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Michel Castellani : « La réforme constitutionnelle, qui est la priorité, me semble arrêtée »
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Michel Castellani : « La réforme constitutionnelle, qui est la priorité, me semble arrêtée »


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Le 13 Août 2018


- Que retenez-vous de ces trois semaines d’activité parlementaire intense et chaotique ?
- Les trois semaines, que nous venons de vivre à l’Assemblée nationale, étaient un peu particulières. Nous sommes allés d’une suspension de séance à l’autre. A deux reprises, j’ai demandé à la ministre Belloubet d’arrêter le cinéma. Ce qu’elle a fini par faire ! Ensuite, ce fut l’arrivée de Gérard Collomb qui s’est passée dans un scandale absolu à propos de l’affaire Benalla. Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est que la réforme constitutionnelle, qui est le sujet le plus important, me semble arrêtée.

- L’est-elle définitivement, comme le laissent entendre certaines voix ?
- Je n’en sais trop rien ! Mon sentiment est qu’il y a de nombreux intérêts en jeu qui tirent en faveur d’une non-reprise de la réforme à la rentrée et pour que le projet soit enterré. Par exemple, des députés qui risquent fortement de perdre leur place, ou d’autres qui ne souhaitent pas pour diverses raisons que cette réforme aille au bout. Cela pose évidemment un gros problème pour la Corse.

- Lequel ? Etant donné que le volet corse de la réforme a été rejeté par le pouvoir nationaliste…
- Oui, mais une réforme constitutionnelle n’arrive que tous les 15 ans. Nous travaillons à faire avancer la loi dans le sens qui est le nôtre, c’est-à-dire essayer de donner le maximum de pouvoir à la Corse, en particulier le pouvoir d’adaptation des lois aux conditions sociales, culturelles ou environnementales locales. Nous espérons aboutir à une loi organique qui soit plus intéressante pour nous. Mais, ce n’est pas du tout dit qu’elle voit le jour. Si l’affaire est cassée, nous aurons, alors, travaillé énormément, mais pas pour rien ! Nous tenterons de récupérer l’affaire sous une autre forme ou sous un autre angle.

- Sous quelle forme par exemple ?
- Par exemple, dans le cadre de la Commission des finances dont je suis membre, il faudra que je travaille pour essayer d’avancer vers un statut qui soit acceptable pour les Corses. Idem pour la langue, la lutte contre la spéculation... Mais cela ne sera pas simple ! La priorité est de voir ce que devient cette réforme institutionnelle, si elle est vraiment stoppée ou pas.

- Sur cette réforme, vous avez déposé plus de 500 amendements, pratiquement aucun n’a été accepté. N’est-ce pas beaucoup d’énergie dépensée pour rien ?
- Non ! Je ne peux pas dire ça ! Deux de mes amendements ont même été adoptés. Le premier sur la suppression du mot race, et donc sur la référence à la race dans la Constitution. Le second sur la reconnaissance officielle de la priorité accordée aux problèmes environnementaux et au développement durable. Nous pensons qu’il est important que ces deux concepts figurent dans la loi fondamentale. A part cela, il est évident que pour le reste, ni nous, ni la droite, ni la France Insoumise, ni personne n’a réussi à faire passer facilement des amendements. Il faut dire que la majorité LREM est un peu tétanisée sur son propre pouvoir et qu’elle joue vraiment défensif ! C’est le travail de l’Assemblée qui veut ça, il faudrait voir en seconde lecture ce que tout cela va donner. Peut-être que le gouvernement aurait été un peu plus souple en seconde lecture et même sûrement !
- Comment se passe le dialogue avec le gouvernement dans le cadre de l’Assemblée nationale?
- Il y a tout un travail que le public ne voit pas. Il voit les interventions que nous faisons en Commission et dans l’hémicycle, elles sont nombreuses. Il ne voit pas tout le lobbying, le travail de persuasion et de pédagogie que nous faisons au quotidien auprès de l’ensemble des chefs des groupes politiques, des ministres et des autres députés. Ces trois dernières semaines, j’étais encore à Paris et j’ai multiplié les contacts avec pas mal de ministres pour essayer de leur expliquer qu’il fallait avancer dans tel ou tel domaine, les aider à surmonter leurs propres insuffisances en connaissance de la Corse, leurs appréhensions par rapport aux réactions d’autres régions françaises…

- Le dialogue est-il aussi bloqué et frileux qu’avec le pouvoir insulaire ?
- J’ai le sentiment que, d’une façon générale, tous ces gens connaissent assez mal le dossier corse et sont arc-boutés sur une conception traditionnelle de l’Etat : l’Etat-nation hyper-centralisé. Et, surtout, ils subissent l’influence du président de la République qui, lui-même, subit l’influence de son cabinet. Je suis certain que le cabinet a une influence très négative sur Emmanuel Macron, sinon je vois mal comment on pourrait expliquer la différence qui existe entre le discours du candidat Macron à Furiani et le discours du président Macron. Cela ne s’expliquerait pas sans l’intervention très négative d’un certain nombre de gens du premier cercle.

