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L’Assemblée de Corse rend un hommage solennel et intense à Edmond Simeoni
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L’Assemblée de Corse rend un hommage solennel et intense à Edmond Simeoni


Calvi

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Le 21 Décembre 2018


Par trois fois, en 1981, 1992 et 2004, Edmond Simeoni a été élu à l’Assemblée de Corse. En 2004, il a prononcé un discours de la main tendue qui est resté dans toutes les mémoires et est un grand moment de l’histoire politique corse de ces 50 dernières années. Il était, donc, tout à fait normal que l’Assemblée rende solennellement hommage à l’un des siens, hommage que la stature même d’Edmond Simeoni ne pouvait rendre qu’exceptionnel. L’émotion attendue a surgi avec une intensité inégalée dans un silence quasi-religieux, notamment de bancs d’où on ne l’attendait pas forcément.

A strada di l’omu
« Un rare moment de communion » a commenté le président Jean-Guy Talamoni qui a laissé filtrer une émotion contenue dans son beau poème d’adieu, in lingua entièrement nustrale, à celui qui fut le père du nationalisme corse « A terra di Corsica ti serà legera,
 Chì per difende la, di li to ghjorni n’ai fattu una citadella. L’amore di i Corsi ti riscalderà,
Chì u toiu ùn l’hà mai mancatu. Cum’ellu s’infrebbava u populu. À sente li to discorsi, Cum’ella seguitava a ghjente. Daretu à lu to passu. Quante volte ai chjamatu, Assicuratu d’esse intesu. Quante volte ai insegnatu
A strada petricosa di a vita è di a libertà. A strada di l’omu. Oghje ribomba sempre la to voce in issu locu sacru di a dimucrazia,
 È tutti a stanu à sente, cumossi, ancu quelli chì, tandu, ùn l’ai pussutu cunvince. U to sguardu fieru, u to surisu generosu, stampati in la memoria cumuna, accumpagneranu e nostre lotte. Addiu amicu.
À tè, una stonda di silenziu di i riprisententi di a Corsica ».

Un fils du Simeonisme
L’émotion sans fard que n’a pu réfréner Jean-Charles Orsucci, président du groupe Andà Per Dumane, et qui le fait s’exprimer en son nom personnel : « Comme pour beaucoup de Corses, cet instant reste, pour moi, difficile. C’est, ici et maintenant, le discours le plus compliqué que j’aurais eu à prononcer. J’ai en mémoire les trois mots de Marc prononcés lundi à Lozzi : humanisme, démocratie et passion. Que notre action publique dans les mois et années à venir nous permette toujours de rester fidèles à ces trois valeurs pour fonder une Corse métissée, plus juste, mais aussi fière de son patrimoine culturel et environnemental. Je suis un enfant qui a grandi dans les années 70-80 en région parisienne. Le premier slogan qui a marqué ma conscience politique était « Poniat ! Salaud ! Les Corses auront ta peau ! ». Ma corsitude à l’époque s’exprimait à travers le Sporting Club de Bastia, les journaux « La Corse » et « Kyrn » et à travers un homme : Edmond Simeoni. Un symbole ! Celui de cette Corse qui refuse le clanisme et qui veut sauver sa langue, sa culture son histoire. Celui de cette Corse qui refuse le béton et souhaite sortir de la perfusion économique. Oui Gilles, j’ai été fier en 1990 de devenir l’ami du fils d’Edmond Simeoni. Oui, j’ai été fier et ému lundi à Lozzi lorsqu’en adressant mes condoléances à ta mère, cette femme extraordinaire, elle m’a dit que ton père me portait beaucoup d’affection. Oui, je suis un Rocardien mais je suis aussi un fils du Simeonisme et je l’assume. J’ai dans mon téléphone un message de ton père… c’était celui d’une Corse qui doit nécessairement tourner le dos aux difficultés que nous avons rencontrées depuis 40 ans. Celui d’une Corse qui doit dépasser les clivages politiques afin de se regrouper et défendre ses intérêts collectifs. J’espère que nous saurons être dignes de son héritage ».

