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Gilles Simeoni : « Le silence d’Edouard Philippe sur la Corse est injurieux, méprisant et inquiétant »
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Gilles Simeoni : « Le silence d’Edouard Philippe sur la Corse est injurieux, méprisant et inquiétant »


Calvi

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Le 28 Septembre 2018


- Vous parlez, à propos de ce congrès de rentrée, d’un rendez-vous politique important. En quoi l’est-il ?
- Le congrès annuel des Régions de France (ARF) est un rendez-vous récurrent qui a une dimension technique, à savoir les échanges de bonne pratique, le point sur les questions économiques, juridiques, financières et institutionnelles… C’est aussi un rendez-vous fondamentalement politique qui permet de prendre le pouls de la situation dans les régions et les territoires. C’est aussi l’occasion, pour nous Corses, de confronter notre analyse et notre vision des choses avec celles des régions françaises de droit commun et des départements et régions d’Outre-mer. Cette dimension politique est, aujourd’hui, renforcée par un contexte particulier. Pour la première fois, les associations des régions, des départements (ADF) et des maires de France (AMF) sont dans une démarche concertée pour dénoncer, aussi bien sur la forme que sur le fond, l’attitude du gouvernement, du Premier ministre et du Président de la République, notamment des choix politiques et une façon de procéder qui sont en contradiction totale avec les engagements initiaux aussi bien du candidat que du président Macron.

- Les élus dénoncent, vent debout, « un certain nombre de manquements, de carences, d’erreurs commises par l’Etat ». Les relations avec Paris restent-elles tendues ?
- Oui ! Ce constat extrêmement sévère est dressé de façon unanime par les associations des régions de France, mais aussi celles des départements et des maires, qui ne sont pourtant pas composées de révolutionnaires ou d’antirépublicains ! Ce qui est relevé et dénoncé par tous ces élus, quelque soit leur sensibilité politique, gauche et droite confondues, c’est, sur la forme, une arrogance et une condescendance qui confinent souvent au mépris, et l’incapacité du gouvernement à ouvrir un véritable dialogue politique avec les collectivités locales. Sur le fond, une recentralisation, un étranglement et un chantage financier, et le transfert aux régions de charges sans les finances correspondantes. On est loin du pacte girondin et du nouvel acte de la décentralisation promis !

- La colère des élus locaux a laissé de marbre Edouard Philippe. Que pensez-vous de son discours ?
- Edouard Philippe a été interpellé sur tous les points précis que je viens d’énumérer. Non seulement il ne reconnaît pas l’existence d’un problème, mais il annonce qu’il va continuer sur cette même voie. D’un point de vue global, il n’a, aux dires des élus, absolument pas répondu aux attentes et aux demandes de l’ARF, de l’ADF et de l’AMF. Je constate également que de nombreux griefs, que nous avions dénoncés concernant l’appréhension de la situation corse par le pouvoir parisien, aussi bien sur la méthode que sur le fond, se retrouvent à l’identique dans les arguments développés par les responsables des collectivités françaises. Concernant la Corse, le constat est aggravé par la dimension politique propre à la situation de notre île qui n’est pas dans une simple logique de décentralisation. Cette logique inclut, chez nous aussi, la nécessité de prendre en compte la réalité des territoires et de faire vivre la démocratie locale. Mais se pose en Corse de façon beaucoup plus fondamentale une question politique, celle de l’existence d’un peuple et de ses droits, à laquelle Edouard Philippe et l’Etat continuent d’opposer une fin de non-recevoir totale.
- Quelle est la portée de l’appel d’Hervé Morin au gouvernement pour ouvrir un véritable dialogue et bâtir un autre modèle en Corse ?
- L’appel d’Hervé Morin est très important. Il a une portée symbolique et politique forte. Il est lancé lors d’une occasion solennelle par le président en exercice des Régions de France au nom de l’association qu’il représente. Sa parole est renforcée par sa trajectoire politique individuelle. Il a exercé des fonctions ministérielles parmi les plus hautes, on ne peut, donc, pas le soupçonner d’être non-républicain ou antirépublicain. Nous lui rendons hommage de l’avoir fait. Cet appel ne sort pas non plus de rien. Dès notre élection, nous avons fait le choix de réinvestir l’ARF, alors que la Corse en était absente depuis des années.

- N’est-ce pas un paradoxe pour des Nationalistes ?
- Cela peut apparaître ainsi, étant donné que les mandatures antérieures, de droite et de gauche, depuis au moins une décennie, n’ont jamais réellement investi cette institution. Il a fallu attendre une majorité territoriale nationaliste pour retisser les liens avec les régions de France. C’est parti de notre volonté de dialogue et d’échanges, de notre souci de nous enrichir de l’expérience des régions dans tous les champs de compétences qui nous sont communs. Au plan politique global, c’était aussi l’opportunité d’ouvrir un espace de dialogue avec des responsables politiques de haut niveau. Tout ce travail aboutit, aujourd’hui, à cet appel posé dans des termes forts. Hervé Morin demande au gouvernement de respecter le fait démocratique et le suffrage universel en Corse, de discuter vraiment et dans l’objectif – c’est là le plus important – de permettre à la Corse de construire, dans le dialogue avec l’Etat, un modèle politique, équivalent à ce qui est la règle partout dans les îles de Méditerranée. Autrement dit, un système de véritable autonomie de plein droit et de plein exercice. C’est très exactement l’objectif institutionnel que nous avons mis au cœur de notre contrat de mandature.

- Pas de réponse du Premier ministre. Cela vous étonne ?
- Hélas non ! A cet appel lancé de manière solennelle dans un moment fort et dans une forme argumentée par une personnalité qui fait autorité, qui jouit d’une légitimité importante et qui insiste sur les enjeux, Edouard Philippe répond par le silence. C’est la forme la plus achevée du mépris. C’est injurieux, méprisant, blessant et inquiétant. J’en prends acte.

- Après l’échec des négociations sur la réforme constitutionnelle et dans ce contexte, quelles relations entretenez-vous avec le gouvernement ?
- Nous allons nous donner le temps d’analyser ce nouveau camouflet, cette nouvelle expression publique du refus de tout dialogue vrai et de toute prise en compte de la dimension politique de la question corse. Nous en tirerons collectivement les conséquences, mais à l’évidence nous sommes en train de clore une séquence et d’en ouvrir une autre. Nous avons, malgré les vents contraires et l’échec prévisible, poursuivi jusqu’au bout les négociations sur la réforme institutionnelle. Nous avons démontré notre parfaite bonne volonté, notre disponibilité et notre capacité d’ouverture et de dialogue, nous ne voyons pas ce que nous pouvons faire de plus. Pour leur part, le président de la République et le gouvernement ont choisi de conduire le dialogue dans une impasse et la Corse dans une situation de blocage. La fin de non-recevoir qu’ils opposent de manière systématique à toutes nos demandes, depuis le début de la mandature, tend à faire réapparaître des mécaniques dangereuses. Ils en portent l’entière responsabilité. La balle est désormais dans leur camp. A eux d’apprécier les conséquences de leurs décisions et de leurs choix !

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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