- Le président Macron serait-il, donc, plus ouvert qu’il n’y paraît ?
- Je n’en sais rien ! Il faut essayer de l’atteindre par d’autres canaux. Avec d’autres députés, je travaille sur les gens du premier cercle pour essayer d’avoir une influence sur le président et le faire évoluer dans un sens qui est important pour la Corse. Nous ne demandons pas n’importe quoi ! Nous demandons que les réalités concrètes, historiques, politiques, culturelles et sociales de notre île puissent être prises en compte par la loi de façon à améliorer les choses. Nous ne demandons pas la lune ! Nous avons eu l’occasion de le dire au gouvernement, même dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, dire qu’il ne fallait pas confondre les concepts et que l’on peut imaginer une autre structure d’Etat en France.

- C’est-à-dire ?
- J’ai eu des débats et des discussions avec Jean-Luc Mélenchon, par exemple, sur le fait qu’il ne fallait pas confondre deux concepts : égalité et diversité. L’égalité du citoyen face à la loi est un principe intangible de la démocratie auquel il ne faut pas toucher, c’est sûr ! La reconnaissance de la diversité des territoires est tout aussi fondamentale, mais elle n’est, pour l’instant, pas prise en compte dans la loi. Heureusement que nous sommes à Paris parce que nous ouvrons ce genre de débat en séance publique et en discussions privées aussi.

- La rentrée parlementaire s’annonce chargée. Quels dossiers importants vous attendent ?
- Nous allons commencer un énorme travail à la Commission des finances sur le projet de Loi de finances pour 2019. L’examen du projet démarre tout de suite à la rentrée et devrait se prolonger dans l’hémicycle jusqu’au mois de novembre, peut-être même jusqu’en décembre. Le fait que la Loi de finances arrive en discussion et qu’elle doit obligatoirement être examinée risque de couper totalement la route à tout autre sujet, y compris la réforme constitutionnelle.

- Lors de son dernier entretien avec Gilles Simeoni, le Premier ministre a annoncé un statut fiscal pour la Corse. Est-ce un effet d’annonce ou un épreuve de rattrapage ?
- Mon sentiment est que le statut fiscal est un des domaines où l’on peut avancer. Nous sommes partis de très loin. Les premiers mois de notre présence à Paris, nous nous sommes heurtés à des attitudes extrêmement hostiles de la part des ministres Le Maire et Darmanin. Aujourd’hui, ça a l’air d’aller mieux grâce à la force de persuasion dont nous avons su faire preuve à Paris, que ce soit nous trois ou l’Exécutif. C’est un domaine où le gouvernement peut lâcher un petit quelque chose. Jusqu’où ? Je n’en sais rien. On verra justement à travers les amendements que nous ne manquerons pas de déposer lors de la discussion sur la Loi de finances.

- Un cycle de négociations s’est clôt avec Paris. Comment entamer le suivant ? Quelle serait la bonne stratégie ?
- C’est une question difficile ! Il s’agit de persuader beaucoup de monde, pas seulement des gens du pouvoir, mais aussi des gens de l’opposition. Les persuader que la question corse est une question historiquement particulière, qu’il faut prendre la Corse dans ce qu’elle a de personnel, son histoire, son passé, l’appréhender pour ce qu’elle est, et pas comme une région moyenne, un morceau de territoire banal de la France. Tout le débat est là ! La plupart considère que la Corse est un morceau de terre comme un autre. Nous considérons, au contraire, que nous sommes une nation à tous les sens du terme et que nous voulons, pas aller vers l’indépendance, mais vers une reconnaissance institutionnelle de cette réalité.

- Essayez-vous toujours de former un groupe politique à l’Assemblée nationale ?
- Oui ! Nous nous voyons régulièrement avec un certain nombre de députés, nous discutons, nous confrontons nos points de vue pour voir si nous sommes sur la même tonalité politique… Nous avons des relations tout à fait particulières. Pour l’instant, c’est informel. Est-ce que cela va devenir un groupe officiel ? Ce n’est pas impossible. Même si je considère que ce n’est pas une priorité, je pense que cela se fera probablement d’ici à Noël. Nous sommes en situation de pré-groupe.

- Vous vous maintenez dans le Top des députés les plus actifs. Avez-vous pris goût à la fonction parlementaire ?
- A trois, avec mes deux autres camarades, nous faisons un gros travail. Nos caractères sont différents, mais au final nous sommes assez complémentaires. Personnellement, j’agis par devoir parce que je suis un militant, j’essaye de répondre à la confiance des électeurs. C’est ce qui nous donne la motivation d’aller de l’avant, de travailler, d’étudier les dossiers et de représenter dignement la Corse. J’essaye, dans un souci de pédagogie, de donner une image très crédible de la Corse, très sensée et très respectable. C’est déjà le premier pas qui permettrait d’ouvrir le maximum de portes sur notre programme politique.

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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