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Europe - CRPM : A Bastia, les Iles européennes affutent leur stratégie pour peser sur Bruxelles
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Europe - CRPM : A Bastia, les Iles européennes affutent leur stratégie pour peser sur Bruxelles


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Le 13 Juillet 2018


- Quel est votre réaction après votre réélection à l’unanimité ?
- C’est une marque de confiance. Je suis très touché et très honoré. Je vais essayer de mériter cette confiance. Au-delà de ma personne, je crois que c’est l’action collective que nous avons menée qui est encouragée et soutenue. Cela fait aussi très plaisir que la Corse soit distinguée par des îles, quelquefois de très grandes îles. La Sicile, qui a soutenu activement ma candidature, compte 5 millions d'habitants. Que ces îles fassent confiance à la Corse, à la démarche que nous avons initiée ici, en Corse et en Europe, c'est une marque de reconnaissance et un gage de confiance. A nous maintenant de montrer que cette confiance est bien placée.

- N'est-ce pas une gageure difficile à relever en pleine négociation sur le budget européen ?
- Oui ! Cette confiance renouvelée s'inscrit au moment où nous rentrons dans une phase décisive. Nous entamons le sprint final qui nous sépare de la date de décision concernant la nouvelle politique de cohésion post-2020. Les décisions seront prises au printemps 2019. Aujourd'hui, ma volonté est claire : travailler avec l'ensemble des îles représentées au sein de la Commission des îles pour que nous parlions d'une même voix et que nous fassions prendre en compte le plus largement possible nos attentes, nos demandes et nos besoins. Ce qui est loin d'être acquis ! Pour l'instant, les propositions de la Commission européennes sont inquiétantes. D'une part, le budget global alloué à la cohésion sociale est diminué de 10% ou 15%, cela impacte directement le volume des fonds communautaires qui pourraient être mobilisés. D'autre part, la dimension insulaire n'est, pour l'instant, pas prise en compte dans les instruments et dans les politiques que la Commission projette de mettre en œuvre.

- Vous avez dit dans votre discours : « Il faut repenser L'Europe autrement ». Qu'entendez-vous par là ?
- L'Europe connaît, aujourd'hui, une crise profonde. Elle est soumise a des forces centrifuges. Elle est menacée par la montée des égoïsmes et des replis. Elle est aussi désorientée par la perte du sens du projet européen. Tout cela concourt à créer une situation de crise majeure largement objectivée. La réponse et le dépassement de cette crise ne peuvent venir que d'une redéfinition du projet européen. Remettre les valeurs fondatrices de l'Union européenne (UE) au cœur de ce projet, donner du sens au plan politique, économique et social. Cela passe aussi par une meilleure prise en compte des attentes des territoires et des citoyens, notamment des territoires insulaires et des citoyens qui vivent dans les îles.

- Vous dites qu'il faut créer des solidarités nouvelles. Est-ce une allusion à l'accueil des migrants où les îles méditerranéennes sont en première ligne ?
- La Commission des îles compte, à la fois, des îles du Nord, du Sud, de Méditerranée, de l'Atlantique.., quelquefois même des régions ultrapériphériques comme la Guadeloupe et la Polynésie. Toutes ne sont pas impactées de la même façon par la crise des migrants, notamment par les évolutions démographiques ou géopolitiques qui traversent l'espace méditerranéen. Ceci étant, sur le terrain des valeurs, tout le monde est d'accord pour réaffirmer les notions de solidarité, d'hospitalité, d'accueil dans la mesure du possible, et la volonté de construire des systèmes où les individus sont respectés et le développement partagé. C’est au cœur du projet européen. La Commission des îles le réaffirmera dans sa déclaration politique de fin d'assemblée générale dans des termes solennels.

