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Lutte contre la pauvreté : L’Exécutif corse lance la conférence des acteurs sociaux
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Lutte contre la pauvreté : L’Exécutif corse lance la conférence des acteurs sociaux


Calvi

Par

Le 23 Octobre 2018


- Qu’est-ce exactement cette Conférence des acteurs sociaux ?
- C’est très novateur, cela n’existait pas auparavant. C’est un point de départ pour élaborer des stratégies cohérentes et efficaces. Un plan de lutte contre la précarité a été voté. C’est l'une des priorités du président Simeoni qui a beaucoup travaillé avec le Dr Pernin pour apporter de vraies réponses. Je vous rappelle que nous avons été les premiers. Depuis, le président Macron a sorti son Plan qui est également très ambitieux. La nouveauté est de mettre en transversalité, en collaboration, tous les acteurs sociaux – il y en a près de 800 à la collectivité – et toutes les associations - qui œuvrent sur le terrain afin de mailler tout le territoire.

- Qu’est-ce que concrètement ça va changer ?
- La précarité, tout le monde sait ce que sait. Un précaire, c’est quelqu’un qui vit en dessous des seuils de minima sociaux et qui est un peu sorti de tous les dispositifs. Ce sont souvent des familles monoparentales avec des enfants en bas-âge, qui n’ont plus les moyens suffisants pour se loger et se nourrir malgré les aides. L’objectif du lancement des réseaux des acteurs sociaux est d’avoir un maillage plus efficace, un outil pour répondre de plus en plus vite à la demande, d'être plus réactif. Par exemple, nous avons mis en place une mission partagée d’intervention assez rapide, pour réagir immédiatement quand nous sommes alertés sur les cas de SDF qui sont dans des situations médicales très particulières et qu’il faut placer dans des structures. C’est arrivé l’hiver dernier avec un SDF handicapé, une commission s’est réunie et il a été placé en 48 heures.

- Qu'apportez-vous en plus du Plan Macron ?
- Notre plan est antérieur, il a été voté en 2017. Nous ne savions pas que le président Macron allait en sortir un. Toutes les initiatives sont bonnes à prendre, il faut les croiser et ne pas œuvrer chacun sur des petites actions. Au contraire, il faut rationnaliser et mutualiser. C’est pourquoi j’insiste : sortons des postures ! Tout le monde est concerné et doit s’investir dans la prise en charge des précaires. J’ai lu une histoire horrible il y a trois jours dans la presse. Du côté de Noirmoutier, un couple dormait dans sa voiture depuis des mois, la dame est morte de faim. C’est monstrueux ! Au 21ème siècle, ce n’est pas possible d’accepter ça ! Je n’ai pas du tout envie que ces choses arrivent sur notre territoire !

- Le Dr Emmanuelli dit que les solutions actuelles ne marchent pas, qu’il faut innover. Est-ce vraiment possible ?
- Tout à fait ! La preuve est ce qui a déjà été réalisé et présenté aujourd’hui. Il faut un portail web où tout est retranscrit. Les dispositifs sont là et sont opérationnels, mais des précaires ne sont pas signalés ou signalés trop tard. Le Dr Emmanuelli parle de gens qui sont dans une très grande précarité et sont sortis de tous les dispositifs. Personne ne les identifie, eux-mêmes ont tellement de mal-être qu’ils ne savent plus où ils sont. Ils souffrent d’une perte de personnalité, une perte de repères. Ils sont complètement isolés. C’est à nous de les identifier et de les aider. C’est en cela que nous parlons de démarche novatrice.

- Depuis l’adoption du 1er rapport anti-pauvreté par votre majorité il y a deux ans, les choses ont-elles évolué ?
- Oui ! On se rend compte qu’il n’y a pas que la solution financière à apporter. Comme François Pernin l’a expliqué la semaine dernière lors d’un colloque sur la précarité, il faut qu’on arrive, non seulement à traiter le symptôme, mais à identifier la précarité. C’est un peu plus long ! On ne peut pas se contenter de mettre, à chaque fois, des rustines. Répondre à l’urgence immédiate, on sait faire : on donne un peu d’argent, une aide alimentaire… Ce qu’il faut, c’est une réponse structurelle parce que sinon, le fossé se creuse de plus en plus. Le plan du président Macron insiste sur quelque chose d’important : le point d’entrée est l’enfance. Il faut arriver à identifier les déterminants de la précarité, à déterminer ce qu’il se passe : pourquoi les gens en arrivent-ils là ? Si l’on veut s’en sortir, il faut pouvoir agir sur la petite enfance par le biais de l’éducation, du sport, de la culture, du théâtre, de la musique…

- Quand ce plan sera-t-il réellement mis en place ?
- Cet après-midi, les acteurs sociaux ont participé ensemble à des ateliers. Il est important que les gens se voient et se parlent, que nous collaborions avec l’AUE (Agence de l’urbanisme de la Corse) pour le logement et avec l’ADEC (Agence de développement économique de la Corse) s’il y a des solutions économiques à apporter. Nous sommes dans la phase opérationnelle, cela se mettra en place dans les prochains mois.

- La feuille de route, votée en juillet dernier, s’étend jusqu’en 2022. Cinq ans est-ce suffisant pour changer la donne ?
- Non ! Ce ne sera jamais suffisant ! Nous fixerons des objectifs que nous détaillerons au fur et à mesure. Il ne s’agit pas de lancer un tas de choses sans y arriver ! J’espère que nous ferons beaucoup, mais la société évoluant tellement vite, il faudra sans cesse adapter nos solutions.