Une main toujours tendue
L’émotion des témoignages sur les bancs de Per l’Avvene : du bel hommage du président Jean-Martin Mondoloni aux mots forts de Camille de Rocca Serra qui n’ont laissé personne indifférents. Ce dernier évoque un certain parallélisme de destin politique entre son père et Edmond Simeoni et le poids des héritages légués aux fils. Il revient sur le fameux discours de 2004 et de la main tendue qu’il n’a pas prise. « Les conditions n’étaient pas réunies ce jour-là,… donnons-nous le temps de construire cette main tendue… qui reste tendue ».
La vision d’un idéal
Valérie Bozzi, présidente de La France dans la République, salue « l’homme politique, militant, médecin mais avant tout humaniste, passionné par une île dont il aura contribué à façonner la destinée, Edmond Simeoni emporte avec lui cinquante années du passé récent de la Corse. Même si je ne partageais pas sa vision de notre île, je ne peux que m’incliner devant la force et le courage de cet homme qui a su, à travers son combat, défendre sans faillir sa vision d’un idéal pour la Corse. Sa personnalité restera gravée dans la mémoire de tous les Corses, parce que tous ceux qui l’ont connu savent l’homme qu’il était. Sportif accompli, il a finalement choisi la carrière de médecin, une profession en adéquation avec son côté profondément humain. Chacun sait qu’il connaissait trop en effet les aléas de la vie politique pour ne pas la considérer avec une sagesse qu’il nous faut méditer. Il refusait obstinément d’y voir un métier ou une carrière, il la regardait comme une forme élevée du service de ses concitoyens... ».

Les Nationalistes reconnaissants
L’émotion plus attendue de la famille nationaliste qui dit, à celui qui fut sa figure emblématique, toute sa reconnaissance. In lingua nustrale pour le président du groupe Corsica Libera, Petr’Anto Tomasi. « St’ultimi ghjorni, avemu dettu tutti, cù e nostre parolle, cù e nostre sensibbilità, cù e nostre storie, u nostru rispettu, a nostra affizzione, a nostra ricunniscenza per un Omu chì hà cunsacratu a so vita à a Corsica è à a libertà. Per e cuscenze discitate d’un vechju populu cundannatu à smarisce, per a rivolta sana à nome di a dignità è di u dirittu di campà, per e prumesse d’un altru dumane dicisu quì da i figlioli di sta tarra. L’umaggiu pupulare resu da i Corsi, di modu sinceru è sputicu, ùn pudia chè truvà ribombu oghje nentru à st’emicicliu. Stu locu sacru di a dimucrazia corsa, Edmond Simeoni l’hà bramatu è rivindicatu… ci hà luttatu. A so voce è u so missagiu ci anu ribumbatu. In stu locu sacru di a dimucrazia corsa, Edmond Simeoni ci hà accumpagnatu. Un bellu ghjornu di dicembre, sottu à u so sguardu fraternu, sottu à u so sguardu paternu, inseme avemu fattu ghjuramentu di cuntinuvà una strada aparta tanti anni fà… Edmond Simeoni c’entre oramai per l’eternu è per a Storia. Dopu avellu accumpagnatu da a ghjesgia San Roccu di Bastia à a tarra di Niolu, l’ultimu missagiu ch’ellu ci piace à ritene d’Edmond hè a so determinazione chjuccuta è a so fede in l’avvene, sinu à l’ultimu soffiu. Quella d’un Omu chì da vivu avia avvicinatu a Storia ma ch’ùn s’era mai risoltu à firmà spettatore di a vita di u so populu. Quellu d’un Patriottu chì sapia chì a libertà d’un populu si scrive in u tempu longu di a Storia è chì malgradu i dubbiti, i guai o l’inciampi, nulla ùn la pò parà. Di mai cappià, di mai scaglià, ne femu ghjuramentu, per oghje è per dumane. Riposa in Santa Pace, caru Edmond. Per a to lascita, i naziunali ricunniscenti ».
Un modèle à suivre
Forte émotion, tristesse, reconnaissance et surtout devoir « d’être à la hauteur de l’héritage » pour Hyacinthe Vanni, président du groupe Femu a Corsica. « Oghje, ghjè una gattiva stonda pè a storia di u nostru paese. E nostre bandere so abbassate, u nostru populu hè in dolu, pèrchè oghje pienghjimu un omu tamantu. Aujourd’hui, ce n’est pas un deuil nationaliste, c’est un deuil national. Emu persu un militante, emu persu un duttore, un cunsiglieru, un amicu, un fratellu… un babbu. Edmond a été le premier à éveiller les consciences de ce peuple à une époque où – il faut le rappeler - les Corses ne connaissaient ni leur drapeau, ni leur histoire. Un face micca trè seculi ma solu 50 anni. Edmond quitte une Corse dans laquelle les jeunes peuvent s’instruire librement, à l’Università in Corti, parler leur langue librement, accéder à l’emploi librement, et surtout, voter librement. Tamanta strada ! Il quitte une Corse où la démocratie est ressuscitée, où chacun est libre de s’exprimer, une terre apaisée, un peuple sur le chemin de la liberté, et pourtant, un pays où il reste tant à faire. Edmond a été l’un des premiers à défendre l’idée que le peuple Corse n’avait ni frontière géographique, ni frontière politique... Et que le peuple corse, ce n’était pas seulement les Nationalistes, mais les femmes et les hommes qui ont ce pays et ses valeurs au fond du cœur, qu’ils vivent ici ou ailleurs. Il a été un des premiers à prendre conscience qu’il n’y aurait pas d’émancipation collective sans émancipation individuelle, et qu’il était impératif de faire sortir cette île de l’assistanat, du clanisme et du clientélisme. L’avete capita : A dimucrazia, a ghjustizia è a libertà, Eranu i so valori, quelli chi ci hà trasmessu, è so avà i nostri. Il était de tous les combats : associatifs, culturels, écologiques, économiques, politiques et surtout humanistes. Il avait compris que pour construire un pays émancipé, il ne fallait pas s'arrêter aux portes de l'Assemblée de Corse mais s’impliquer à tous les niveaux et dans tous les domaines de la société. Edmond hè sempre statu un visiunare, un militante, un imbasciadore di a nostra causa, un mudellu per tanti giovanni. L’Assemblée de Corse perd elle aussi l’un des siens. Edmond faisait partie des premiers Autonomistes à siéger ici, en 1982. Et il se battait déjà, près de 40 ans avant nous, pour une autonomie pleine et entière, pour la reconnaissance juridique du peuple Corse, et, surtout, pour construire la paix… Je me souviens de ses conseils, de son énergie et de son optimisme légendaire. Je me souviens combien il était exigeant avec les siens et à quel point il pouvait être intransigeant quand il s’agissait des fondamentaux de notre combat... Il nous appartient d'être collectivement à la hauteur de son héritage… Pè u populu, pè a dimucrazia è pè a Nazione ! »

