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Ghjurnate di Corti : Forcément ensemble, mais à quel moment, là est toute la question !
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Ghjurnate di Corti : Forcément ensemble, mais à quel moment, là est toute la question !


Calvi

Par

Le 07 Août 2017


C’est la question subliminale qui hantait tous les esprits, dimanche après-midi, au pied de la citadelle de Corti, pour cette 36ème édition d’I Ghjurnate internaziunale, la 2ème depuis l’accession des Nationalistes au pouvoir territorial en décembre 2015. Ce fut, tout autant, la question pendante du débat qui a réuni, à la tribune, la majorité régionale mais qu’aucun des élus de Femu a Corsica n’a abordé frontalement. Lors de leur assemblée générale, le 29 juillet dernier, sans en exclure la possibilité, ils avaient botté en touche, renvoyant la réponse à la rentrée de septembre, le temps de consulter les militants en interne et de clarifier certains points. Corsica Libera a tranché : il n’y a, pour les Indépendantistes, qu’une option possible : une seule liste Pè a Corsica au 1er tour comme dans la configuration gagnante des Législatives qui a emporté trois bastions sur quatre. Ils attendent la réponse des Modérés dont la position, dimanche, n’a pas bougé d’un iota. Il est vrai qu’entre, d’une part, l’évidence de l’union, fortifiée par les combats et les victoires, menés et remportées ensemble, et, d’autre part, la nécessité de pratiquer l’ouverture pour électoralement ratisser plus large, le dilemme est cornélien !

Une question de cohérence
Si l’union en elle-même est désormais un fait acquis, la question de savoir, quand elle se fera, reste, donc, pleinement d’actualité. Aussi, dès sa toute prime prise de parole, Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse et leader de Corsica Libera, a-t-il martelé deux mots-clés : « cohérence » et « cohésion » de la majorité. Avant de poser les termes de l’enjeu : l’échéance majeure des élections territoriales, dont la date a été fixée au 10 et 17 décembre prochains. « Nous sommes les seules autorités démocratiquement élues de ce pays, les Corses le savent et viennent nous voir quand ils ont un problème, même si le régler ne relève pas de notre compétence. Nous avons choisi de répondre à toutes ces sollicitations et de prendre la compétence politique. C’est une manière de voir qui ne caractérisait pas les majorités qui nous ont précédés. En même temps, il ne faut pas laisser croire aux Corses que nous disposons de tous les leviers et que nous pouvons tout régler. C’est une situation ambigüe et parfois inconfortable. Pour lever cette ambiguïté, nous disons au peuple qu’il faut nous donner les compétences et à nos militants qu’il faut nous donner toutes les compétences ! ».

Une nation heureuse
Les compétences à obtenir sont clairement affichées : un gouvernement corse doté d’un véritable pouvoir législatif et règlementaire, à l’instar de celui d’autres régions européennes comme l’Ecosse, la Sardaigne ou la Catalogne. L’objectif est inchangé : construire la nation avec en ligne de mire, à plus ou long terme, le droit à l’autodétermination. Pour le président du Conseil exécutif de la Collectivité territoriale de Corse et leader des Nationalistes modérés, Gilles Simeoni, les temps sont désormais mûrs : « Nous sommes sur un chemin qui nous permettra ensemble de construire la nation, une nation heureuse. C’est un objectif que nous partageons et qui a été bâti il y a des décennies. Pour cela, nous voulons des espaces de souveraineté et de compétence. Nous voulons l'’autonomie, c’est-à-dire le pouvoir législatif donné à la Corse. Nous estimons qu’un peuple a le droit de décider des institutions qui lui semblent être les plus adaptées pour gérer son destin ». Mais, rassure-t-il : « C’est le peuple corse, et lui seul, qui décidera entre les différentes options institutionnelles ». Il prévient que le chemin sera long. « Nous avons essayé d’avancer le plus vite et le mieux possible pendant les 18 mois qui viennent de s’écouler. Nous avons ouvert un chemin, travaillé et gouverné ensemble. Ce chemin va se poursuivre en décembre prochain parce que nous avons devant nous des années de travail ».
a normalité européenne
A l’autonomie, prochaine et indispensable étape, sous peine d’inefficience, l’indépendantiste, Petr’Anto Tomasi, président du groupe Corsica Libera à l’Assemblée de Corse, préfère le terme de : « dévolution », plus dynamique. « Nous sommes arrivés au pouvoir avec notre parcours et nos objectifs politiques. Nous savions que nous ne disposions pas des leviers suffisants pour gouverner la Corse, mais nous savions aussi que les compétences octroyées par le statut de la Corse étaient sous-employées ou pas activées. Nous avons poussé les curseurs au maximum et nous allons très vite arriver aux limites du système. C’est pourquoi nous avons jeté toutes nos forces dans la bataille des législatives pour envoyer un message à Paris. Avec notre victoire, les Corses ont dit que les décisions qui seraient appliquées dans ce pays devaient être prises en Corse parce que nous avons la vocation et la capacité à pouvoir gérer nos affaires. Voter la loi, c’est la normalité dans la plupart des régions européennes ». Aussi, pour lui, la démarche Pè a Corsica ne peut pas être une simple coalition électorale, mais « un axe stratégique pour franchir une nouvelle étape et construire un pays moderne, libre et démocratique ».