Propos recueillis par Nicole MARI.

Les attentes des acteurs sociaux
Dr François Pernin : « Il faut être innovant, trouver de nouvelles solutions »
« Le plan de lutte contre la pauvreté et la précarité existe depuis mars 2017, date où il a été voté. Il est satisfaisant. Au niveau associatif, nous avons été sollicités pour participer à sa conception. Nous en avons retenu un certain nombre de préconisations que nous avons dégagées dans nos ateliers. Le but, aujourd’hui, est de passer à la phase opérationnelle, c’est-à-dire faire en sorte que les actions, qui ont été listées et pointées, débouchent sur le terrain. Et ça, c’est très bien ! Ce plan n’est pas suffisant, nous sommes les premiers à dire qu’il faut aller plus loin sur d’autres facettes de la précarité, mais justement un des ateliers et l’étape préliminaire, indispensable à cela, portent sur l’étude des causes et des mécanismes générateurs de la précarité. C’est essentiel, si on veut trouver de nouvelles solutions. Il faut être innovant. Si on continue comme avant, on sait très bien où on va ! ».
Jean-Claude Vignoli : « En Corse, les pouvoirs publics ont vraiment pris conscience du problème de la pauvreté »
« J’attends surtout des informations. Nous allons participer à différents ateliers et nous verrons ce qu’il s’y passera. Je suis plein d'espoir qu’on aboutira à quelque chose de concret. En Corse, les pouvoirs publics ont vraiment pris conscience du problème de la pauvreté. Ils ne se contentent pas d’écouter, d’opiner du chef et puis d’oublier, comme cela arrive quelques fois ailleurs. Ils sont à l’écoute, toujours à nos côtés de façon très militante. Nous avons réussi à obtenir des subventions vraiment très importantes pour renouveler nos locaux parce qu’il y a toujours plus de demandes. Au début, les gens, qui venaient chez nous, étaient originaires de France continentale, d'Afrique, du Maghreb, d'Europe de l’Est… Aujourd’hui, ce sont des Corses, en nombre significatif. Le centre offre des douches, la possibilité de laver son linge… C’est important quand on dort dans la rue, mais le plus important est la relation avec la personne parce que ceux qui viennent chez nous sont ceux qu’on appelle : « le quart-monde », c’est-à-dire des gens qui n’existent pas aux yeux des autres, qui n’existent pas même à leurs propres yeux. Ils n’ont plus de personnalité. Il faut les aider à reprendre conscience de leur dignité en tant que personne humaine. Là, les associations remplissent un créneau que les administrations ne peuvent pas remplir et ce, quelque soit la bonne volonté des fonctionnaires. Le pape François dit que la vocation du caritatif, ce n’est pas l’activisme, mais d’établir une relation avec les personnes ».
Serge Linale : « Cette conférence fait écho directement à la démarche que nous avons initiée à la mairie de Bastia »
« Cette conférence fait écho directement à la démarche que nous avons initiée, il y a deux ans déjà, à la mairie de Bastia en faisant notre Schéma directeur de l'action sociale avec un axe fort sur la coopération et la coordination des acteurs. Nous avons, ainsi, initié des rencontres avec l’ex-Conseil départemental et la Collectivité de Corse pour construire, avec le Centre communal d’Action sociale (CCAS), la répartition de l’aide sociale sur tout le territoire de la ville. La répartition des publics vient, d’ailleurs, d’aboutir sur la base d’une convention. Ensuite, nous avons réuni tous les acteurs, il y a pratiquement un an, pour coordonner toutes les actions. Nous avions posé comme priorité numéro 1 le fait d’avoir un annuaire, un guide qui regroupe toutes les actions sociales. La conférence, aujourd’hui, est en plein sur ces thèmes-là avec des ateliers qui démarrent. Nous sommes, bien entendu, prêts à suivre tout cela qui est fondamental et sur lequel nous travaillons déjà avec la Collectivité de Corse ».
Dominique Corticchiato : « Il faut changer de paradigme »
« La polyvalence de secteur est le pilier de l’action sociale, là où toute la population - tous les âges et toutes les classes sociales - vient solliciter les assistantes sociales en cas de difficultés sociales, professionnelles, financières, psychologiques… Cela fait pas mal d’années que nous réfléchissons sur la lutte contre la pauvreté et la précarité. J’espère que ce plan donnera lieu à une analyse beaucoup plus aboutie, basée sur une banque de données et la rigueur des chiffres. Il ne suffit pas de dire qu’il y a 60 000 personnes sous le seuil de pauvreté en Corse sans en analyser les causes réelles et les conséquences réelles. Je souhaiterais que ce type de réunions, qui rassemble une pléthore d’acteurs de terrains, à la fois associatifs et institutionnels, permette de réfléchir et de travailler tous les champs du possible, qu’on ne se limite pas à des éléments de langage ou des concepts, mais qu’on développe réellement des actions en transversalité. Il faut changer de paradigme. Les acteurs sociaux et les institutions, qui ont en charge les problématiques sociales, doivent travailler différemment sur les dispositifs d’aide financière et la prise en charge de cette pauvreté et de cette précarité sur notre territoire ».



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