- Vous insistez sur le rôle que les îles peuvent jouer. Lequel par exemple ?
- Nous sommes confrontés à une vraie difficulté notamment avec la Commission européenne qui considère que le paradigme insulaire n'est pas une clé d'entrée valable pour décliner des politiques publiques. C'est contraire à l'article 174 du Traité sur le fonctionnement de l'UE qui prévoit précisément que les régions insulaires doivent bénéficier de politiques publiques adaptées aux contraintes issues de l'insularité. Au-delà du texte et du fondement juridique de cette demande, même s'il y a des situations très hétérogènes en termes de démographie, de développement économique et de situation géographique, c'est une évidence que l'insularité est un élément structurant. Elle fait naître des contraintes en termes de transports, d'étroitesse du marché intérieur, de connexion à l'ensemble continental européen, qui justifient largement des politiques publiques spécifiques.
- Vous rejetez le terme « handicap » et vous préférez parler de « contraintes ». Pourquoi ?
- La notion de handicap est stigmatisante et donne l'impression de se situer toujours dans une position de dépendance ou de faiblesse par rapport à un centre. Or, aujourd'hui, il faut dépasser la notion de centre et de périphérie. La Corse, de façon particulière, et la Méditerranée, notamment occidentale, ont vocation à construire leur propre centralité à travers des relations qui ne soient pas seulement vécues sur un mode vertical et de dépendance avec Paris et Bruxelles, mais à travers des relations transversales pouvant aller de la Catalogne et des Baléares jusqu'à la Toscane en passant bien sûr par la Corse, la Sicile ou la Sardaigne, ou même par l'axe Nord-Sud. Les îles doivent s'affirmer de plus en plus comme des ponts entre le Nord et le Sud, comme des sociétés qui créent leurs propres richesses, leurs propres rapports à l'espace méditerranéen, mais aussi comme des agents dynamiques d'une nouvelle façon de concevoir les relations inter-européennes et inter-méditerranéennes.

- Sur quels dossiers concrets, plancherez-vous pendant ces deux jours ?
- De façon très concrète, nous allons pendant deux jours travailler sur des axes identifiés, notamment la question des transports, essentielle pour les îles. Egalement le tourisme durable, la préservation de la biodiversité avec, comme je m'y étais engagé, un focus sur la lutte contre les sacs plastiques en Méditerranée, enfin la question primordiale de l'énergie et de la construction pour les îles de systèmes énergétiques autonomes dans le cadre de la transition énergétique. Ce sont des des enjeux très concrets pour des centaines de milliers de citoyens européens. Pour mémoire, la Commission des îles représente aujourd'hui près de 20 millions de citoyens européens.

- Vous avez fait voter un amendement qualifié de très important. De quoi s'agit-il ?
- Nous avons décliné tout ce que je viens d'expliquer sous la forme très complète d'une première déclaration solennelle de quatre pages pour interpeller les autorités communautaires. Mais on ne peut pas se contenter d'un tête à tête entre les îles unies et la Commission européenne ou le Conseil de l'Europe. Il faut aussi que nos Etats de rattachement - pour les îles qui ne sont pas indépendantes - nous soutiennent. J'ai déposé un amendement pour que la Commission des îles, en tant que telle, demande à chacun des Etats-membres, qui possèdent des territoires insulaires représentés au sein de la Commission, de défendre la position que nous allons prendre aujourd'hui et de la relayer notamment auprès du Conseil de l'Europe. Si chacun des Etats-membres le fait, nous sommes pratiquement certains de pouvoir avancer.

- Pensez-vous vraiment qu'ils le feront ?
- Prenons par exemple, la question de la Corse. Même si les perspectives de révision constitutionnelle ne correspondent absolument pas à ce que nous attendons et à ce qu'il faudrait faire en termes d'efficacité et d'autonomie réelle, il n'empêche que le gouvernement et l'Etat s'apprêtent à reconnaître le fait insulaire Corse dans la Constitution. Des lors, on ne comprend pas que l’Etat ne relaie pas nos demandes pour que ce fait soit reconnu également dans le cadre des politiques publiques européennes. Ceci dit, tout le monde est très surpris que la demande d'autonomie de plein droit et de plein exercice, qui a été portée par la Corse et validée par le suffrage universel, soit traitée avec un tel mépris, une telle distance, un refus de principe par l'Etat. Aujourd'hui, cette attitude fait vraiment figure d'exception dans le paysage politique européen. Tous les représentants des îles présents ne comprennent pas que ce qui semble à toute le monde naturel fasse l'objet d'un blocage si incompréhensible de la part de l'Etat français.

- Vous rejetez également la notion d'égalité à laquelle vous substituez celle d'équité. Pourquoi ?
- L'égalité est souvent un concept aux contours imprécis. Prise de façon abstraite, elle peut aussi conduire à l'inégalité totale. Traiter de la même façon des gens très riches et d'autres très pauvres ne fait qu'accentuer les disparités tandis que l'équité est une logique distributive qui vise à compenser les différences, les discriminations ou les contraintes et met tout le monde à égalité de chances.

Propos recueillis par Nicole MARI.



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