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Marie-Hélène Casanova-Servas : « Air Corsica est un outil majeur de l’ouverture vers l’Europe »
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Marie-Hélène Casanova-Servas : « Air Corsica est un outil majeur de l’ouverture vers l’Europe »


Calvi

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Le 09 Janvier 2019


- Après dix mois à la présidence d’Air Corsica, quel premier bilan pouvez-vous tirer ?
- Très honnêtement, je pense qu’il est un peu trop tôt pour tirer un bilan, même si mon mandat de membre du Conseil de surveillance depuis mars 2016 m’a fait gagner beaucoup de temps. J’avais une bonne connaissance des principaux dossiers et enjeux. Par ce mandat initial, mais aussi par des informations personnelles, il m’a toujours semblé évident que le fort attachement des salariés à cette compagnie est un facteur déterminant de stabilité économique dans un secteur aérien marqué par les évolutions du marché et le développement de la concurrence.

- Justement côté résultats, la compagnie a le vent en poupe. Comment expliquez-vous une telle santé ?
- Cela ne s’obtient pas du jour au lendemain, mais par un travail de longue haleine et des actions régulières, suivies et prudentes. La feuille de route a été clairement définie au début de mon mandat, en concertation avec le président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni. L’avancée des mesures économiques inscrites dans le plan triennal est régulièrement mesurée en Conseil de surveillance. Il y a aussi le sérieux que nos équipes apportent dans d’autres domaines, comme la maintenance de nos appareils, nous répondons, ainsi, à de nombreux standards règlementaires européens et internationaux. Nous avons, certes, la confiance des banques, mais nous possédons aussi les certifications accordées par les organismes de contrôle, DGAC ou EASA, l’agence européenne de la sécurité aérienne. De plus, les résultats positifs sont réinvestis pour l’amélioration de la productivité et des moyens, comme l’informatique. Nous finalisons, par exemple, à la direction financière, la mise en place d’un nouveau logiciel dimensionnant qui accélère de façon importante la gestion des factures, via leur traitement dématérialisé. Tout le monde ne le sait peut-être pas, mais les bénéfices d’Air Corsica profitent à l’économie locale, ils ne sont pas distribués en dividendes aux actionnaires…

- Quels sont les priorités de la feuille de route ?
- C’est, d’abord, de mettre tous les moyens en œuvre pour favoriser le développement économique, ce qui veut dire : obtenir le renouvellement des prochaines DSP (Délégations de service public). Nous sommes prêts à répondre au cahier des charges défini par l’assemblée de Corse. Il faut aussi moderniser la flotte et améliorer la compétitivité. Pour cela, un plan d’action triennal - Un passu pà l’avvena - regroupe une série de mesures fortes destinées à améliorer la performance économique de l’entreprise de 15 millions € sur trois ans. Les comptes 2017/2018, que nous avons arrêtés en assemblée générale fin septembre, montrent que, d’ores et déjà, nous sommes au-dessus des objectifs, puisqu’il était prévu pour cet exercice, une amélioration de 3,15 millions € qui a finalement atteint 4,9 millions €. Les priorités sont, ensuite, l’ouverture sur l’Europe et l’écoute des salariés.

- Vous parlez de modernisation de la flotte. Est-elle à l’ordre du jour ?
- Oui, je vous confirme que nous travaillons sur notre flotte en considérant deux axes. Le premier est d’améliorer sa qualité pour la prochaine décennie, ne serait-ce que pour conserver une flotte Airbus jeune. La moyenne d’âge actuelle des avions est 9 ans. A l’invitation d’Airbus et d’ATR, j’ai d’ailleurs visité très récemment, et avec beaucoup de plaisir, leurs installations à Toulouse. J’ai ainsi pu me rendre compte de leurs dernières innovations. D’abord, des moteurs plus propres et verts car la question environnementale n’est pas un petit sujet. Préserver la qualité du ciel corse est un de mes chevaux de bataille. Ensuite, de nouveaux aménagements des sièges et de la cabine qui procurent une amélioration significative au confort de nos passagers. Le second axe est de travailler à l’extension de notre flotte. Notre dernier A320 - le sixième de la flotte Airbus Air Corsica - a démarré ses vols en début d’été 2018. Il nous a permis d’accroître notre activité dès la saison sur les lignes entre Paris et la Corse notamment, mais aussi sur les lignes hors service public, essentiellement les lignes internationales.
- L’ouverture sur l’Europe semble un marqueur depuis 2016 ?
- Oui ! Le Conseil Exécutif et moi-même avons fait de l’ouverture sur l’Europe un des axes prioritaires de la politique d’Air Corsica qui ne s’est jamais tant développée vers l’international. C’est une volonté très affirmée, car il ne s’agit pas que de voyages, il s’agit d’œuvrer au service du développement économique et touristique de la Corse. Air Corsica est un outil stratégique majeur de cette ouverture. Nous mettons résolument le cap sur l’international et cherchons à relier l’île au reste de l’Europe. Notre stratégie, basée sur l’attractivité des fréquences, des prix et des services, détermine la recherche de nouveaux flux - touristiques, d’affaires ou universitaires - sur une saison la plus large possible. En 2018, nous avons, ainsi, ouvert trois lignes sur Londres au départ d’Ajaccio, Bastia et Figari, et la ligne Bruxelles-Calvi.

