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Gilles Simeoni : « L’Etat propose de remplacer le gazoduc par une plateforme sous-marine »
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Gilles Simeoni : « L’Etat propose de remplacer le gazoduc par une plateforme sous-marine »


Calvi

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Le 08 Février 2019



- Comment s’est passé l’entretien ?
- Nous avions convenu d’aborder quatre points, mais nous nous sommes finalement concentrés sur la question essentielle de l’énergie et nous avons, aussi, parlé du parc naturel marin du Cap Corse. A ce sujet, j’avais déjà informé le ministre que le parc n’a absolument pas les moyens de fonctionner, ce qui le met en porte-à-faux vis-à-vis des acteurs à qui sa création a donné un espoir. Ma démarche est partagée par les huit autres présidents des parcs marins français qui ont tenu un discours de fermeté : soit le gouvernement nous donne des moyens de fonctionner, soit les parcs sont des coquilles vides, et nous en tirerons toutes les conséquences, y compris en arrêtant les structures. Le ministre s’est engagé à nous communiquer un rapport du Conseil général de l’Environnement et du Développement durable (CGEDD) sur les moyens financiers à consacrer aux parcs marins. Il m’a confirmé la tenue d’une réunion avec tous les présidents des parcs marins dans le mois à-venir pour que le gouvernement fasse des propositions. C’est une avancée.

- Concernant l’énergie, quelles questions avez-vous abordées ?
- J’ai abordé celle du gaz de ville et la situation de Bastia et Aiacciu où les concessions sont arrivées à terme. On se retrouve dans une situation de fait, sans cadre juridique, avec l’obligation de soumettre à concurrence, donc de lancer un appel d’offres. Ces concessions sont structurellement déficitaires, elles alimentent surtout des foyers modestes, ce qui laisse peut-être une marge de manœuvre au niveau de la gestion, mais exclut une augmentation des prix. La crainte est qu’Engie se désengage. Lors du Conseil de l’énergie qui s’est tenu à Aiacciu, sa représentante a, à ma demande, démenti tout désengagement d’Engie dans le gaz de ville en Corse et a affirmé qu’Engie répondrait à l’appel d’offres. Il faut trouver le moyen de compenser ce déficit structurel et de mettre en place un mécanisme de compensation permettant à un opérateur de se positionner et d’assurer la pérennisation de l’alimentation en gaz de ville dans des conditions économiques soutenables. Tout en préparant, si nécessaire, une reconversion à moyen terme.

- Avez-vous discuté des pistes de travail pour ce mécanisme de compensation ?
- Oui. Il faut passer par une loi. On peut penser à un mécanisme type CSPE (Contribution au service public de l'électricité). Pour assurer dans les zones non interconnectées le même tarif d’électricité que dans les zones connectées, une contribution est prélevée sur chaque facture et abonde un fonds de péréquation. On pourrait appliquer ce principe dans le domaine du gaz parce que la Corse est dans une situation atypique liée à l’insularité. Une autre piste peut être un financement exceptionnel dans le cadre d’un fonds dédié à créer. Il faudrait faire valider ce dispositif par le législateur et s’assurer de sa conformité au droit européen. Le ministre s’est dit prêt à travailler sur ces pistes. L’enjeu, pour nous, est double : l’alimentation énergétique pour plusieurs milliers de foyers à Bastia et Aiacciu à un coût acceptable, et un enjeu social pour les gens qui travaillent pour Engie dans le gaz de ville.

- Qu’en est-il du gros et épineux dossier du renouvellement des centrales thermiques et de l’approvisionnement au gaz naturel ?
- Comme je m’y étais engagé, notamment devant le Conseil de l’Energie, de l’Air et du Climat (CEAC), j’ai demandé à l’Etat de clarifier sa position. Il a été acté en 2015 dans la PPE (Programmation pluriannuelle de l’énergie) et validé par un décret ministériel en 2016 et par Ségolène Royal lors de sa venue en Corse : un gazoduc pour amener le gaz naturel en Corse et une nouvelle centrale de 250 megawatts en 2023 alimentée par le gazoduc. Depuis trois ans, nous sommes confrontés à beaucoup de tergiversations et de retards, y compris dans les mesures prévues par la PPE. Nos craintes ont été accentuées en août dernier par le courrier de Nicolas Hulot qui pose deux questions distinctes. La première : est-ce que le gazoduc est une solution adaptée ou ne faut-il pas mieux mettre deux barges, une à Bastia et une à Aiacciu ? La deuxième : Faut-il positionner le cycle combiné-gaz, c’est-à-dire la nouvelle centrale prévue pour remplacer le Vazzio à partir de 2023, à 250 megawatts ? N’est-ce pas surdimensionné ? N’y-a-t-il pas moyen de faire un investissement moins important et d’investir le différentiel dans la production des énergies nouvelles renouvelables (ENR) ?

