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Missions locales en danger : Les présidents corses tirent la sonnette d’alarme
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Missions locales en danger : Les présidents corses tirent la sonnette d’alarme


Calvi

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Le 10 Avril 2019


C’est un nouveau coup dur pour les missions locales. Après le spectre de leur fusion au sein de Pôle Emploi qui a plané pendant des mois comme une épée de Damoclès, la baisse des crédits, le retard de versement des subventions et la modification rétroactive des règles de paiement de certains dispositifs, le gouvernement lance une menace encore plus grave : celle de diminuer de moitié le budget qui leur est globalement alloué. Cela signifierait tout bonnement la clé sous la porte pour la plupart des 436 missions de service public territorial qui agissent dans toute la France pour l’insertion et l’accompagnement des jeunes en difficulté. Dans le viseur des coupes budgétaires : le dispositif Garantie Jeunes, mesure phare du plan de lutte contre la pauvreté que vient juste de lancer l’Etat. Réunies en assemblée générale à Ghisunaccia, mardi après-midi, les quatre missions locales corses ont tiré la sonnette d’alarme. « Nous profitons de l’Assemblée générale annuelle pour alerter, comme l’a fait en éclaireur le secrétaire de l’ARML, Francis Guidici, lors de la visite du président de la République à Cozzano, où il a parlé de la problématique du financement des missions locales, notamment du dispositif Garantie Jeunes. On nous dit que ce dispositif, qui intéresse beaucoup de jeunes, va connaître une diminution de 50% des crédits. A l’échelle nationale, cela fait 60 millions € de moins. En Corse, cela correspond à près de 300 000 € de moins. Cette baisse met en péril le dispositif », explique Pierre Savelli, maire de Bastia et président de l’agence des missions locales de Bastia et de l’association régionale des missions locales (ARML) qui est chargée de coordonner le travail des quatre missions locales corses : Ajaccio, Porto-Vecchio, Ghisonaccia et Bastia.

Des dispositifs efficaces
L’ARML dénonce l’incohérence de la politique gouvernementale. « Il faut expliquer au gouvernement qu’il ne peut pas lancer, d’un côté, le plan de lutte contre la pauvreté et, de l’autre, mettre à mal ce dispositif qui permet à des jeunes qui sont en difficulté d’être pris en charge, de bénéficier de formations et d’avoir au moins un accès à l’emploi. C’est très important de leur offrir des perspectives. Si on commence à diminuer de moitié les crédits qui leur sont alloués, les dispositifs vont moins bien fonctionner et perdre en efficacité », poursuit Pierre Savelli. Des dispositifs pourtant jugés efficaces. En Corse, 5 666 jeunes ont été accompagnés par le réseau des missions locales en 2018. Parmi eux, 566 sont passés par les ateliers, 1513 par les parcours de compétence, 870 par le parcours emploi, 466 par la garantie jeunes et 835 par le parcours alternance et apprentissage. Au final, 3288 jeunes ont eu un contact avec une activité professionnelle, c’est-à-dire qu’ils ont exercé un emploi, même de courte durée. 1200 ont reçu une formation et 642 sont en alternance. « Divers dispositifs traitent l’accompagnement dans toutes les dimensions et toutes les difficultés que les jeunes de 16-25 ans peuvent rencontrer : la santé, l’emploi, le logement, le permis de conduire, même les études et la formation. Les missions ont changé parce qu’il faut souvent aller chercher des jeunes pour les informer de ces aides et leur faire intégrer un dispositif. Le vrai challenge des personnes, qui travaillent dans les missions locales et qui font un travail incroyable, est de trouver les jeunes qui ont parfois même un Bac+4. L’objectif va de l’accompagnement à l’émancipation ».

L’île au top
Près de 80% des jeunes en Garantie Jeunes ont accès à l’emploi. La Corse détient même les meilleurs chiffres nationaux dans ce domaine. « Le dispositif Garantie jeunes a été mis en place depuis trois ans. La Haute-Corse, avec la mission locale rurale de Ghisonaccia-Corte-Balagne et la mission locale de Bastia, en a fait l’expérimentation dès la première année. Puis le Sud a suivi. Nous avons obtenu de bon taux de réinsertion. C’est pourquoi il est vraiment dommage de voir aujourd’hui nos crédits amputés et de devoir prendre l’argent sur d’autres actions qu’on ne pourra plus faire. Un jeune accompagné coûte globalement 1600 €. Pour la mission locale que je préside, ce serait environ 50 000 € en moins, cela correspond à 1,5 poste de conseiller Garantie Jeunes que nous ne pourrons pas couvrir », précise Francis Guidici, maire de Ghisonaccia et président de l’agence de missions locales rurale de Haute-Corse. Il a, donc, interpelé Emmanuel Macron sur la question. « Sur notre territoire rural qui connaît de gros problèmes de mobilité et qui est excentré, la mission locale compte 5 antennes déployées à Calvi où est situé le siège, à Ghisonaccia, Folelli, Île Rousse, et des permanences à Vescovato, Morosaglia, Cervione et Moriani. Nous allons chercher les jeunes dans les villages avec des véhicules ou des navettes parce qu’ils n’ont pas de moyens de transport ». S’il reconnaît que le dispositif est lourd, il n’en est pas moins très intéressant. « La mission locale a des solutions que n’a pas Pôle Emploi. L’accompagnement des jeunes est complet, il commence par un bilan santé, on leur apprend à faire un CV... Ces jeunes sont un peu perdus, ils n’ont ni emploi, ni formation. Certains sont en décrochage universitaire et sont remis sur le chemin par ce dispositif. Aujourd’hui, on modifie les statuts pour l’étendre aux 16-30 ans ».

