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Assises de la montagne à Chisa : Le long travail de revitalisation de l’intérieur
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Assises de la montagne à Chisa : Le long travail de revitalisation de l’intérieur


Calvi

Par

Le 05 Février 2019


- Quel est l’objet de ces Assises de la Montagne ?
- Pour ce troisième rendez-vous annuel, nous avons fait le bilan précis des investissements que nous avons déjà engagés ou programmés avec le détail des communes concernées. Nous avons débattu avec les groupes de travail qui ont été constitués. Suite aux problèmes qui ont eu lieu à Tavera, nous avons créé un groupe de travail sur la gestion des estives et des sites de montagne. Piloté par Nelly Lazzarini, présidente de Casgiu Casanu, il a rendu ces premières conclusions. Un des objectifs est la rénovation de 40 bergeries pour accueillir des transhumants. C’est un travail qu’en cette période de difficulté foncière pour les agriculteurs, nous mènerons avec la filière bergère. Un groupe de travail, présidé par Jean-Jacques Gianni, maire d’Evisa, porte sur A strada di u Cantu di a poesia, la création d’une route patrimoniale touristique des poètes de l’intérieur de la Corse avec un contenu en langue corse. Nous avons, aussi, parlé d’A Strada Paolina et des investissements prévus dans les couvents qui est une orientation du schéma Montagne. La deuxième phase de la rénovation du couvent d’Alisgianu est déjà programmée et devrait permettre la création de gîtes.

- Pourquoi avoir mis aussi le thermalisme à l’ordre du jour ?
- Un gros travail a été effectué sur le thermalisme par la Commission économique de l’Assemblée de Corse et l’ADEC, en convergence avec le Comité de massif. Le Schéma Montagne propose des moyens pour mettre en valeur certains sites, d’où, cette année, notre présence aux bains de Pietrapola. Nous réfléchissons à un échange d’expérience avec ce qui se fait ailleurs, à une ingénierie sur la gestion et les choix et même à comment définir des partenariats publics-privés sur certains sites. Nous avons, aussi, évoqué la téléphonie et le numérique et fait un focus sur la précarité et le social en insistant sur l’aide à la mobilité et à l’alimentation. L’idée est d’organiser, à travers les intercommunalités et en partenariat avec la grande distribution, la possibilité de stocker de l’alimentation pour pouvoir distribuer, sous conditions de ressources, des stocks non consommés et mobilisables du point de vue des dates limites de consommation.

- Qu’entendez-vous par l’aide à la mobilité ?
- Aujourd’hui, il n’existe pas de service public de proximité. Par exemple, à part en scolaire, aucun service public ne raccorde l’Orezza-Ampugnani ou l’Alisgiani à Folelli. Pareil pour le Niolu par rapport à Francardu. Notre ambition est de désenclaver totalement, non seulement en fréquence, en flux et en service public, mais aussi en coûts. Une personne, qui veut vivre dans le Niolu, doit pouvoir disposer d’un service public de bus aller-retour jusqu’à Francardu pour prendre le train jusqu’à Bastia et revenir à un coût acceptable. Toutes ces actions peuvent être accompagnées par le Comité de massif pour s’attaquer en milieu rural à la question de la fracture sociale et de la précarité.

- Autre volet abordé : l’Education. Quels sont les objectifs ?
- Le projet est de consolider les moyens pédagogiques des écoles rurales et de créer, en milieu rural de montagne, les fameux trois centres d’immersion linguistique en langue corse qui sont un des objectifs du schéma. L’école d’Alisgianu, qui est fermée, fera l’objet d’une création d’association avec, en fonctionnement et en investissement, un financement commun du Comité de massif et du service Langue corse.

- Vous parlez de bilan précis. Quel est-il concrètement sur ces trois ans d’activité ?
- Quand en décembre 2015, nous sommes arrivés aux responsabilités, il n’y avait, - il faut le rappeler - ni Comité de massif, ni proposition d’un tel Comité, ni Schéma de développement de la montagne, ni ressources financières pour donner, à d’éventuels schéma ou orientations, une traduction concrète sur le terrain. D’où une phase de janvier à octobre 2017 de réactivation du Comité et de vote de rapports à l’Assemblée de Corse pour lui donner une composition politique. Composé de 107 membres de droit, à savoir le Conseil exécutif, le président de l’Assemblée et les acteurs de terrains - les chambres consulaires, agricoles, de commerce et de métiers, toutes les intercommunalités, les filières agricoles, les activités de pleine nature, les associations de l’environnement… - il a des prérogatives données par la loi Montagne et liées aux compétences de la CdC. Alors que l’on disait la collectivité unique éloignée des territoires, ce Comité est un lieu mixte, de proximité et de définition des politiques publiques, qui tranche avec la gestion de l’ancien système, aussi critique que lourde.

