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Collectif Basta Cusi : « Les exercices de tirs de la base de Solenzara, c'est, pour les riverains, l'enfer ! »
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Collectif Basta Cusi : « Les exercices de tirs de la base de Solenzara, c'est, pour les riverains, l'enfer ! »


Calvi

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Le 27 Septembre 2017


- Pourquoi avez-vous créé un tel collectif et manifestez-vous aujourd’hui ?
- Simone Riolacci : Nous avons créé ce collectif au printemps 2009. Il y avait eu, précédemment, d’autres actions de personnes qui étaient excédées par les nuisances sonores engendrées par les tirs et le survol de la microrégion par les avions. Les premières manifestations datent des années 70. C’est, donc, un problème récurrent. En 2009, nous avons obtenu quelques avancées. Mais, aujourd’hui, malgré les préconisations de l’ATC (Agence de tourisme de la Corse) pour un étalement touristique d’avril à octobre, la base de Solenzara ne nous entend plus !

- Qu’est-ce qui a changé cette année ?
- Simone Riolacci : Il y a une recrudescence et un non-respect des accords de 2009. Nous avions demandé que d’avril à octobre, il n’y ait ni survol, ni tirs pour ne pas gêner la population dans sa globalité, pas que les hébergeurs, mais aussi les riverains du champ de tir. Les nuisances sonores, ce sont, d’abord, les riverains qui les subissent ! Ceux de Linguizetta, d’Aleria, de Ghisonaccia. L’impact est terrible, mais il ne se limite pas à la microrégion qui est déjà bien pénalisée d’un point de vue économique et qui est un désert au niveau du médical et du numérique. Le bruit des avions s’entend jusqu’au plateau du Cuscione ! Hier, on l’entendait de Corte ! Les clients des hébergeurs nous ont dit qu’on l’entendait même sur le GR20 !

- Marie-Claire Gaddoni : Toute la région est impactée. Solenzara est la seule base en France qui fait ces exercices-là. Les entrainements et le bruit commencent à partir de 9 heures le matin jusqu’à midi. Il y a une pause d’une heure et ils reprennent de 13 heures jusqu’à 18 heures. Mais, le pire, c’est que souvent, il y a une pause de 18 à 19 heures et ça repart jusqu’à 23 heures. C’est du non-stop ! Le soir, le bruit est très terrorisant. Alors que ces entrainements pourraient avoir lieu le soir en novembre ou l’hiver, la nuit venant vite, les fenêtres étant fermées, ils dérangeraient moins la population qu’au printemps où, dès les premiers beaux jours, les gens déjeunent dehors, sont dans leur jardin…
- Quel est le niveau de dérangement que vous subissez ?
- Marie-Claire Gaddoni : C’est invivable ! C’est un enfer ! On ne s’entend plus ! On est obligé de parler à voix plus haute et de s’enfermer pour téléphoner. Ce bruit tape sur le système, sur les nerfs. A la fin de la journée, vous êtes très fatigués et vous ne savez pas pourquoi ! Finalement, c’est ce bruit permanent des avions qui donnent mal à la tête. On est très irritable, on dort très mal. Les avions et les hélicoptères survolent même la plage et les villages de vacances alors qu’il y a du monde, passent en rase-mottes, il y a des tirs et des exercices avec des bombes. Les enfants ont peur, ils se demandent ce qui arrive. Les animaux supportent encore moins bien que les personnes, ils s’affolent, cassent les clôtures, se sauvent… On en a jusqu’à la fin du mois d’octobre.

- Simone Riolacci : Un prestataire a fait réaliser une étude audiométrique. Il a été prouvé que le bruit d’un avion, qui rase une école ou une maison, dépasse 133 décibels. Ce qui correspond au bruit d’un marteau piqueur. Imaginez ce que vivent les gens confrontés à ce bruit non-stop ! Et puis, il y a un problème de sécurité. Le champ de tir s’étend sur 600 hectares. Les exercices génèrent une pollution terrestre et marine qui est très peu prise en considération. Les militaires nous ont dit qu’ils réservaient le mois d’août à la dépollution du site. Nous en doutons parce qu’en septembre, il y a eu des feux et des explosions sur le champ de tir. Les feux sont récurrents, ce qui signifie que le site n’est pas dépollué.