Un peuple orphelin
Même tonalité chez Pierre Poli, président du groupe PNC : « La Corse est en deuil et sa disparition a soulevé aux quatre coins de l’île et bien au-delà en Europe, une intense émotion. Les Corses sont de tout cœur aux côtés de sa famille. Eveilleur de conscience, aux avant-postes de toutes les luttes, Edmond, jamais résigné, a incarné ce que la Corse a de meilleur, refusant toutes les formes d’injustice. Dans son action, il aura embrassé tous les domaines, strictement politiques bien sûr, mais aussi économiques, sociaux, environnementaux et culturels. L’humanisme chevillé au corps, il s’est constamment insurgé avec la vigueur qui était la sienne, contre toutes les formes de discriminations. Une vie entière consacrée à son pays. Rarement un homme se sera autant identifié à sa terre. On peut dire qu’Edmond était déjà rentré dans l’histoire de son vivant. Le peuple Corse se retrouve orphelin d’un homme qui lui a fait retrouver le chemin de la défense de ses droits. Il lui a rendu sa fierté. A nous de continuer de suivre ce chemin vers l’émancipation de notre pays. Edmond demeure notre boussole. Tâchons, collectivement de nous hisser à la hauteur de ces enjeux. Caru Gilles, saremu à fiancu a tè nant’à u solcu tracciatu da Edmond, ver di una Corsica emancipata è fiera di e so valori. Pè a so mimoria, ghjè a nostra risponsabilità murale davanti u nostru populu ».