- Qu’est-ce qui a changé ?
- Là où avaient été créées des baronnies, nous avons décidé de décloisonner et d’éliminer les redondances. Quand, par exemple, un dossier concernant des bergeries est instruit par l’ODARC, il doit aussi recevoir l’avis de l’agence du tourisme, du service du patrimoine… pour rechercher des effets d’échelle, financiers ou techniques, et optimiser la solution. Des ateliers ont été mis en place pour élaborer le Schéma d’aménagement, de développement et de protection du Massif corse qui a été proposé lors des premières Assises de la montagne - qui se sont tenues au Niolu en décembre 2016 - et voté le 24 février 2017 à l’Assemblée de Corse. Nous avons, ensuite, voté le règlement intérieur et le règlement des aides en octobre 2017. Ce Schéma est doté de 182,3 millions € sur 7 ans, que l’on peut mobiliser en fonds propres de la CdC et en cofinancement PEI, Feader, PETR…

- Quand avez-vous instruit les premiers dossiers ?
- Dès la première Commission permanente, le 6 novembre 2017. Nous avons constitué des groupes de travail afin de susciter des projets dans l’intérieur en lien avec les communes et les intercommunalités. Il faut ranimer le malade en termes d’ingénierie, aider les petites communes à faire émerger des projets et à les financer. Nous avons mis en place un numéro unique, mais nous devons muscler les équipes qui guident les porteurs de projets à monter les dossiers. Nous avons commencé à structurer un certain nombre de projets qui sont sortis de terre, au moins en termes de programmation. Par exemple, une aide au réseau de chaleur à partir de la biomasse dans la commune de Levie. Une aide importante à la modernisation du Syndicat mixte d’abattage, notamment pour rénover les équipements concernant les petits ruminants. Une aide à assistance à maîtrise d’ouvrage au Parc naturel régional pour la rénovation de tous les refuges du GR, qui sera financée à 80% par le fonds Massif et le Schéma montagne. Une aide à la rénovation de gites communaux ou ruraux, à la création d’itinéraires touristiques comme la boucle du Cap sur le massif du Cap Corse…

- Quelle a été la priorité ?
- L’électrification des réseaux. Suite aux épisodes climatiques qui les avaient dégradés, nous avons mené une action structurelle de renforcement, de sécurisation et d’extension des réseaux électriques dans le cadre d’une convention de 5 ans avec le Syndicat d’électrification de la Haute-Corse. Le Comité de massif finance, via le Fonds massif et le PEI, avec aussi l’ODARC et le FEADER, ces actions dans les communes de l’intérieur et pour les agriculteurs. S’y ajoute l’électrification des sites isolés, y compris avec du photovoltaïque pour équiper notamment les bergeries. 15 millions € seront investis sur 5 ans. Un des premiers projets financés a été la Casaluna. Le Comité de massif et la CdC feront un contrôle et une évaluation de ces investissements. Demain, nous ferons de même avec le Syndicat d’électrification de la Corse-du-Sud pour définir, de façon identique, des investissements structurants visant à l’urbanisation des communes de montagne.

- Vous avez évoqué le numérique et la téléphonie. Avec quelles avancées ?
- Lors du dernier Comité de massif qui s’est tenu à Vico, le Syndicat national des opérateurs de téléphonie mobile a expliqué comment allait se mettre en place « Le New Deal » en Corse. Ce New Deal oblige les opérateurs, pour obtenir une licence, à réinvestir dans les infrastructures. Il s’agit, en dehors du déploiement de la fibre optique qui a fait l’objet d’une délégation de service public de la CdC, de la montée en puissance de la 4G. Un projet entre la CdC, le Comité de massif, les opérateurs et l’Etat doit faire monter en 4G les pylônes existants : une soixantaine sont déjà cartographiés. 11 nouveaux sites de pylônes ont été définis en 2018, 28 le seront en 2019-2020. Les opérateurs ont l’obligation de créer ces pylônes, de les raccorder aux réseaux et de les mettre immédiatement en 4G. Nous choisirons nous-mêmes les lieux d’implantation des pylônes en fonction notamment des remontées des zones blanches. Le New Deal impose, aussi, de couvrir les réseaux secondaires, via les routes ayant un passage de 5000 véhicules/jour. Ce qui n’est pas le cas de nombreux tronçons de Corse. J’ai écrit au ministère de l’Aménagement et de la cohésion des territoires pour que le caractère île-montagne de la Corse soit pris en compte, ce qui permettrait au moins de couvrir l’axe Bastia-Ajaccio et les réseaux secondaires Corte-Calvi, Corte-Aleria, Bastia-PortoVecchio et le Valinco.

