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Marine Le Pen : « Un front républicain, c’est l'imposture du même système responsable des difficultés des Corses »
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Marine Le Pen : « Un front républicain, c’est l'imposture du même système responsable des difficultés des Corses »


Calvi

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Le 27 Novembre 2017


- Votre venue en Corse signifie-t-elle que cette élection territoriale spécifique est importante pour le FN ?
- Oui ! Elle a une vraie importance ! Elle est même fondamentale ! Aujourd’hui se dessine pour la Corse, à la fois sur le plan institutionnel, mais aussi sur le plan des fusions politiques qui s’annoncent, un territoire qui risquerait, demain, d’être entre les mains d’un petit nombre. Or, nous croyons au pluralisme et, surtout, nous savons qu’un très grand nombre de Corses ont confiance dans la force politique de stabilité et de sérieux que nous représentons. Nous devons lancer toutes nos forces dans cette bataille qui est essentielle pour la Corse, mais aussi pour la France.

- Que pensez-vous du front républicain antinationaliste qui se dessine ? Le rejoindrez-vous ?
- Un front républicain ! Ce n’est pas du tout ce que j’ai entendu ! J’ai entendu plutôt les Républicains se fondre dans En Marche ! C’est-à-dire une imposture, la reconstitution du même système qui, depuis 30 ans, porte la lourde responsabilité de ce que vivent les Corses et plus généralement les Français aujourd’hui. C’est lui et lui seul ! Comment la droite et la gauche peuvent-elles vouloir nous faire croire qu’elles vont monter une liste commune contre les Nationalistes alors que c’est elles qui les ont portés au pouvoir, y compris lors de la dernière élection municipale à Bastia ? Soyons sérieux ! Non ! Leur vision de la société est mondialiste. Elle consiste à nous livrer à la financiarisation de l’économie en abandonnant notre identité, en tablant sur le déracinement. Nous, c’est exactement l’inverse ! Nous sommes attachés à l’enracinement, à la culture, à l’identité, mais aussi à cet aspect social qui fait que nous n’acceptons pas que nos compatriotes restent sur le bord de la route, surtout quand on s’autorise à être aussi généreux avec l’immigration qui est de plus en plus massive.

- Ne craignez-vous pas que le contexte local et vos divisions nationales ne rendent cette élection plus difficile pour vous que la précédente ?
- Je n’ai pas vu de divisions au sein du FN ! Un de mes collaborateurs est parti, c’est tout ! Cela n’a eu absolument aucune conséquence ! Les partis politiques sont faits d’hommes et de femmes qui n’ont parfois pas la place qu’ils auraient voulu avoir, qui font acte de mauvaise humeur… ça n’a aucune importance ! L’important, ce sont les idées que nous portons. L’important, c’est l’avenir des Corses. Nous sommes toujours là, stables, sérieux, sans jamais avoir varié, sans aucune compromission à l’égard de quiconque. Nous ne nous vendons pas ! Ni pour un mandat, ni pour un poste, ni pour je ne sais quelle espérance ou aventure électorale ! Les Corses le savent. C’est la raison pour laquelle ils nous ont porté en tête lors du 1er tour de l’élection présidentielle.

- Ce scrutin corse, est-ce un test pour vous ?
- Non ! Il n’y a pas de test ! La Corse n’est pas un laboratoire ! C’est l’avenir du territoire qui se joue ! Il est fondamental que le territoire ne tombe pas entre des mains toutes puissantes qui oublieraient la défense de la Corse et des Corses ! Je compte beaucoup sur Charles Giacomi pour être ce porteur d’espérance envers notamment la jeunesse corse qui ne sait plus où regarder, qui se sent totalement abandonnée, qui ne voit pas les perspectives qu’on lui offre. Nous lui offrons des perspectives. Nous lui parlons. C’est peut-être cela qui dérange nos adversaires politiques.

- Vous êtes venus dans un territoire rural. Quelles sont les perspectives que le FN offre à la ruralité corse ?
- La vie ! Aujourd’hui, la ruralité est en train de mourir ! Notamment parce que l’agriculture est assassinée par des gouvernants soumis aux règlementations de l’Union européenne qui sont le dernier clou dans le cercueil de l’agriculture ! Nous sommes confrontés à un débat sur les accords de libre-échange qui sont imposés les uns après les autres par l’Union européenne. Ils vont terminer de tuer l’agriculture ! S’il n’y a plus d’agriculture, il n’y aura plus de ruralité ! De la même manière, s’il n’y a plus de service public, il n’y aura plus de ruralité ! Dans un village, quand une école ferme, des familles renoncent à venir s’y installer. C’est une désertification annoncée. Je considère que l’ensemble des territoires doit vivre. C’est un signal de venir à Pruno, une façon de dire que la Corse, ce n’est pas seulement les grandes villes, ni les communes les plus touristiques, c’est un écosystème. Si on le déstabilise en laissant mourir les villages et la ruralité, alors la Corse ne sera plus la Corse !