Des combats justes
L’émotion, enfin, du Conseil exécutif qui a tenu, d’abord, à apporter son soutien à son président Gilles Simeoni dans ce moment difficile, par la voix de la benjamine Lauda Guidicelli, qui a salué « un omu di prima trinca ch’hà fattu di vita soia un cumbattu contr’à tutte l’inghjustizie. Un omu chi era nanzituttu un umanista, un precursore è un omu di pace ch’hà suggilatu a storia oghjinca di a Corsica. Edmond a appris aux Corses la dignité, il leur a rappelé qu’ils étaient des hommes et des femmes libres.
Il a ouvert un chemin pour de nombreuses générations, qui, comme la mienne, ont pu trouver dans ses actes et dans ses mots, une voix d’émancipation et surtout la force de croire que cette île et son peuple avaient tout simplement le droit à la vie. Ce militant infatigable s’est battu pour de grandes causes : la pauvreté, la précarité, le racisme, le clanisme, toutes les formes d’injustice, allant de la défense de notre culture, de notre terre et de notre langue, jusqu’à la reconnaissance de la diaspora, et surtout son plaidoyer avant-gardiste en faveur de l’implication des femmes dans tous les domaines de la vie politique, économique et sociale. A chaque fois, Edmond a su embrasser des causes justes et faire prendre conscience à toute la société insulaire qu’elles l’étaient. Tant de combats et de valeurs dont la jeunesse peut hériter avec fierté ! Et ce combat-là, pour cette petite île de Méditerranée et son peuple, était en réalité un combat universel. Un combat pour la reconnaissance des peuples, pour leur droit à disposer d’eux-mêmes, pour construire pleinement leur destin et mené à l’aide d’une arme absolue : la non-violence. Un combat résumé en une phrase par son fils Marc : « Edmond savait qu’avec la paix et la démocratie viendrait la liberté ». La force d’Edmond était aussi de s’appuyer sur l’ensemble des forces vives du territoire, de donner à chacune et à chacun une attention particulière, et de les pousser à continuer, à s’investir, à y croire. Stu militante di a libertà purterà pè sempre e brame è e sperenze chì facenu batte u core di a nostra famiglia pulitica è aldilà. 
Car ce nationalisme ouvert et démocratique a permis non seulement la résurrection historique du peuple Corse, mais a aussi suscité l’engouement de nombreux Corses, parfois dès leur plus jeune âge, qui, comme nous, ont eu envie de s’investir et de se battre contre toutes les injustices qui continuent à toucher notre Île. Ch’ella sia intesa, Avà tocca à noi, tocca à noi à piglià in carica sta lotta : lotta ch’hà permessu, di rivitulì, l’anima di a Corsica, indè a so storia, scrivendula indè u Meditterraniu è in dè l’Auropa ; lotta chi darà abbrivu è cunfianza à a nostra ghjuventù ; lotta chì farà sbuccià lindumani chjari pè stu paese dà fà ».
La lutte continue
Les derniers mots seront de son ami et compagnon de lutte et conseiller exécutif, Jean Biancucci : « Chacun a compris qu'avec la disparition d'Edmond Simeoni une page déterminante de l'Histoire de la Corse viens de se tourner. Les enseignements, les leçons resteront vivantes pour les générations futures. Et pour nous, ses compagnons de lutte, ses proches et ses amis qui lui portons affection et admiration, nous perdons un frère et un homme d'exception, dont l'intelligence et l'exigence intellectuelle nous obligeaient tous à donner le meilleur de nous-mêmes. Mi tocca oghji di salutà u maestru ma dino u cumpagnu. L'omu di fedi ma dino di cori. Una parsona di prima crèla é un militanti déterminatu. Quiddu chi ci a sempri cunsigliatu è quiddu chi ci a astraddatu indé u solcu di a paci. Quantu mi ni possu invena di sti paroddi chjari é lindi chi sciappittavani qui , indé a Casa Cumuna di u Populu Corsu. Quantu ci ramintaremi di i lotti indiati da tè. Contru a spiculazioni immubiliaria, u latricisimu elettorali, i fanghi rossi, a vinaccia, a ghjustizia d'eccezzioni...è tanti altri. Pa a lingua è l'università, a tarra è un sviluppu veru. Un statutu d'Autunumia. Ma dino pa i dritti naziunali di u populu Corsu, quantu ci n avemi da invena di u to curaghju é a to determinazioni. É po quantu ci n’invinaremu di stu discorsu tremendu di u 2004, di a "manu tesa" à a dritta e à a manca, di l’emozioni tamanta, qui è fora, di st’aienti chi piignivanu davanti a a televisio, di a nostra gioia di u 2010, è po di a vittoria di u 2015 e u 2017. Siati sicuri chi un cè sempri nienti sottu à l’ascelli. So sicuru eiu, chi tu sei qui, chi ci fighjuli, chi ci senti, chi tu sè sempri a fianc’à noi, chi ci a da accumpagnà in ogni locu. Allora ti vogliu di : sighi sicuru tu chi un si a da sgarrà, sighi tu chi i valori di spartera di dimucrazia, di frattiddanza, di sputichera, di liberta. I purtaremi in ogni locu, paesi é citta. Ma sighji sicuru dino, chi di una stedda à l’Altra continuaremi a lutta ».

N.M.



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