- Quand l’île pourrait-elle totalement couverte par la 4G ?
- Nous pourrions être en capacité de le faire en 2021-2022. Entre le développement de la fibre optique par l’opérateur SFR, le New Deal de la téléphonie mobile et les compléments d’investissements qu’offre le Schéma montagne dans le numérique pour couvrir les zones ou tronçons insuffisamment couverts et créer des conditions satellitaires pour les refuges et les bergeries, nous pourrons faire en sorte que la fracture numérique n’existe plus ou soit largement résorbée. C’est un enjeu crucial pour les populations, la santé et la vie économique des territoires de l’intérieur à revaloriser.
- Autre grande demande : les routes et l’enclavement des territoire. Quels sont les projets en cours ?
- Le Schéma Montagne ne couvre pas les routes en tant que telles. Lorsque j’étais président de l’Office des transports, nous avions fait adopter un plan pluriannuels d’investissements d’1,3 milliard € sur 10 ans et son volet sur les infrastructures routières, qui est en train d’être mis en œuvre. Par anticipation de la Collectivité unique, nous avions défini la méthode pour les réseaux départementaux secondaires et mobilisé 45 millions € par an sur 10 ans, soit 450 millions €, sur la base d’un Schéma des réseaux secondaires que nous sommes en train d’élaborer avec des critères de priorisation objectifs et non plus clientélaires. Les déficiences des départements sur certaines zones ont fait naître beaucoup d’attentes légitimes. Outre les actions de court terme déjà engagées en terme de rénovation, les investissements porteront à 60 % sur de la rénovation structurelle, à 35% ou 40% sur de nouveaux tronçons. Une nouvelle politique routière permettra le classement des voies pour rationnaliser les investissements.

- De quelle façon ?
- Quelquefois, nous utiliserons autre chose que le bitume classique en mettant la priorité sur l’élargissement des voies. De nombreux réseaux secondaires départementaux n’ont pas d’ouvrages hydrauliques. Par exemple, à Valle d’Orezza, les réseaux hydrauliques n’ont que 3 mètres de large - c’est très peu ! - et pas d’ouvrage hydraulique. Avec la divagation animale et les tempêtes, ce réseau se dégrade facilement, sa durée de vie est très limitée. La nouvelle politique vise, aussi, à consolider un réseau pour qu’il dure plus longtemps. D’où la nécessité d’investir sur l’élargissement des voies et sur des matières plus efficaces et moins chères que le bitume traditionnel. Nous avons fait cette prévision, avant la fusion, sur la base de crédits de paiements réels possibles de la CDC, il ne s’agissait donc pas d’autorisations de programmes, mais de la capacité de dépenser de la CdC.

- Est-elle maintenue malgré le passif légué par les départements ?
- Oui ! Le président du Conseil exécutif l’a confirmé. Malgré l’héritage financier des départements, sachant désormais ce qu’ils mettaient sur le réseau routier de manière réelle et non plus fantasmée, nous pouvons tenir ces investissements. Les réseaux ciblés spécifiquement dans le PPI feront l’objet d’un investissement immédiat, notamment ceux qui ont subi des dégradations lors des évènements neigeux et climatiques. C’est le cas de San Lorenzu, de la Casa Luna, de la Castagniccia, du Boziu où les réparations des intempéries de 2014-2015 n’ont toujours pas été faites… Environ 25 millions € sont dévolues sur ces zones pour 3 ans. Ces nécessités n’empêchent pas la tenue de l’investissement annuel de 45 millions € sur l’ensemble du réseau secondaire. Avec des priorités : par exemple, des zones largement délaissées comme Pietra di Verde, le Centre-Corse ou la côte Ouest du Cap Corse. La fusion des personnels et l’organisation interne de la Collectivité unique ont, également, ralenti la définition du schéma du réseau secondaire, mais globalement notre anticipation dès 2017 nous donne un cadre d’action pour mettre en œuvre assez rapidement les choses.

- Revitaliser l’intérieur est une de vos priorités, mais des voix, notamment dans l’opposition, jugent la mission impossible. Qu’en dites-vous ?
- Tout est possible avec de la méthode, du fond et un effort collectif ! Depuis sa réactivation en juillet 2016, date de la première réunion à Olmi-Capella, le Comité de massif s’est réuni 4 à 5 fois par an. De 25 à 30 millions € d’actions en termes d’infrastructures, de tourisme et de patrimoine ont déjà été programmées. De la première Loi Montagne en 1985 à notre arrivée aux responsabilités en 2015, la Corse a perdu plus de 300 millions € de financement, faute d’activation du Comité de massif et faute de sollicitation des fonds existants. Si on les avait investi dans l’intérieur pendant 30 ans, peut-être aujourd’hui ne serions-nous pas à ce niveau-là ! Dans le premier PADDUC, la montagne occupait une page. Pour nous, c’est une politique prioritaire de long terme. Nous sommes conscients que nous ne referons pas Rome en un jour ! Vu la fracture territoriale, ce n’est pas en 1, 2 ou 3 ans que l’on peut arriver à revitaliser l’intérieur ! Le schéma est absolument nécessaire, mais il n’est pas suffisant pour rattraper le retard et des décennies de mauvaise gestion. Même s’il y a des déceptions de court terme légitimes, nous n’abandonnerons pas. Nous voulons construire en apportant des réponses concrètes là où aujourd’hui, il n’y a rien ! Notre objectif est d’inscrire la revitalisation de l’intérieur dans la durée afin qu’elle ne soit plus jamais remise en cause, quelque soit la gouvernance future à l’Assemblée de Corse.

Propos recueillis par Nicole MARI.



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