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Déchets, Loi Littoral, glyphosate, eau : Le pragmatisme bon teint de Nicolas Hulot
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Déchets, Loi Littoral, glyphosate, eau : Le pragmatisme bon teint de Nicolas Hulot


Calvi

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Le 30 Mai 2018


- Quel bilan tirez-vous de ces trois jours de visite en Corse ?
- Je constate, - et je pense que cet avis est partagé par mes interlocuteurs quel qu’ils soient -, que ce déplacement était fait pour se concentrer sur l’essentiel. Nous avons mis de côté un certain nombre de sujets qui n’ont pas disparu pour autant, qui peuvent être parfois conflictuels entre l’Etat et la Collectivité, pour se concentrer sur les enjeux que je porte et dont j’ai la responsabilité dans ce ministère. Des sujets que la Corse a pris à bras-le-corps comme les déchets, l’avenir énergétique de l’île, les ressources en eau, comme résoudre l’équation entre son succès en termes touristiques et les conséquences écologiques qui peuvent en découler. J’ai trouvé qu’il y avait un état d’esprit très ouvert, très constructif, très franc et très spontané. Cela me donne beaucoup d’espoir.

- Vous avez visité plusieurs sites. Que pensez-vous des projets ou des réalisations qui sont en œuvre ?
- Je connais un petit peu l’île, pourtant j’ai été assez bluffé par des initiatives à toutes échelles. Que ce soit le village de Cozzano qui pourrait donner des leçons à de grandes agglomérations en étant devenu un Smart village. Que ce soit une élue comme Mme Balesi qui, toute seule, a réussi à vaincre tous les obstacles administratifs pour, enfin, donner à son village une station d’assainissement. Que ce soit ce projet de STEP au barrage de Sampolo. J’ai toujours considéré que la seule faiblesse des énergies renouvelables était leur intermittence, mais qu’il y avait une flopée de solutions. Utiliser la gravité de l’eau pour stocker l’énergie et la restituer quand on en a besoin, en est une. Que ce soit, enfin, le maire de Bonifacio qui montre l’exemple en installant une station permettant de réutiliser de l’eau usée, au moment où on se pose des questions essentielles sur la ressource en eau qui est la problématique cruciale du 21ème siècle à laquelle la Corse est confrontée à l’avant-poste. Je me dis qu’on n’a pas de leçons à se donner les uns les autres, au contraire il faut échanger et additionner nos expériences.

- Justement, quelles réponses donnez-vous aux demandes insulaires qui sont faites, notamment en matière de déchets ?
- Chacun doit prendre ses responsabilités, l’Etat le fera. Cet été, la Corse se retrouvera dans une situation critique. On m’a demandé d’aider le plan de la collectivité concernant la gestion des déchets par rapport à la situation d’urgence, au-delà de la perspective à long terme. Même si ce n’est pas de notre compétence, j’ai affirmé la solidarité de l’Etat et demandé à la préfète d’être aux côtés de la collectivité. Nous donnerons un supplément de moyens pour faire en sorte que la mise en place du tri à tous les niveaux change complètement d’échelle sur l’île. J’ai travaillé, regardé les situations, celles qui sont du domaine de l’urgence, mais pas seulement. Comme je suis aussi porteur du long terme, nous avons fixé de grands objectifs et croisé nos visions sur les modalités de leur mise en œuvre. Je pense que la Corse peut aspirer à une autonomie énergétique à partir des énergies renouvelables, dans un délai peut-être plus court que celui qu’elle s’est fixée à l’horizon 2050. La Corse peut aussi avoir comme objectif : l’autosuffisance en termes d’alimentation. Enfin, la Corse doit faire en sorte qu’à terme, sur les déchets, elle ne soit dépendante de personne.
- Concernant les déchets, qu’avez-vous convenu et quel est votre sentiment sur l’incinérateur ?
- Ce qu’on a convenu, c’est qu’il ne faut éluder aucune question. Ce qui était la vérité d’hier, est-elle celle d’aujourd’hui ? Une chose est certaine : l'incinérateur, c’est peut-être la dernière question qu’il faut poser sur éventuellement la transformation énergétique des déchets. La première stratégie, c’est de réduire considérablement le volume, quelque soit ce que l’on fera des déchets résiduels et, à fortiori des déchets ultimes. Si on reste dans les mêmes flux et la même tendance qu’aujourd’hui, il n’y aura aucune solution pérenne ! Cela mettra la Corse en situation de dépendance parce qu’il faudra bien que quelqu’un prenne en charge ces déchets. L’urgence de l’urgence, c’est le tri ! La question de l’incinérateur est anecdotique, accessoire, si on n’a pas, d’abord, travaillé, mis en place ces centres de tri, ces filières de recyclage et la valorisation des déchets et que, tout le monde, y compris les citoyens aient mis la main à la pâte.

- Que faire des déchets résiduels ?
- Là, se posent deux questions : la question de la toxicité et de la nocivité de ce qu’on appelait autrefois les incinérateurs. Il me semble que cette toxicité, cette nocivité, a été, dans beaucoup de domaines, divisée par 10, 20, même parfois par 100. Mais, je demande à ce que nous croisions nos évaluations sur ce point-là. La deuxième question est le modèle économique de l’incinérateur. Si ce modèle est de consommer beaucoup de déchets pour être rentable, alors ce n’est pas la solution ! Et je comprends les réserves, les réticences et même le moratoire. Mais, il faut regarder quoi faire parce que cette situation n’a que trop duré en Corse !

