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Nanette Maupertuis : « C’est, dans le contexte européen, une chance de rencontrer la vice-présidence de la Bulgarie »
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Nanette Maupertuis : « C’est, dans le contexte européen, une chance de rencontrer la vice-présidence de la Bulgarie »


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Le 23 Février 2018


- Qu’est-ce qui a motivé ce voyage en Bulgarie ?
- L’initiative est venue de l’Institut français de Sofia et de son directeur, Fabien Flori, qui, en tant que Corse, a voulu créer des liens dans le domaine culturel entre nos deux pays. En particulier, un projet de la Direction de la culture, soutenu par la conseillère exécutive Josepha Giacometti, de collaboration entre les centres de polyphonie de Sofia et de Sartène et le groupe A Filetta. Un travail a été réalisé en commun et s’est traduit par un spectacle de polyphonie corse et bulgare, mardi soir à Sofia. A partir de là, étant donné que la Bulgarie assure la présidence de l’UE pendant six mois, nous avons décidé d’y associer un important déplacement diplomatique qui nous a permis de rencontrer les plus hautes instances bulgares. D’abord, la Vice-présidente, Iliana Iotova, puis Liliana Pavlova, vice-premier ministre en charge de la politique européenne et de la Présidence de l’Union européenne.

- Pourquoi ces deux entretiens sont-ils importants ?
- Comme j’ai déjà eu maintes fois l’occasion d’en parler sous la précédente mandature, nous sommes dans un contexte financier particulier et très tendu à l’échelle européenne. L’UE est en train de définir son cadre financier pluriannuels post 2020. Confrontée à de nouvelles contraintes, elle a de nouvelles dépenses à assumer en matière de défense, de sécurité et de politique aux frontières, notamment avec l’immigration. Les dépenses augmentent alors que, pour cause de Brexit, les recettes diminuent. L’Europe doit, donc, d’ici au mois de mai, faire des choix budgétaires qui peuvent atteindre la politique de cohésion et la politique agricole commune (PAC). La Bulgarie a la lourde tâche d’avoir à gérer ces contraintes. Les discussions en cours, avec la Commission européenne et le Parlement européen, ne sont pas faciles.

- Peut-on dire que ce déplacement est tombé à pic ?
- Oui ! Il est tombé à point nommé ! C’est, pour nous, une chance de rencontrer la vice-présidence de la Bulgarie. D’autant qu’au-delà de la définition du cadre financier pluriannuels, la présidence bulgare a comme objectif de renforcer l’accessibilité au niveau des transports, - notamment des Balkans, le pays étant excentré par rapport au cœur de l’Europe -, mais aussi l’accessibilité numérique et l’économie digitale. Elle a pour souci la cohésion de l’Europe, en particulier la possibilité pour les régions périphériques d’avoir une accessibilité pleine et entière au marché unique, de pouvoir se former aux outils numériques les plus modernes et de former sa jeunesse. Elle a, aussi, comme ambition de faire valoir la diversité culturelle en Europe.

- La Bulgarie a-t-elle certaines caractéristiques en commun avec la Corse ?
- Oui ! C’est le pays le plus pauvre de l’UE avec un PIB (Produit intérieur brut) par tête de 6600 € par an. Il est confronté à un problème démographique du à un fort exode et au vieillissement de la population. C’est aussi un pays très montagneux avec une fracture très forte entre les zones rurales de l’intérieur et le littoral qui donne sur la Mer Noire. Des villages entiers sont vides. Néanmoins, il a des taux de croissance supérieurs à 3%, une agriculture fortement exportatrice et un taux d’imposition des entreprises relativement faibles avec un coût de main d’œuvre parmi les moins élevés d’Europe, ce qui attirent des entreprises notamment italiennes. Son challenge est de faire un saut dans l’économie digitale, de créer de l’activité locale et de l’employabilité des jeunes.
- Des objectifs que vous partagez ?
- Evidemment ! En tant qu’île montagne, ces objectifs-là nous parlent fortement ! Cela a renforcé notre intérêt dans cet échange avec la Vice-Présidente de la Bulgarie qui nous a confirmé que son grand souci était l’accélération des processus de convergence des pays et des régions les plus pauvres vers les régions les plus riches et les moyennes européennes. C’est très important ! Elle a aussi, très fortement, réaffirmé la nécessité de ne pas oublier les zones de montagne. Elle considère que ces zones recèlent un fort potentiel, comme le dit, d’ailleurs, l’association des pays alpins. Ces analyses-là ont bien évidemment, compte tenu des caractéristiques géographiques de la Corse, reçu un accueil très positif de notre part.