- Vous êtes contre le statut de résident. Mais comprenez-vous que les Corses veulent rester propriétaires de leur terre ?
- Bien évidemment ! Face à la flambée des prix de l’immobilier, un certain nombre de nos compatriotes corses se retrouvent dans la même situation difficile que nos compatriotes sur l’intégralité des côtes françaises. Ils sont dans l’incapacité de pouvoir vivre chez eux, là où vivaient leurs parents et leurs grands-parents. Cette situation n’est pas admissible ! Il y a des moyens pour faire face à cela, mais encore faut-il avoir le sens de ses racines, le sens de cet enracinement ! Les Républicains, En Marche, et la Gauche en général ont fait une croix sur ça ! Ils veulent que nous soyons exclusivement des consommateurs et des producteurs, que nous n’ayons plus de relations avec le passé et les territoires auxquels nous sommes attachés.

- Pourquoi dites-vous que les moyens alloués à la langue corse sont mal employés ?
- Je ne sais pas ! On va demander un audit. Les sommes sont considérables ! Soit elles sont mal employées, soit elles sont réservées à certains ! Dans l’effort de transparence auquel nous sommes tous attachés, il serait utile de savoir comment et par qui elles sont utilisées.

- Pourquoi avez-vous proposé une loi contre les matchs le 5 mai alors que les gouvernements successifs et les instances du football sont tous réticents sur le sujet ?
- Vous croyez que ça m’arrête ! Parce qu’ils sont réticents, il faudrait plier bagage ! Mais, on est là pour ça ! Nous, nous sommes l’opposition à Macron, pas ceux qui vont fusionner au 2nd tour. Eux, ce sont les complices de Macron ! On ne peut pas se présenter comme s’opposant à Macron et faire liste commune avec lui ! Il faut arrêter de prendre en l’espèce les Corses pour des idiots ! Nous sommes résolument en opposition à la politique d’Emmanuel Macron, et ce n’est pas parce qu’il est en désaccord avec nous que nous allons déposer les armes politiques. Nous allons continuer à nous battre parce que je trouve qu’il est juste qu’on mette en œuvre cette disposition qui est un moyen de rendre hommage aux victimes. Honnêtement, ce n’est pas grand chose pour le gouvernement de faire ça. Ce serait un signal fort !

- Considérez-vous dangereuse une possible autonomie de la Corse ?
- Il y a déjà beaucoup d’autonomie ! Que la Corse use déjà de l’autonomie qu’on lui a transférée ! Ce n’est pas le cas. On en veut toujours plus ! Mais ceux qui en demandent toujours plus sont en réalité dans une posture. Ce n’est pas une démarche pragmatique, mais idéologique. Les Nationalistes se trompent ! Plutôt que de reprendre le pouvoir de l’Etat-nation, plutôt que de défendre la Nation, ils font croire que l’on pourrait préserver l’identité corse ou obtenir une prospérité en éloignant au fur et à mesure la Corse de la France jusqu’à la séparation définitive. C’est un leurre ! L’identité de la France est en train d’être tuée par l’Union européenne. Croyez-vous sincèrement que la Corse protégera son identité face au mastodonte et au rouleau compresseur de l’Union européenne ? Evidemment que non ! La meilleure chance pour l’identité de la Corse, c’est qu’elle soit défendue par l’Etat-nation France.

- La prédominance des Nationalistes confirmée par l’élection de trois députés vous fait-elle craindre un scénario à la catalane ?
- Je n’irai pas jusque là ! Nombre de reproches qui sont montés en épingle par les Nationalistes sont de la responsabilité de l’effondrement de l’Etat-nation. Le meilleur moyen de ramener tout le monde au bercail est que l’Etat-nation joue à nouveau son rôle. Il faut le dire : il a abandonné la Corse depuis des années ! Certains profitent de cette déception. Nous portons un changement radical de politique de l’Etat-nation qui doit tenir compte de ses territoires et se nourrir de la richesse des cultures régionales. Il doit aussi être capable de mettre en œuvre une politique et une économie à l’intention des Français en France et, accessoirement, pour ces élections, des Corses en Corse.

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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