- Donc, un incinérateur serait, pour vous, envisageable en bout de course ?
- Je demande simplement qu’on refasse un point sur ces deux critères : le critère de dangerosité sur l’environnement et la santé, et le critère d’approvisionnement en déchets. S’il faut un volume important, cela dissuade de faire des efforts en amont en en aval. Il faut se poser la question simplement : une petite unité est-elle économiquement envisageable ? Pour motiver tout le monde, il faut connaître le point d’arrivée parce qu’il y aura de toute façon des déchets résiduels. Pour savoir ce qu’on en fait, il faut évacuer un certain nombre de solutions. Peut-être que la solution de ne pas faire de centre de traitement des déchets et de revalorisation énergétique est valable ? Peut-être qu’en regardant dans le détail, cette question peut se reposer.
- Quelles garanties pouvez-vous donner sur la préservation de la loi Littoral qui semble remise en cause ?
- Ne faisons pas de tragédie là où il n’y a pas besoin d’en faire ! La loi Littoral, c’est la fierté de la France en matière environnementale. J’y suis attaché comme si c’était mon propre enfant, bien que je n’en sois pas l’auteur. Maintenant, pas de dogmatisme ! L’idée n’est pas d’assouplir la loi Littoral, mais, à l’exercice de cette loi qui a fait 99% de bien, y compris à la Corse, on s’aperçoit qu’il y a parfois des situations ubuesques ! Quand on s’aperçoit, par exemple, que la loi Littoral s’applique à des villages qui sont situés à 20 kilomètres à l’intérieur des terres, que cela empêche un élu de mettre en place une boulangerie dans un village qui ne voit même pas la mer, on peut se poser la question de savoir si on ne peut pas faire quelques aménagements. Quand on s’aperçoit que des îles, comme les îles bretonnes, notamment Molène, ne peuvent pas se passer de fioul et mettre des énergies renouvelables parce que la Loi littoral, en état, l’interdit, cela me paraît frapper au coin du bon sens que de se dire qu’on peut faire un aménagement. Mais attention, tous ces aménagements devront être encadrés et soumis à l’avis conforme de deux Commissions.

- Ces aménagements peuvent-ils concerner les paillottes en bord de mer ?
- Non ! Sur tout ce qui concerne le littoral, on ne touche à rien !

- Les associations de défense de l’environnement dénonce la non-application des décisions de justice, notamment les destructions. Y veillerez-vous ?
- Une décision de justice doit être appliquée, je n’ai pas à la commenter. Il y a des lois en matière environnementales. Certains disent qu’elles sont trop appliquées, d’autres qu’elles ne le sont pas, j’ai tendance à penser que la vérité est au milieu. Je ne pense pas qu’il y ait du laxisme dans ce domaine.
Au barrage de Sampolo.
Au barrage de Sampolo.
- Vous venez de présider les Assises de l’eau. Pour faire face à la menace de sécheresse, la construction de nouveaux barrages est-elle envisageable en Corse ?
- Pas de précipitation ! Attention à ce réflexe qu’on pourrait avoir et que je veux éviter ! Comme il tombe de l’eau quand on n’en a pas besoin et qu’il n’en tombe plus quand on en a besoin, l’idée est de dire : on va stocker et faire des grands barrages. Il faut avoir une approche intégrale, s’intéresser aux usages de l’eau. Qu’est-ce qui est prioritaire ? L’eau potable doit servir à l’alimentation, l’hygiène et à produire de l’alimentation. En Corse, il y a 50 % de fuites sur les réseaux. Ensuite, comme l’a fait Bonifacio, on peut s’interroger sur la réutilisation des eaux usées. Enfin, il faudra probablement stocker. Faut-il faire de grands barrages ou quelques retenues ? Il faut, en même temps, s’interroger sur les pratiques agricoles. N’oublions pas que l’eau n’est pas seulement une ressource, mais un écosystème. Un barrage peut, en amont et en altitude, compromettre tout un écosystème. Le taux d’endémisme dans les cours d’eau corses est excessivement élevé. On ne peut pas non plus sacrifier la biodiversité pour un barrage !

- Que préconisez-vous alors ?
- Il faut avoir une approche intelligente et posée. C’est pour cela qu’on lance une grande consultation nationale en deux phases. La première phase est le petit cycle, c’est-à-dire qu’on regarde l’état des réseaux pour éviter les fuites. La seconde phase est sur les usages, les ressources et les moyens qu’il faudra mettre en place collectivités locales - territoriale – Etat pour préserver cette ressource. C’est toute cette vision qu’il faut aborder dans les Assises de l’eau.

- Comment réagissez-vous au refus de l’Assemblée nationale de voter l’interdiction du glyphosate promis par le président Macron ? N’est-ce pas une reculade !
- Evitons, là aussi, les grands mots ! Que je sois déçu, certes, j’aurais préféré sécuriser par la loi. Mais distinguons : est-on toujours dans cet objectif ? Cette promesse sera-t-elle tenue ? Nous nous sommes fixés 3 ans avec quelques exceptions face à des impasses technologiques. Rien n’est, donc, fermé. Ce qui compte pour moi, c’est que cet objectif ne soit pas remis en cause. Pour l’instant, je ne l’ai vu remis en cause, ni par le Premier ministre, ni par le président, ni même par Stéphane Travert. Je vais lancer un plan d’action pour expertiser toutes les alternatives qui existent au glyphosate, les confronter avec les partenaires, notamment la FNSEA qui a son propre plan d’action. Si on s’aperçoit qu’on est très loin de l’objectif, il sera toujours temps, comme l’a dit Richard Ferrand, de revenir à la loi.

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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