- EDF ne s’est-il pas élevé contre cette dernière option ?
- Oui ! EDF et les syndicats y sont farouchement opposés ! D’après leurs calculs, le dimensionnement prévu est le seul qui garantit, indépendamment de la montée en charge des ENR, le risque de toute rupture d’approvisionnement. Avec un bémol à intégrer, c’est qu’EDF est juge et partie ! Il a, bien sûr, intérêt à ce que la centrale soit la plus fortement dimensionnée possible, même s’il affirme qu’étant rémunéré de la même façon avec le thermique ou les ENR, il n’a pas de préférence pour tel ou tel moyen de production. Ce n’est qu’en partie vrai puisqu’il est rémunéré à 11% sur l’investissement en capital. Plus l’investissement est important, plus la rémunération est forte. Cet argument est, notamment, invoqué par la CRE (Commission de régulation de l’énergie) pour affirmer que le dimensionnement prévu est trop important. Toutes ces interrogations suscitent une inquiétude forte car nous sommes dans un calendrier extrêmement contraint. Tout fléchissement dans le cheminement engagé peut se traduire par un grippage d’ensemble du système et, donc, par exemple, par le maintien en fonction d’une usine au fuel, si on ne met pas en place des moyens nouveaux de substitution.

- Qu’avez-vous dit au ministre ?
- Avant de rentrer dans un discours technique, j’ai rappelé au ministre notre vision politique d’ensemble qui est basée sur l’objectif que nous nous sommes fixés : l’autonomie énergétique en 2050, c’est-à-dire 100% d'ENR. C’est un objectif très ambitieux qui conditionne tout. Il exige, d’abord, de diminuer de façon très forte la consommation d’énergie à travers le plan de rénovation énergétique que nous avons mis en place et qui doit être financé par la PPE. Cela représente pratiquement 1 milliard € sur la période. Ensuite, nous voulons augmenter fortement la production à partir des ENR, aller le plus loin et le plus vite possible, y compris en s’insérant dans la perspective de révision de la PPE qui intervient tous les cinq ans. Pour cela, il faut faire un état des lieux, y compris des nouvelles techniques en matière de production, mais surtout de stockage qui restent balbutiantes. Les ENR étant des énergies abondantes, mais intermittentes, sans solution de stockage, nous serions forcés d’avoir recours à des moyens de substitution. Cela veut dire aussi qu’il faut, en matière solaire, garantir les tarifs de rachat, en matière d’hydroélectricité, permettre l’aménagement des cours d’eau, ce qui est actuellement interdit par arrêté préfectoral… Entre temps, il faut préparer une phase de transition.

- Pour cette phase de transition, rien n’est réglé ?
- Non ! Nous ne voulons plus du fuel. Ne reste, donc, selon les experts, que le gaz naturel qui est, certes, une énergie fossile, mais beaucoup moins polluante. Aujourd’hui, on nous dit : « Pas de gazoduc, c’est trop cher et trop long ! On va changer le dimensionnement de la centrale ». J’ai dit au ministre que, pour nous, il n’est pas question de lâcher la proie pour l’ombre et que nos objectifs fondamentaux ne peuvent pas être remis en cause en permanence ! L’Etat a engagé un dialogue concurrentiel pour trouver un opérateur. Il ne peut pas interrompre ce processus en cours, alors que le compte à rebours est engagé, pour repartir dans l’inconnu sur une nouvelle hypothèse qui risque de rencontrer des obstacles environnementaux, techniques, juridiques... Si maintenant, le gouvernement veut nous parler d’un plan B au gazoduc, à explorer et à mettre en débat en temps masqué, sans perdre de temps, il n’a qu’à nous faire une proposition.

- Le ministre l’a-t-il faite ?
- Oui. Le ministre propose d’explorer l’hypothèse d’une plateforme gravitaire sous-marine, une structure en béton qui servirait de points de stockage à Lucciana et à Aiacciu à la place des barges et du gazoduc prévus. Il dit qu’elle pourrait être accolée à l’appontement du Ricantu qui prendra la suite de l’appontement Saint-Joseph dans le golfe d’Aiacciu. J’ai pris acte, mais je note que cette proposition manifeste des évolutions très importantes par rapport à la position de l’Etat d’il y a ne serait-ce que quelques mois ! Nous sommes dans une phase d’incertitude totale avec des inquiétudes fortes sur le degré d’engagement financier et sur la sécurisation de l’ensemble du système. Des aspects essentiels sont, aujourd’hui, rediscutés sans que nous ayons de certitudes sur le calendrier et la volonté d’avancer. L’Etat ne dit pas clairement ce qu’il va faire et comment il va le faire.

- Que comptez-vous faire dans ces conditions ?
- J’ai demandé à François De Rugy d’écrire noir sur blanc tout ce qu’il venait de me dire, la position de l’Etat et les engagements qu’il prend, de préciser clairement le cadre de compensation pour le gaz de ville et son financement, ainsi que les aides pour développer les ENR. Il s’est engagé à le faire sous quinzaine. Je rendrai compte de cette lettre au Conseil exécutif et à l'Assemblée de Corse pour décision, également au Conseil de l'air du climat et de l'énergie, comme je m'y suis engagé lors de la dernière session. Nous lui ferons, ensuite, savoir notre position.

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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