Un processus d’autodétermination
C’est, également, l’avis de Jean-Christophe Angelini, leader du PNC (Partitu di a Nazione Corsa), conseiller exécutif et président de l’ADEC (Agence de développement de la Corse), qui revient sur l’urgence à obtenir un nouveau statut pour la Corse : « Combien de temps faudra-t-il à ce pays pour retrouver la totalité de ses droits nationaux, pour espérer bénéficier de ce qui est le minimum acceptable de compétences, et dans quel cadre ? ». L’idée ? « Arracher à l’Etat français un processus d’autodétermination dans les cinq ans, avec un référendum, et ne plus avoir à subir au quotidien les deux contre-pouvoirs insolents des deux départements ». Un but qui, selon lui, doit transcender les partis du mouvement national : « La ligne de clivage entre Autonomistes et Indépendantistes est derrière nous. Nous sommes tous des militants de la Nation, nous poursuivons le même d’objectif de construction d’une Nation véritable en plusieurs étapes. Il n’y a pas à cette tribune de différence stratégique à ce niveau-là. Les mouvements et la majorité territoriale ne sont pas des objectifs mais des moyens au service d’une cause : la souveraineté nationale et l’autodétermination ». Le combat doit continuer, également, sur le plan électoral en faisant élire des députés au niveau européen.

Un silence assourdissant
La chance que le message soit entendu à Paris et qu’il fasse bouger les lignes rouges ? Les trois députés nationalistes, triomphalement élus en juin, en doutent. « Pas pour l’instant ! », répond Jean-Félix Acquaviva qui évoque « le silence assourdissant » des édiles parisiens face à l’enchainement des succès électoraux des Nationalistes. « Dans chaque situation, il y a des faucons et des colombes, des évolutionnistes, y compris à Paris, et d’autres qui ne le sont pas. Aujourd’hui, Paris ne peut plus dire, comme par le passé, qu’il ne sait pas ce que les Corses veulent. Ils l’ont dit en décembre 2015 et en juin, ils le rediront massivement en décembre prochain. Il faudra, ensuite, négocier la compétence législative et fiscale, et bien entendu aboutir à l’amnistie. Sur ce point-là, nous serons intransigeants ! ».

Des marges étroites
Mais les marges de manœuvre restent étroites, comme le confirme son collègue du Sud, Paul-André Colombani : « On n’a pas la possibilité, comme député non-inscrit, de pouvoir faire avancer nos revendications. Mais l’espoir n’est pas perdu, il y a encore des chemins pour continuer à discuter ». Alors les trois élus font feu de tous bois : « Nous essayons de nous insérer au cœur des discussions. Par exemple, dans la conférence qui aura lieu, dans les prochaines semaines, sur les territoires d’Outre-Mer. Nous faisons du lobbying à chaque instant. Nous discutons avec tous les groupes de l’Assemblée. Nous éveillons la curiosité parce que notre discours diffère de celui que Paris a entendu depuis longtemps ».

Des passerelles à créer
Le lobbying, c’est le maître-mot du député bastiais, Michel Castellani, pour expliquer la nouvelle donne insulaire : « Pour la première fois à Paris, des députés, fidèles à leurs promesses, représentent dignement notre Corse, et se font le relais des aspirations profondes d’un peuple qui a besoin de vivre et d’aller vers la modernité. Nous essayons, de la façon la plus intelligente possible, de créer des passerelles. Nous réussirons à avancer sur un certain nombre de questions techniques, comme le rapprochement des prisonniers. Le butoir est le passage du technique au politique, car nous ne sommes pas à Paris pour régler des questions techniques. Et Paris doit le comprendre ! ».

