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Assemblée de Corse : Avant la venue de Macron, la Préfète de région sur la sellette
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Assemblée de Corse : Avant la venue de Macron, la Préfète de région sur la sellette


Calvi

Par

Le 28 Mars 2019


Le compte-rendu du bilan des activités de l’Etat dans le département pour l’année écoulée sur tous les sujets, qui relèvent de sa compétence, est un exercice obligé, une fois l’an, pour tout préfet. En Corse, depuis la suppression des Conseils départementaux le 1er janvier 2018, on pensait l’exercice obsolète, mais le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, a demandé à la préfète de région, Josiane Chevalier, de s’y prêter devant l’Assemblée désormais unique de l'île. L’exercice est, donc, inédit dans sa forme, mais aussi sur le fond puisque, comme ils l’ont souligné l'un et l'autre dans leurs propos introductif, il marque le bilan de la première année d’existence de la Collectivité unique. A une semaine de la venue du président de la République, Emmanuel Macron, à Cuzzà et à Sampolu, et dans un contexte très tendu de relations compliquées, pour ne pas dire d'absence de dialogue, entre la Corse et Paris, l'exercice était tout aussi attendu sur le ton. Force est de constater sur ce point que les deux présidents ont su répondre. L'Assemblée de Corse n'étant pas, comme l'a rappelé fermement le président de l'Exécutif, Gilles Simeoni, un simple Conseil départemental, les interventions ont, d'emblée, pris un tour très politique, aussi bien du côté d'une majorité qui n'a pas caché son hostilité, que d'une préfète sur le qui-vive, déterminée à la contre-attaque, dans un chjami è rispondi plutôt musclé sous l'apparente courtoisie.

Le mépris de l'Etat
Comme attendu donc, Jean-Guy Talamoni ouvre frontalement le bal des critiques sur le sempiternel déni de l'Etat face aux revendications nationalistes. « Nous nous devons – et nous devons à nos compatriotes qui nous ont fait confiance – de dire clairement que le sort fait à la Corse par l’Etat, dont vous êtes l’envoyée dans l’île, n’est pas acceptable... L'Etat français ignore de façon méprisante tous les aspects – sans exception aucune – du projet politique et sociétal que nous portons et pour lequel nous avons été mandatés : la langue, la terre, l’emploi, la justice sociale, le sort des prisonniers et recherchés, ce qui constitue un insupportable déni de démocratie. Par une telle attitude, la France bafoue les principes qu’elle professe pour les autres ». Le leader indépendantiste pose, ensuite, le cadre du débat : « Vous êtes une préfète éminemment politique, davantage sans doute que vos prédécesseurs. Ce que montre à suffisance votre activité soutenue à cet égard, y compris, souvent, dans les domaines de compétence de la Collectivité de Corse. Je vous parle donc de politique ».
Une fin de non-recevoir
Même son de cloche du côté du président de l'Exécutif, Gilles Simeoni, qui fait le triste constat d'une impasse, voire d'une régression. « Tous les feux devraient donc être au vert pour engager un véritable dialogue, tourner définitivement la page de la logique de conflit, et construire ensemble le développement économique, social, culturel de cette île, et de toutes celles et ceux qui se sentent partie prenante de son destin… Las ! Tournant le dos à l’espoir suscité et à la dynamique de progrès, à contre-courant du droit commun de tous les territoires à forte spécificité de l’Union européenne, a fortiori lorsqu’ils sont insulaires, l’Etat s’arc-boute sur des positions constitutives d’une formidable et dramatique régression… Au nom de quelle vision conservatrice et rétrograde interdirait-on à la Corse de bénéficier d’un statut d’autonomie qui est la règle dans la quasi-totalité des îles de Méditerranée et de l’Union européenne aux caractéristiques équivalentes ? ». Anticipant déjà l'inutilité de la visite présidentielle, il prophétise : « Dans l’échange tel qu’il est prévu au moment où nous parlons, il n’y aura pas de place pour les questions et les réponses sur des problèmes perçus comme essentiels par les Corses. Sans doute me répondrez-vous que ce n’est ni le lieu, ni le moment, d’aborder ces questions. C’est d’ailleurs ce qui nous a aussi été dit jusqu’à aujourd’hui. Et c’est encore la même fin de non-recevoir qui nous est opposée pour le rendez-vous prévu 4 avril à Cuzzà. En fait, ce n’est jamais le lieu, ni le moment ! ». Et de conclure : « Il est plus que temps de redresser la barre et de changer de cap ».
Six priorités
Un cap dont Josiane Chevalier n'a pas montré les signes avant coureurs lors de son discours introductif. Elle cite, certes, ses racines dans le Tarn, Jean Jaurès : « Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel… », évoque les spécificités et l'identité corses, mais se borne, ensuite, au rôle de l'Etat. Vêtue d’un pantalon bleu, d’un haut blanc et d’une veste rouge, c’est bardée symboliquement et ostensiblement des couleurs de la République française qu’elle entreprend, alors, ce pourquoi elle est venue : un bilan de l'action de l’Etat en matière de sécurité, de cohésion sociale, de développement du territoire, d’éducation, de santé… Un bilan qui, pour elle, ne peut qu’être très satisfaisant. Un listing complet et chiffré autour de six priorités : Les mesures fiscales, les moyens substantiels pour la formation et la jeunesse, les politiques d'aménagement du territoire, la santé et les solidarités, les avancées en matière environnementale et le prolongement de deux ans du PEI (Programme exceptionnel d’investissements) ...
Quinze questions
Le bilan achevé, la préfète affronte un feu nourri de questions, 15 au total émanant de tous les bancs de l’hémicycle. Dans cet exercice obligé, les questions lui ont été transmises au préalable, elle a, ainsi, pu bien peaufiné les réponses, ce qui lui permet de renvoyer quelques balles avec précision, mais ne lui évite pas d’en rater beaucoup d’autres ou de botter prudemment en touche sur l’Exécutif. Sur la sellette : la stratégie de l’Etat en Corse, le PADDUC, l’urbanisme, la loi Elan, les PLU impossibles à établir, les Espaces stratégiques agricoles, le coefficient de santé, le refus de l’Etat de valider la Charte pour l’emploi local, les moyens aériens de lutte contre les incendies, la langue corse, les énergies renouvelables… Les réponses sont très techniques, mais visent souvent à côté. La préfète est dans son rôle et le joue à fond, défendant point par point la politique du gouvernement qu’elle représente. Les élus repartent sans en avoir eu pour leur faim, pas vraiment plus avancés, peu convaincus, pas rassurés. « Vos réponses, sur le plan technique ne nous ont pas satisfaits. Sur le plan politique, vous ne vous êtes pas avancée. Mais, notre majorité porte un invincible espoir, celui de voir notre peuple recouvrer ses droits. Nous savons que ce jour viendra », commente Jean-Guy Talamoni en guise d’épilogue.



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