- Ces analyses ont-elles fait aussi l’objet de l’entretien suivant avec la Vice-premier ministre en charge de la Présidence de l’UE?
- Oui ! Liliana Pavlova nous a confirmés les grandes priorités de la présidence européenne bulgare. Elle considère que le futur de l’Europe repose sur sa jeunesse, la croissance économique et la cohésion sociale. Même si les pays fondateurs de l’UE, notamment la France et l’Allemagne, ceux qu’on appellent « les grands contributeurs », ont un souci en termes de sécurité et de stabilité, eu égard à la problématique du terrorisme et de l’immigration, elle a réaffirmé, qu’au-delà de ces grands défis mondiaux, il est impératif de préserver la possibilité pour l’ensemble des peuples européens et des régions défavorisées ou excentrées d’avoir de la croissance économique et de la cohésion sociale. La présidence bulgare a, aussi, la volonté d’associer le citoyen aux grandes politiques de l’UE et à la définition des politiques publiques. C’est un point très positif. Les Bulgares sont persuadés que l’argent ne fait pas tout, même si, en tant que pays très pauvre, ils en reçoivent beaucoup. Ils considèrent que le projet européen nécessite une implication du citoyen. C’est un objectif que nous partageons pleinement.

- Au final, ce fut un déplacement très court et très positif ?
- Oui ! Ce fut, à la fois, un déplacement culturel et un déplacement en termes de diplomatie européenne auxquels nous avons associé, à travers l’ATC et l’ODARC, une logique de découverte de la Corse, notamment par l’envoi aux autorités bulgares de photos qui ont été diffusées dans Sofia et de produits du terroir. De plus, le peintre-plasticien calvais, Julien de Casabianca, a réalisé une peinture murale sur le bâtiment de l'auditorium de Sofia et exposé ses oeuvres à l'intérieur.
Les deux rencontres diplomatiques et le moment culturel du soir, auxquels a assisté l’ambassadeur de France, ont été des moments très forts d’échanges. Malgré les différences linguistiques qui vont jusqu’à l’alphabet puisque la langue bulgare utilise un alphabet cyrillique, le chant, la musique et le partage de contraintes communes et de défis communs à relever ont permis à deux peuples de se parler. Cela a été un grand moment !

- Qu’en retenez-vous ?
- Nous en retenons, d’abord, une écoute très attentive de notre exposé des contraintes que subit la Corse en termes d’insularité. Même si nos deux pays ne sont pas dans les mêmes sphères géographiques – la Bulgarie est dans les Balkans et la Corse au cœur de la Méditerranée -, nous partageons des problèmes d’accessibilité, un enjeu commun dans le domaine du numérique et du très haut débit, une jeunesse qui se raréfie et qui a besoin d’être formée et de trouver du travail chez elle, la nécessité d’éviter des fractures sociales et géographiques avec un programme important concernant les zones rurales et montagneuses. Nous sommes, donc, très satisfaits de cette rencontre.

- En tant que membre du Comité des régions, quelles suites allez-vous lui donner ?
- Je vais continuer à œuvrer à ce rapprochement. D’abord, en rencontrant de nouveau mes homologues bulgares à Bruxelles la semaine prochaine. Ensuite, en présentant à l’Assemblée de Corse le 15 mars prochain un rapport sur la politique de cohésion et la PAC. Au regard des contraintes et des inquiétudes financières européennes, il est excellent d’avoir une connexion directe avec la présidence bulgare, comme nous l’avons eu avec la présidence maltaise. Notre démarche s’inscrit dans une cohérence puisque, pendant la présidence maltaise, nous avons travaillé sur l’insularité et fait remonter nombre de doléances concernant le fait insulaire, notamment par le rapport que j’ai réalisé sur l’investissement dans les îles. Grâce au travail que nous avons effectué en amont en collaboration avec le député Tonino Picula et le Conseil économique et social européen, nous avons obtenu que la commissaire Corina Cretu et la Conférence des régions ultrapériphériques et maritimes organisent, le 24 avril à Bruxelles, un sommet sur les îles. Avec la présidence bulgare, c’est le fait montagne qui est mis en avant.

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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