- Néanmoins, la Corse reste, en dehors de la saison estivale, une île enclavée, à la merci des hubs. Pensez-vous avoir les moyens à terme d’y remédier ?
- Nous ne voulons pas rejouer la fable de la grenouille et du bœuf ! Nous sommes une compagnie de taille modeste, dont le cœur de métier, ne l’oublions pas, reste le service public. Un marché se développe dans les deux sens, au départ de chaque pays. A titre d’exemple, le bassin insulaire représente environ 300 000 personnes, le bassin londonien, 25 millions de personnes… La Corse doit encore se faire connaître, ce qui implique du travail et du temps, pour Air Corsica comme pour tous les autres acteurs touristiques. Je l’ai personnellement ressenti lors des évènements que nous avons organisés à Londres.

- L’ouverture vers Londres est-elle un succès ?
- On le sait, une nouvelle ligne a besoin d’au moins trois ans pour s’établir, mais nous avons travaillé le potentiel et multiplié ce marché par 3. On peut vraiment dire que le lancement est réussi. Nous devons évidemment poursuivre nos efforts. Cette année, nous proposerons une offre étendue à Calvi et un programme démarrant plus tôt, dès le 18 avril, pour mieux répondre aux besoins exprimés par les clients.

- On parle de lignes vers le Portugal, la Suisse, l’Italie ou l’Allemagne. Qu’en est-il ?
- Un tel déploiement, s’il est essentiel pour la Corse, doit toujours rester raisonné. Nous essayons de bien faire les choses, de manière progressive dans l’espoir d’annualiser les lignes : la Belgique en 2020 et l’Angleterre. Nous travaillons en priorité à améliorer les liaisons lancées et continuons à étudier les bassins de chalandise internationaux qui correspondraient le mieux aux besoins des insulaires. Parallèlement, l’Assemblée de Corse ayant voté le principe d’une étude de marché, des appels d’offres seront lancés par l’Office des transports pour des liaisons aériennes entre la Corse et l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas. Nous verrons comment y répondre au mieux. Concernant les destinations précises, pour l’heure, je ne les connais pas.

- On parle également d’accord commercial avec d’autres compagnies. Les négociations avec Air Algérie ont-elles abouti ?
- Avec Air Algérie, les discussions sont toujours en cours, mais nous avons déjà au départ de Nice et Marseille, tout un maillage de partenaires comme Royal Air Maroc, British Airways, Emirates, Air Austral etc.

- Quels seront le calendrier et le programme des prochains weekends européens ?
- Dublin, Prague, Porto et pour l’Italie : Rome, Venise, Bari, Palerme et Naples sur une période allant du 17 janvier au 24 mars pour un prix de 279 € TTC A/R.
- Vous affichez comme priorité de rester à l’écoute des salariés. Qu’entendez-vous par là ?
- J’ai à cœur de préserver les échanges sociaux, voire de les renforcer. Le développement d’une entreprise ne peut se réaliser sans l’adhésion des salariés aux axes stratégiques qui sont définis. De plus, la Collectivité de Corse, actionnaire majoritaire, a voulu que les salariés entrent au capital de la compagnie. Cette mesure très symbolique a été unanimement saluée en assemblée générale et en conseil de surveillance. Elle sera effective cette année. Par ailleurs, une large consultation est en cours au sein des équipes. Il s’agit d’un diagnostic-audit social et organisationnel qui nous permettra d’étudier collectivement de possibles pistes d’amélioration de nos méthodes de travail et du schéma sociétal.