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Ghjurnate di Corti : Forcément ensemble, mais à quel moment, là est toute la question !
Un pas qualitatif
Le changement de cap, de discours et d’état d’esprit, l’acceptation d’une nouvelle manière de gouverner, surprend même dans l’île, comme le souligne la conseillère exécutive et membre de Corsica Libera, Josépha Giacometti : « Nous gérons les affaires de la Corse avec des principes de transparence et d’éthique, des principes d’une banalité affligeante, mais qui ont surpris. Nous n’avons pas été élus pour être seulement de bons gestionnaires, notre projet va au-delà. Nous avons remporté des victoires là où nos prédécesseurs nous disaient qu’il était impossible de faire mieux. Nous avons activé tous les leviers qui sont à notre disposition, mais nous savons qu’il nous manque beaucoup pour être un gouvernement corse. Si nous n’avons pas le pouvoir législatif, nous allons nous heurter au cadre imposé ». Elle livre en tribune un plaidoyer pour l’unité du mouvement national : « Nous avons franchi des pas importants, ces quelques mois, avec une majorité territoriale qui a su parler d’une seule voix et a su construire un projet commun. Face aux échéances qui s’annoncent, nous devons faire preuve de la même cohérence, de la même cohésion. Il faut faire franchir à la Corse un pas qualitatif que nous sommes seuls à pouvoir faire franchir. Nous savons qu’ensemble, nous ferons le pays et que la nation se fera ».

Un vrai gouvernement
Pour cela, explique, François Sargentini, conseiller exécutif et président de l’ODARC (Office de développement agricole et rural de la Corse), les Nationalistes ont besoin d’une vraie majorité pour la prochaine mandature. « Même si notre gouvernance rencontre des difficultés au niveau des compétences et des moyens, il y a un vrai gouvernement de la Corse. Sous la présidence de Gilles Simeoni, je n’ai pas eu le sentiment de représenter Corsica Libera, mais nous avons œuvré ensemble pour la Corse et pour son peuple, pour faire retrouver à ce pays des bases saines. Le dialogue avec la France est difficile, mais le processus est irréversible. Nous avons des bases solides, nous avons réfléchi pendant 40 ans sur des projets, ce qui nous met en situation de donner immédiatement des réponses. Nous essayons de faire en sorte, chaque fois que nous prenons une situation, qu’elle assure l’avenir des personnes et de notre pays. Notre avenir, c’est notre peuple qui l’a en main. Notre force, c’est de savoir où nous voulons aller, personne ne peut nous l’enlever ».

Une ambition inchangée
Cette certitude est partagée par Jean Biancucci, président du groupe Femu a Corsica, et président d’Air Corsica : « On nous a dit pendant des années que nous étions bons dans la revendication, la communication et l’action. Nous avons démontré, en deux ans, que nous étions bons aussi dans la gestion des affaires publiques du peuple corse. Nous accompagnons les luttes de terrain, nous n’avons jamais oublié et nous n’oublierons jamais que nous sommes, d’abord et avant tout, des militants. Notre ambition est la même que celle des premiers jours : rendre à ce pays sa dignité et un avenir . C’est ce qui nous importe, nous motive et, aujourd’hui, nous faire agir ».

Une confiance renouvelée
Faire vivre la nation, c’est, désormais pour la majorité territoriale, une réalité, déclare Jean-Guy Talamoni, lors du meeting, dans son discours de clôture. « Trop longtemps à ces Ghjurnate, nous avons dû conjuguer les verbes au passé et au futur. Nous pouvons aujourd’hui le dire au présent : a nostra nazione hè viva è ci tocca ogni ghjornu à fà la campà ». Pour cela, nul besoin, selon lui, « d’une reconnaissance de nos droits par la France », même si c’est nécessaire « nous n’avons besoin de la bénédiction d’aucune instance étrangère… En votant massivement pour des candidats nationalistes, nos compatriotes ont dit que la Corse était une nation et ne saurait donc être ravalée au rang de circonscription administrative française ». Revenant sur les projets lancés depuis le début de la mandature en termes de démocratie, d’éducation, de culture, de développement, d’écologie, de numérique « qui ont vocation à porter leurs fruits dans les quatre années qui viennent »…, il conclut sur un appel : « Nous voulons poursuivre jusqu’à leur terme les démarches que nous avons engagées. C’est la raison pour laquelle, en décembre prochain, nous demanderons aux Corses de nous confirmer leur confiance ».

 



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