n’a plus de perte, il maîtrise ses coûts et peut vendre à des prix plus rationnels.

- Le président de la Fédération française des fruits et légumes a dénoncé des prix exorbitants : 7 € le kilo de tomates et 5 € le kilo de pèches, estimant qu’ils étaient coupés de la réalité. Etes-vous d’accord ?
- Absolument ! C’est très cher, même impossible à consommer ! Ce qui signifie qu’il y a beaucoup de produits invendus. Ces prix peuvent sous-entendre que le producteur ou l’intermédiaire se gave. Mais ils peuvent gagner plus dans un système organisé avec un prix de 2 € plutôt que dans un système désorganisé avec un prix de 7 €. C’est gagnant-gagnant !

- Comptez-vous relancer votre projet d’organisation de la filière ?
- Oui ! Je vais relancer le débat. La proximité des élections de la Chambre d’agriculture en janvier 2019 risque de faire apparaître mon intérêt pour l’organisation du marché et les grandes surfaces comme de l’opportunisme. C’est faux ! Je serai candidat et, si je suis élu, je vais, dans le cadre de la préparation du PDRC, relancer cette discussion. Tant qu’on n’aura pas réglé les quatre problèmes de base que sont la formation, l’accès au foncier, l’accès au marché et l’accès au financement, on ne pourra pas faire de développement agricole. Je le dis depuis 20 ans !

Propos recueillis par Nicole MARI.



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