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Libri Mondi : Un week-end sous le signe de la littérature à Bastia
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Libri Mondi : Un week-end sous le signe de la littérature à Bastia


Calvi

Par

Le 25 Septembre 2017


Le temps est gris sur Bastia ce vendredi mais la rencontre a bien lieu en extérieur au Palais des Gouverneurs de Bastia. Une fois les portes du musée franchies, une guirlande lumineuse nous guide jusqu’aux jardins suspendus. Là, une estrade accueille le premier invité de ces Rencontres littéraires, Laurent Chalumeau.
Face à lui, une cinquantaine de personne. A ses côtés afin d’animer le débat, le journaliste Sébastien Bonifay.
Dès les premiers mots, l’humour et la dérision sont de mises. Après une rencontre avec les lycéens l’après midi à l’Alb’oru, le voilà face à un public plus adulte sans qu’il n’ait rien perdu de sa répartie.
C’est en premier lieu de son dernier ouvrage dont il est question, V.I.P qui dézingue avec jubilation l’intelligentsia parisienne, le milieu politique, celui des médias, le cinéma français et ses starlettes. Des milieux que cet auteur pluri-disciplinaire connaît bien de par son parcours atypique : journaliste à Rock’n Folk ou Libération, scénariste, parolier, dramaturge et romancier. Sans oublier ses 10 années passés aux États Unis comme correspondant.
Tout le monde en prend pour son grade. Mais, il précise « aucune méchanceté dans mes écrits ». Sébastien Bonifay rebondit : « Tu critiques tout de même ce petit monde ? »
« Non, répond l’auteur, quand je veux être méchant et régler mes comptes, je me lâche sur Twitter. Mon livre, lui, n’est pas fait pour ça. » Il enchaine : « J’ai toujours eu envie d’écrire mais je n’ai pas d’imagination, donc je me renseigne. » Comme « le ferait un journaliste » précise Bonifay. « C’est vrai que je me documente beaucoup, tous les endroits dont je parle, je les repère comme un réalisateur avant un tournage. Et après, j’en rajoute. Je « sale la mine » en quelque sorte, pour duper le lecteur. Ecrire un roman est un exercice. Tout n’est pas vrai, tout n’est pas faux. Je fournis 10% de vrai pour vous faire croire aux 90% de faux. » Le ton est sec, la diction rapide, les phrases s’enchainent au point ou Sébastien n’arrive même plus à le couper pour poser ses questions.


Le public, lui, est subjugé. Il continue : « Il y a une part laborieuse dans l’écriture d’un livre, il ne manquerait plus que ce soit facile ! » Des rires ponctuent cette dernière phrase. « Je prends la littérature comme un divertissement, enfin pour moi. Mais elle ne doit jamais être une insulte à l‘intelligence du lecteur. » On sent une véritable complicité entre les deux hommes, Laurent revient d’ailleurs sur une anecdote lors d’une précédente rencontre avec le journaliste : « Je t’avais dit de ne pas lire un de mes livres parce qu’il est mauvais ! » Mais on ne sera pas lequel. Peu importe, Sébastien continue sur ce parcours intriguant : la presse, correspondant aux USA, un livre sur Elmore Leonard, des sketches pour de Caunes et Garcia aux grandes heures de Canal+. Chalumeau rebondit : « Je décline toute responsabilité pour Cyril Hanouna ! » Nouveaux rires.


« Vous voyez bien que cet homme n’a pas toute sa tête ! » réplique l’auteur au moment ou Sébastien Bonifay, voulant parler de son expérience de parolier, attaque par : « Il y avait 3 grands groupes à l’époque » alors qu’il veut évoquer les trois boys-band de ces années-là. Chalumeau rit aussi et tente de se justifier : « La jouissance dans la trahison ou le plaisir de se renier ! » Il reconnaît avoir « écrit des paroles pourries sur des chansons de merde chantées par des garçons coiffeurs. » Le public n’en croit pas ses oreilles. Pierre Jourde dont la rencontre est prévue ce dimanche et qui est venu en simple spectateur est le premier à rire de bon cœur !


Sur les G-squad, Chalumeau à même une anecdote succulente. Alors au concert avec ses enfants, à la sortie, il est interpellé par un punk, crête coloré et pearcing de rigueur, plutôt barraqué, qui le dévisage et lui balance : « Vous êtes bien Laurent Chalumeau ? Putain, vous me décevez ! » Les rires redoublent dans l’assistance. Il rebondit « Arrêtez de vous moquez ! Moi qui me faisais une joie de venir dans un pays ami avec qui nous avons des accords commerciaux, vous me décevez ! » Rires à nouveau !
« J’avais envie d’être écrivain, je me contente d’être un auteur. J’aime dire que la littérature ne se décrète pas. Ni dans un sens, ni dans l’autre ! J’écris gras, huileux et pâteux. Avec un auteur comme Elmore Leonard [qu’il connaît bien pour avoir écrit un essai sur lui, sous-titré Un maître à écrire, NDLR], il n’y a que la peau et les os. » Il fait alors référence aux livres ou auteurs qu’il aime comme Tom Wolfe et son Bûcher des Vanités ou encore 2666 de Roberto Bolaño.
« Je ne connais que des gens qui écrivent de meilleurs livres que les miens. »
C’est d’ailleurs sur ces mots qu’il conclut la rencontre. Sûrement intimidé, le public n’a pas de question. Mais nombreux sont ceux qui le rejoignent devant le stand de ses livres pour en acheter un et le faire dédicacer.

Les rencontres se sont poursuivies ce samedi avec Jean-Yves Acquaviva le matin, à l’Alb'Oru. L’occasion de revenir sur le parcours atypique de ce romancier agriculteur dans le Niolu et qui a fait le choix d’écrire en Corse. L’après-midi, William Boyle rencontrait le public dans les Jardins suspendus alors qu’un peu plus tard, Gilles Leroy devait se réfugier à l’intérieur du Palais des Gouverneurs pour éviter la pluie.
Miguel Bonnefoy, Pierre Jourde – que Sébastien Bonifay n’hésite pas à qualifier de plus grand écrivain français à l’heure actuelle – et enfin David Vann qui avait fait une entrée fracassante dans le monde des lettres en 2010 avec Sukkwan Island, ont conclu le week-end ce dimanche à l'Alb'Oru et au Palais des Gouverneurs .
Un programme bien chargé et d’une grande qualité pour ces 1ères Rencontres Littéraires de Bastia.
Un défi relevé haut la main par la jeune équipe de Libri Mondi.


 



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