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Livres : L'édition corse en clair-obscur
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Livres : L'édition corse en clair-obscur


Calvi

Par

Le 21 Septembre 2017


- Vous êtes éditeur depuis longtemps Cette profession est-elle économiquement porteuse en Corse ? On peut penser qu'elle rencontre des difficultés...
- Je suis éditeur depuis quarante ans, avec des hauts et des bas. Cette profession n’est pas - économiquement - viable en Corse, tout comme ailleurs quand il s’agit de petites structures comme la mienne. Nous souffrons d'un lectorat restreint – c’est une réalité démographique d’une part - mais également qui se raréfie avec le temps ; les jeunes ne lisent plus ; internet et autres médias les détournent du livre ; même le numérique ne les touche pas …. De plus, les difficultés pour assumer une diffusion continentale et une bonne distribution sont grandes : rentabilité nulle à cause des quantités trop faibles ; poids des frais de transport ; coût de location des dépôts et des loyers ; retours des invendus…

- Comme toute activité culturelle, l'édition insulaire perçoit des aides de la CTC. Sont-elles suffisantes et en bénéficiez-vous ?
- Ces aides existent, elles sont importantes mais souvent mal réparties. Par facilité, l’administration se décharge sur une seule structure – l’association des éditeurs – qui ne représente pas tous les éditeurs, loin de là. Ceux qui n’ont font pas partie sont ainsi exclus de l’aide régionale. Ainsi, étant dans ce cas « Colonna édition » n’était pas représentée, ni au Salon du livre de Paris, ni au Canada, ni en Italie, ni dans les Salons du livre auxquels cette association était invitée… (Mouans-en-Sarthoux, Marseille, etc. ). En revanche, au niveau de l’aide à l’édition, chacun y trouve son compte.


- A partir de quel volume évaluez-vous un « bon tirage » au plan local ?
- En ce qui me concerne, j’estime à 350 exemplaires le tirage de départ d’un ouvrage sur le plan local. Un bon tirage serait 1 000 exemplaires, mais il faut les vendre, 1000 exemplaires !! A 350 exemplaires on est proche de couvrir les frais ; à 1 000, on commence à gagner quelque chose.


- L'édition en langue corse progresse. On peut penser qu'elle entre dans le champ de la bonne conscience. Mais quel est son impact en termes de vente ?
- Elle progresse. On peut penser qu'elle entre comme vous le dites dans le champ de la bonne conscience. Mais son impact en termes de vente est plus faible qu’il y a 30 ou 40 ans. Malgré les campagnes d’apprentissage de la langue, le lectorat est resté très faible. On parle…mais on ne lit pas !


- On le constate lors des signatures publiques : les acheteurs semblent privilégier l'histoire, le roman et la bande dessinée. Qu'en est-il des autres modes d'expression ?
- C'est un fait, les signatures n’attirent plus. Seule la BD attire encore… pour avoir un dessin, c’est-à dire une « œuvre » originale de « l’artiste », dit l’auteur. Il faut intéresser le lecteur : rencontres, conférence, animations, discussions autour du livre, etc. « A Musanostra » de Bastia l’a bien compris. Ils sont les seuls à ce jour. Les « Journées du livres » et autres « salons » d’été ou d’automne (trop parisiens) n’attirent plus. Les organisateurs n’ont pas su se renouveler. L’ « Association des éditeurs » que j’ai évoquée plus haut a repris, par exemple, le principe des journées du livre que j’avais inventées dans les années 70 à la Maison de la Culture de la Corse… sans rien changer. Près de 50 ans après, ils se contentent d’exposer des livres sur la place alors qu’il y a deux librairies ouvertes toute l’année, et parmi les meilleures à deux pas de la dite place… « Racine de ciel » se croit rue Saint-André-des-Arts, Oletta ne célèbre que des journalistes parisiens. Et Bastia s’enferme dans la cour d’un collège… Pour attirer un public de lecteurs, il y a mieux !


- Vous avez lancé une collection « Poésie ». Est-ce un simple caprice d'éditeur ou obéissez-vous à une motivation profonde ?
- J’ai lancé et j’anime une collection « poésie » : plus de 40 titres à ce jour. Ce n’est pas une « danseuse » mais un réel pari culturel ! C’est un choix. J’aime la poésie qui pour moi reste le fleuron de la littérature, voire de la pensée.


- Quels sont vos prochains projets éditoriaux ?
- Ils sont diversifiés : Les enfants de la guerre du Dr. Bernard Benedetti, préface de Bernard Kouchner.(témoignage) en septembre ; Corsica dream de Charles Colonna (essai sur le tourisme) ; Les noces de granite de Francesca Weber-Zucconi en septembre également : le roman qui va bouleverser la littérature corse ! Sans oublier la traduction de Hamlet de Shakespeare en langue corse par Marcu Biancarelli, en octobre, puis celle de La tempête toujours du même Shakespeare en langue corse par Rosecchi, toujours en octobre. Pour moi ces deux traductions élèvent la langue corse au rang des grandes langues de référence.



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