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Geneviève Darrieussecq : « Les familles corses ont joué un rôle important dans la Libération de la Corse »
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Geneviève Darrieussecq : « Les familles corses ont joué un rôle important dans la Libération de la Corse »


Calvi

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Le 05 Octobre 2018


- Qu'est-ce qui, pour vous, marque ce déplacement en Corse ?
- Ce déplacement en Corse avait, pour moi, deux pôles importants. Le premier était, hier, à Ajaccio où j'ai souhaité rendre hommage à tous les résistants, des maquisards à la population. Les familles corses ont aidé les résistants et participé directement à structurer et à mettre en œuvre cette résistance. Elles ont, en définitive, préparé et facilité le travail des soldats qui sont arrivés après et qui ont pu, grâce à elles, libérer la Corse. Cette journée est dirigée vers les combattants, les soldats français et les Goumiers marocains qui, ensemble, ont regagné col par col, ville par ville, la Corse pour arriver à Bastia et mettre le drapeau français sur la façade de la mairie. Cela signifiait que cette île était libérée. Elle était la première parcelle du territoire français qui a été libérée et a permis de donner un élan à la reconquête du pays.

- Comment réagissez-vous à la colère des anciens résistants qui trouvent que l’hommage flatte l'armée et de Gaulle, oubliant l'insurrection des patriotes corses ?
- Les réponses sont dans mon discours où j'ai salué tout le monde. J'ai essayé d'être le plus exhaustif possible. J'étais là pour honorer tous les résistants quelque fut le canal, le mode de résistance, l'engagement politique... Peu importe ! On a eu besoin de tout le monde. Je voulais aussi mettre en avant combien les familles corses ont joué un rôle important en facilitant, aidant, abritant, donnant à manger, un rôle qui n'a pas été forcément étiqueté « résistant »... 75 ans après, je comprends qu'il y ait eu des vécus différents dans des situations complexes. Ce qui me semble nécessaire, c’est que l'on garde les différentes mémoires, qu'elles se respectent et qu'elles s'honorent toutes d'avoir pu participer et faire en sorte que la Corse soit libérée dans ces conditions.

- Près de 75 ans après dans une Europe pacifiée et unie, ce devoir de mémoire est-il toujours d’actualité ?
- Je crois qu’il est même essentiel. A voir combien le monde est instable actuellement, comment des plaques tectoniques bougent de plus en plus fort, combien il faut réaffirmer que cette période européenne très troublée avec ses deux conflits mondiaux au 20eme siècle est une leçon d'histoire qui permet de continuer la construction européenne. Cette construction a été réalisée après la seconde guerre mondiale. Les pères fondateurs avaient un but affiché : que l'Europe soit unie. L'Europe doit être plus que jamais unie dans ce monde si difficile face aux personnalités complexes qui existent actuellement. Se souvenir de ce qui s'est passé, se souvenir ensuite de ce qui a généré la construction européenne est très important parce qu'on croit que les choses sont acquises, mais rien n'est jamais acquis. Faire une guerre, c'est difficile, mais conserver la paix et des constructions, c'est encore plus difficile.

- Ce matin, vous avez rencontré les lycéens. L'école doit-elle travailler sur la mémoire ?
- Je suis très reconnaissante aux enseignants, aux proviseurs et directeurs d'école qui s'investissent dans ces travaux de mémoire. Ce n'est pas simple à mettre en œuvre, cela prend du temps dans une année scolaire où il faut aussi poursuivre le reste des activités. C’est important parce que ce sont des sujets éminemment du 21éme siècle. Si on veut continuer à transmettre les valeurs que les combattants, résistants ou soldats, voulaient porter dans cette période difficile de notre pays, à savoir lutter pour la liberté, la démocratie et des tas de valeurs inscrites au fronton de nos établissements républicains, il faut faire ce travail de mémoire. Mais il n'est pas simple à faire.

- Pourquoi ?
- Quelle est la différence entre la mémoire et l'histoire ? L'histoire, ce sont souvent des dates, des contextes, des batailles... La mémoire a une approche beaucoup plus humaine et plus personnelle des choses. Le travail fait par les jeunes que j'ai vu aujourd'hui, que ce soit les primaires ou les lycéens, est absolument extraordinaire. C'est dans ce sens qu’il faut favoriser la transmission de la mémoire. Pour que les jeunes comprennent, il faut se mettre à leur hauteur. Leur hauteur, c'est l'humain. Quand un jeune découvre l'histoire d'hommes et de femmes, d'un résistant ou d'une famille, comment, par exemple, vivait une femme sans son mari qui était à la guerre... il comprend immédiatement ce qu'il se passait à cette époque-là. A Bastia, les jeunes lycéens ont tracé une histoire magnifique à partir de deux jeunes bergers. Le jeune berger qui connaissait son pays et ses montagnes et a conduit les soldats au bon endroit pour engager les combats. Le jeune berger marocain qui s'est engagé dans les Goumiers et a combattu.

- Cet hommage aux Goumiers revêt-il un caractère particulier dans le contexte actuel de terrorisme international ?
- Oui ! C'est important de dire que nos pays sont amis. C'est le moment de réaffirmer que nos liens avec le Maroc sont importants et que nous souhaitons continuer de les tisser et de les enrichir. Nous avons, je crois, en commun le sujet de la lutte contre le terrorisme.

- Que pensez-vous de la décision du Conseil d'Etat, qui vient de reconnaître la responsabilité de l'Etat dans la situation faite aux Harkis ?
- Ce sujet des Harkis est très important. J'ai, le 25 septembre, fait des annonces pour faire évoluer les dispositifs vis-à-vis des Harkis : des annonces de reconnaissance importante et des annonces de réparations supplémentaires pour les Harkis combattants à qui l'on doit la réparation. Et, pour la deuxième génération, des annonces d'un fonds particulier de soutien à ceux qui seraient toujours en difficulté après être restés de très nombreuses années dans des conditions de vie indignes qui ne leur auraient pas permis d'avoir les mêmes chances que les autres. Nous avons mis en place tous ces dispositifs. C'est vrai que les Harkis ont été accueillis dans de très mauvaises conditions, certains sont restés très longtemps dans des conditions que je qualifie d'indignes. Dans ma région, le Sud-Ouest, le camp de Bias a été un exemple particulier des très mauvaises conditions d'hébergement des Harkis et de leurs familles. Donc, d'abord, le plus grand respect pour ces familles. Un contentieux a, en effet, été porté par un enfant de combattant, nous nous soumettrons bien sûr à la décision du Conseil d'Etat. Les Harkis savent très bien qu'on ne les oublie pas. Le président de la République fera un acte fort pour eux dans quelques semaines.

- Cette journée est consacrée aux soldats. Est-ce aussi une façon de rappeler les missions de l'armée qui est de plus en plus employée dans des actions civiles ?
- Les missions des armées sont très claires : c'est la sécurité du pays. La sécurité avec 7000 militaires déployés en opérations extérieures sur différents théâtres d'opération. Mais compte tenu des menaces de terrorisme et d'attentats qui existent en France, ont également été ajoutées des missions de sécurité intérieure avec l'opération Sentinelle qui mobilise un certain nombre de soldats au service de la sécurité intérieure des Français. Les soldats viennent aussi, avec certaines de leurs unités, en soutien à la population lors de drames climatiques. Il y a un an, avec Irma, des unités de génie habilitées à déblayer ont démarré de gros travaux et sont venus en soutien dans les urgences. Aider les populations fait aussi partie de leurs missions.

Propos recueillis par Nicole MARI.



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