Une aide méconnue
L’enjeu est crucial dans une île de plus en plus touchée par la précarité, qui affiche l’un des plus forts taux de décrochage scolaire et où le chômage des jeunes atteint 25%. « Lorsqu’on sait les efforts faits par ces missions locales et surtout les résultats obtenus sur le terrain, il y a de quoi s’inquiéter ! Les missions locales ont pour vocation essentielle d’éviter que les jeunes, un jour, soient obligés de fréquenter Pôle Emploi. Ceci à travers une anticipation, une discussion et une immersion. Les potentialités dans l’Extrême Sud sont très fortes. Beaucoup de jeunes trouvent ainsi un emploi, d’autres directement des contrats d’apprentissage, d’autres enfin réussissent une insertion qui fait leur bonheur. L’accompagnement est très large et touche au logement, au principe de mobilité qui est très compliqué chez nous puisque les moyens communs de locomotion n’existent pas », ajoute George Mela, maire de Porto-Vecchio et président de l’agence de missions locales rurale de l’Extrême-Sud. L’un des problèmes dans le rural est la méconnaissance de la structure. « Même certains maires ignorent son existence, alors qu’on en connaît les bien-fondés et l’intérêt. La mission locale a la responsabilité d’aller chercher au fin fond de la ruralité ceux qui sont en déshérence et ceux qui sont à la recherche d’un emploi pour avoir la possibilité, au travers l’aide donnée, de les insérer dans les différentes applications et surtout dans les débouchés qui peuvent exister ». Beaucoup de gens n’ont pas conscience qu’ils ont accès à ce type d’aide, ils ignorent les services prodigués par ces institutions, leur répartition géographique, d’où la nécessité de communiquer plus et mieux.

L’enjeu de la confiance
Les missions locales dépendant largement des dotations de l’Etat, leur baisse risque d’être dramatique et entrainer des ruptures de charge. « Le dispositif Garantie Jeunes a ses défaillances, mais il a démontré qu’il était capable d’être productif. Diviser par deux l’enveloppe de 1600 € pour la prise en charge d’un jeune pendant un an va engendrer des difficultés, d’abord au niveau de la rémunération du jeune. Pour commencer à lui donner confiance, on lui verse une rémunération symbolique qui lui remet psychologiquement le pied à l’étrier. Un nombre important de jeunes sortent du système scolaire sans formation, ni qualification, enchainent les petits boulots s’ils arrivent à les décrocher, mais parfois sont dans une situation de précarité si forte qu’il leur est très difficile de s'en sortir. La mission locale est là pour leur faire comprendre qu’il n’est pas trop tard. Il y a pas mal de strates de la population qui lâchent complètement prise et qui ont du mal à s’insérer dans la société, aussi, au-delà de l’emploi, de la rémunération et de la formation, il faut une insertion sociale dans une société qui bouge, vit, et ne soucie plus de ceux qui restent sur le bord du chemin », commente Laurent Marcangeli, maire et président de l’agence de missions locales d’Ajaccio. « A Ajaccio, nous avons la chose d’être aidé par des entreprises qui ont joué le jeu, ont expliqué aux jeunes les carrières dans leur secteur d’activité, comment se présenter à un entretien d’embauche… toute une série de questions liées à la prise de confiance. Des dispositifs en milieu carcéral permettent à des gens, qui ont été accompagnés vers la liberté, de repartir sur un parcours d’insertion et de réinsertion. Ces résultats sont très positifs, l’argent n’est pas jeté par les fenêtres ».

Une réponse inquiétante
Cette efficacité démontrée est, donc, aujourd’hui, remise en cause par la perspective de coupes sombres dans le financement et l’abandon de certains dispositifs. L’annonce gouvernementale est d’autant plus inquiétante pour la Corse qu’elle pâtit déjà d’une faiblesse de moyens. « Nous avons constaté que nous étions sous dotés par rapport à des régions de même strate et comparables. Force est de constater que, malgré nos efforts de communication portés par l’ensemble des missions locales, il nous reste encore du chemin à parcourir pour nous en rapprocher. Pratiquement toutes les missions locales corses rencontrent des difficultés de financement. C’est pour cela que nous étions désireux de tirer la sonnette d’alarme », conclut Laurent Marcangeli. La réponse d’Emmanuel Macron à Cozzano n’a guère été de nature à rassurer les quatre maires. Il a botté en touche tout en reconnaissant que pour la Corse, au vu de sa faiblesse démographique, des solutions pourraient être trouvées pour maintenir le niveau de dotation. « Ce n’est pas une réponse satisfaisante. Nous souhaitons que le dispositif Garantie jeunes soit garanti et soutenu comme tel. On ne peut pas prendre sur une autre ligne budgétaire pour compenser », s’alarme Francis Guidici. Le président des missions locales de France, Jean-Patrick Gille, a demandé par lettre audience au président Macron. Il attend la réponse…

N.M.



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