- Cela n’a pas empêché les turbulences internes entre les rumeurs du départ de Philippe Dandrieux, l’arrivée de Luc Bereni... Quelles sont les raisons de cette crise à répétition ?
- Avant d’être une compagnie aérienne, nous sommes une Société d’économie mixte soumise au Code du commerce avec des échéances statutaires à respecter : les mandats des membres du Directoire arrivant à leur terme en septembre, il fallait simplement procéder à leur renouvellement. Pour le reste, je crois que tout changement, toute évolution amène des débats… La nomination de Luc Bereni, professionnel dont les qualités sont unanimement saluées dans le monde aérien, a été un choix du Conseil de surveillance que je préside. Nous pensons que c’est une bonne décision. Air Corsica ne pourra que tirer profit d’une structure managériale élargie où les compétences de Luc Bereni viendront compléter celles du Directoire actuel, notamment celles d’Hervé Pierret.

- Le STC parle du 9 mars 2016 comme « d’un jour funeste », vous reproche « de reproduire les mêmes schémas clientélistes de comportement », de « dépenser de l’argent pour rien ». Que leur répondez-vous ?
- Bien sûr qu’il y a des débats en interne, et heureusement ! Je ne suis pas un prédicateur que ses fidèles écoutent et suivent religieusement, voilà qui m’ennuierait et m’inquièterait beaucoup ! Je vous le disais auparavant, cette compagnie a acquis son excellente réputation et sa solidité grâce au travail de ses salariés, très attachés à leur outil de travail et qui sont tous des gens de conviction. C’est pourquoi les discussions peuvent être intenses, y compris avec le STC, dont certains représentants du personnel siègent au Conseil. J’ai personnellement été étonnée par le caractère injurieux des propos tenus dans ce tract, mais ces débats doivent rester privés. Au bout du compte, les choses avancent.

- Votre nomination à Air Corsica, en tant que proche du Président de l’Exécutif, n’est-ce pas une façon de reprendre en main ferme une compagnie sous haute tension ?
- Comme vous le savez, la Collectivité de Corse étant l’actionnaire principal – à 66% - d’Air Corsica, la présidence du Conseil de surveillance est forcément issue du groupe majoritaire et, à ce titre, proche du président de l’Exécutif. Au-delà de l’amitié qui nous lie depuis de longues années, j’ai été très touchée par la confiance que Gilles Simeoni m’a témoignée à cette occasion. J’ai, en fait, reçu la confiance de toutes les sensibilités politiques ou privées, représentées au Conseil, puisque mon élection s’est faite à l’unanimité. Sincèrement, je ne vois pas dans le quotidien d’Air Corsica, de « haute tension », des turbulences sans doute, mais ni plus, ni moins que dans toute entreprise de cette taille…
- Quels objectifs vous fixez-vous pour 2019 ?
- L’obtention des futures DSP bien sûr, et conserver notre place de premier transporteur aérien corse ! Nous assurons actuellement la moitié - 46% - du trafic de passagers aériens annuel de/vers la Corse, et environ 80% du trafic, l’hiver. Les enjeux sont économiques, mais également sociaux : nous parlons là de 700 familles qui sont directement concernées et de près de 200 millions € de retombées économiques directes ou indirectes pour notre Ile.

- L’accord avec Air France pourrait-il être remis en cause ?
- Nous sommes actuellement très satisfaits du partenariat en cours avec Air France. J’ai personnellement les meilleures relations avec les représentants de la compagnie qui travaillent avec nous au Conseil de surveillance, dont bien sûr le Président Spinetta.

- Quelle sera votre politique tarifaire pour 2019 ?
- Pour 2019/2020, dernière année de la DSP en cours, le tarif Résident, déjà voté, ne changera évidemment pas. La baisse sera effective dès 2020 : moins de 100 € TTC l’aller-retour sur le bord à bord et moins de 200 € sur le Corse/Orly. Air Corsica se prépare sérieusement en termes d’améliorations financières, de renouvellement de flotte... à répondre à ces Obligations de service public (OSP). Pour tous les autres tarifs que nous appliquons, hors bord à bord, nous maintenons une politique tarifaire basse, volontairement attractive. Vous trouverez beaucoup d’offres alléchantes en été, mais quelle autre compagnie peut offrir un séjour Corse/Bruxelles à 39 € TTC l’aller simple, en novembre et décembre ? Enfin, cela ne nous empêche pas de proposer régulièrement aux insulaires des promotions, comme dernièrement, du 19 au 27 novembre, 45 € TTC l’aller simple Corse/Nice à l’occasion du Black Friday, ou encore depuis le 13 décembre 120 € TTC l’aller/retour sur Paris pour des vols jusqu’à fin mars.

- Où en est le métro aérien annoncé l’an dernier par l’OTC ?
- L’OTC se concentre actuellement sur les appels d’offres, maritime et aérien, les autres dossiers sont en cours d’instruction et toujours d’actualité. L’ouverture vers les régions européennes, notamment méditerranéennes, est un enjeu majeur pour notre majorité.

Propos recueillis par Nicole MARI.



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