- Comment les touristes réagissent-ils ?
- Marie-Claire Gaddoni : Ils sont très fâchés ! Nos clients, qui arrivent le weekend quand il n’y a pas de bruit, sont, d’abord, ravis et apprécient nos sites. Ils nous disent : « C’est le paradis ! C’est formidable ! C’est tranquille ! ». Le lundi, quand les exercices et les tirs commencent, ils disent : « C’est Beyrouth ! On se croirait en temps de guerre ! ». Ils s’en vont tous ! Ils nous accusent de ne pas les avoir prévenus. Ils disent qu’on aurait du l’écrire sur le site Internet de nos camps de vacances, mais ce n’est pas possible ! Si on fait ça, plus personne ne vient ! Ils rendent aussi responsables l’ATC qui n’écrit rien à ce sujet et estiment que ça ne correspond pas du tout à l’image qu’ils se font de la Corse : une île préservée, nature… Certains clients refusent de payer, d’autres demandent des aménagements. On les rembourse. On essaye de les reloger dans le Sud ou sur la côte Ouest, ils refusent et partent en Sardaigne. Ils partent vraiment fâchés en disant qu’ils ne remettront plus jamais les pieds en Corse !

- Simone Riolacci : Il faut ajouter que ces opérations militaires ne nous rapportent rien. Il n'y a aucune retombée économique dans la microrégion. La base de Solenzara, c'est zéro euro pour la région ! Ni taxe, ni impôt foncier…
- L'opération Serpentex amène environ 900 militaires tous les ans à la même période dans la région. Les militaires disent que c'est gagnant-gagnant ?
- Marie-Claire Gaddoni : Ce n’est pas vrai ! Ça ne peut pas être gagnant-gagnant ! Ils amènent un client et ils en font fuir 1500 ! Avant que ces entrainements commencent, c’était une très bonne saison. Tous les hébergements étaient complets pour le mois de septembre. Mais, les clients sont partis. Ceux, qui viennent habituellement dans les campings, ne réservent plus à partir de fin août parce qu’ils savent qu’ils trouveront des places. Ils arrivent et repartent aussitôt. Nous perdons toute cette clientèle. On ne veut plus supporter ça du mois d’avril au mois d’octobre. Personne sur le continent ne tolérerait ce genre d'exercices. D'ailleurs les clients nous le disent : « Il n'y a qu'en Corse qu'on peut voir ça ! Ce n'est pas possible ! Pourquoi vous ne réagissez pas ! ». Un guide allemand de camping, tiré à 3 millions d’exemplaires, qui sert de référence, a déjà écrit : « Si votre lieu de vacances est situé entre Solenzara et Moriani Plage, comptez passer des vacances perturbées dues au bruit des avions » et explique qu’il y a des exercices avec des bombes…

- Avez-vous essayé de discuter avec les responsables de la base de Solenzara ?
- Marie-Claire Gaddoni : Oui ! Mais la base de Solenzara est une base de l’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord). Des militaires du Canada, d’Arabie Saoudite, de Tchéquie, des USA, d’Angleterre, de Belgique… viennent s’entrainer. L’armée fait carrément un commerce qui lui rapporte gros. Elle dit que ce n’est pas viable de faire ces exercices pendant moins de sept mois. Mais, continuer comme ça pendant 11 heures d’affilée comme s’il n’y avait personne au dessous d’eux, ça ne va plus être possible ! Nous sommes à bout ! L’armée ne peut pas continuer à faire ses programmes sans tenir compte de personne, c’est un déni de la population ! Et puis, il faut choisir, soit on fait du tourisme, soit on fait un commerce militaire.

- Simone Riolacci : Depuis 2009, le collectif a déjà rencontré, à plusieurs reprises, le colonel et le directeur des tirs de la base, mais ça ne sert à rien ! Ils sont toujours très aimables, mais ils nous expliquent qu’ils ont des contraintes qui ne dépendent pas d’eux. Nous comptons alerter le préfet et la CTC (Collectivité territoriale de Corse) parce qu’il faut resituer la question du champ de tir et mettre autour de la table l’ensemble des partenaires, c’est-à-dire l’armée, le collectif, les socioprofessionnels, mais aussi des élus de la microrégion et de la CTC. Il faut créer les conditions d’un véritable dialogue qui puisse déboucher sur de vraies solutions concrètes et pratiques. C’est ce dont on a besoin !

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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