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Pierre Poli : « Au SIS2A, nous avons un besoin très fort de sapeurs-pompiers volontaires »
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Pierre Poli : « Au SIS2A, nous avons un besoin très fort de sapeurs-pompiers volontaires »


Calvi

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Le 16 Juillet 2018


- Comment s’annonce la saison du point de vue des incendies ?
- Comme vous le savez je ne suis pas un technicien. En ma qualité de président du SIS de Corse du Sud, je suis en charge de la gestion administrative et financière, le commandement opérationnel relevant de l’autorité préfectorale. Je me bornerai donc à vous livrer mon ressenti d’élu local pour dire que la bonne pluviométrie relevée en Corse sur les derniers mois, donne l’impression que la saison sera plus calme que l’année dernière. Il faut, toutefois, rester très prudent. Les services opérationnels ont constaté qu’herbes et broussailles avaient poussé rapidement et en quantité dans ce contexte météorologique. Avec la chaleur estivale, cette végétation a séché tout aussi rapidement, du moins en plaine. J’ai d’ailleurs pu le vérifier sur la commune d’Eccica-Suarella dont je suis le maire.

- La situation a atteint un point catastrophique l’an dernier. De quels moyens dispose la Corse, cette année ?
- Comme vous le savez, ces moyens ont été présentés officiellement par les deux préfets, il y a quelques jours à la base aérienne de Solenzara. Tous les services de l’Etat concernés sont mobilisés notamment les unités de sécurité civile et la composante aérienne basée sur deux canadairs et deux trackers. S’agissant des SIS de Corse, le dispositif s’appuie sur les sapeurs-pompiers et les moyens de lutte des 42 centres d’incendie et de secours qui assurent un maillage serré du territoire. Les deux SIS financent aussi la location des hélicoptères bombardiers d’eau. Pour la Corse du Sud, le coût prévisionnel du dispositif préventif s’élève à environ deux millions d’euros.

- Qu’en est-il des relations entre les deux services d’incendie et de secours ?
- L’avènement de la collectivité de Corse, nous conduit avec Guy Armanet, président du SIS de Haute Corse (SIS 2B), à engager une démarche inclusive et solidaire pour évoluer vers une plus grande intégration de nos deux établissements. Nous avons la volonté de mutualiser nos actions et de réunir à terme tous les sapeurs-pompiers de Corse. Nous mesurons l’ampleur de la tache, car il faudra harmoniser nos organisations, mais nous sommes résolus à dessiner le service d’incendie et de secours territorial qu’attendent nos concitoyens pour leur assurer un équitable accès aux secours aux personnes et à la protection des biens. Un premier geste politique fort est, d’ailleurs, intervenu dès notre prise de fonctions, fin février. Nos conseils d’administration nous ont suivis dans notre proposition de créer un groupement de commandes pour le marché des hélicoptères bombardiers d’eau. Ces appareils seront déployés ces prochains jours.

- L’an dernier, le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, avait négocié des échanges de moyens avec l’Italie. Paris avait refusé. Qu’en est-il aujourd’hui ?
- Ce dispositif entre dans le champ des compétences régaliennes de l’Etat, dans lequel je ne m’immiscerai pas. Ce dispositif de solidarité entre Etats existe dans l’Union européenne. Les demandes, exprimées l’an dernier par le président du conseil exécutif de Corse, ont fait apparaitre la lourdeur et la complexité de sa mise en œuvre. Des marges de progression existent.
- Quand vous avez pris la présidence du SIS 2A, dans quel état l’avez-vous trouvé ?
- Honnêtement, j’ai trouvé une situation équilibrée. Mon prédécesseur s’était énormément investi. Je l’en remercie, même si nous ne partageons pas les mêmes options politiques. L’exercice budgétaire 2018 et les suivants s’inscrivent toutefois dans un contexte contraint. J’ai désormais - et j’insiste là-dessus – l’obligation d’appliquer une gestion très rigoureuse pour assurer les actions engagées précédemment.

- Plus de rigueur, un budget en baisse… N’avez-vous pas besoin de personnels supplémentaires ?
- Nous avons un besoin très fort de sapeurs-pompiers volontaires. Aujourd’hui, dans le cadre de cette campagne estivale, nous avons du, dans certains secteurs, faire appel à des sapeurs-pompiers volontaires du continent. Bien entendu, nous ne sommes pas fermés à ces recrutements saisonniers, nous ne sommes pas sectaires, mais cela doit nous interpeler fortement. Je me dis qu’il faut communiquer beaucoup plus en Corse pour que les jeunes Corses prennent conscience qu’ils doivent défendre leur terre. C’est un besoin essentiel. Nous avons des sapeurs-pompiers professionnels d’une qualité exceptionnelle, mais les sapeurs-pompiers volontaires constituent un maillon essentiel dans le modèle de sécurité civile actuel. Sans eux, nous pourrions, demain, rencontrer des gros problèmes, notamment en zone rurale.

- A quoi est du, selon vous, ce désintérêt ?
- Je ne sais pas ! Je crois qu’il faut remotiver nos jeunes, peut-être aller les chercher, faire de la pédagogie dans les écoles, tourner dans les villages pour leur expliquer comment ça fonctionne, comment on devient sapeur-pompier volontaire… Peut-être l’ignorent-ils ? En fait, ce n’est pas très difficile : il faut passer des entretiens et des tests physiques, puis faire des formations. Mais, à la base, ce qui est important, c’est de penser à défendre la terre et à défendre la Corse, tout simplement ! Il existe une mission « volontariat » dans les services du SIS qui réfléchit sur cet enjeu pour extraire quelques propositions stratégiques. Nous lancerons, dans les prochains mois, une campagne de communication.

- Vous parlez d’un changement de vision politique. Qu’est-ce qui caractérise la vôtre par rapport à celle de votre prédécesseur ?
- C’est sûrement la mutualisation que nous envisageons. Notre but est de sortir des logiques départementales Nord-Sud. Il est vrai que l’existence des deux conseils départementaux faisait qu’avant, les deux SDIS se tournaient le dos. Nous voulons arriver au point où l’on ne parlera plus que des sapeurs-pompiers de Corse. Ensuite, nous voulons, comme c’est notre politique, favoriser le rural. Nous envisageons de privilégier les investissements sur toutes les casernes du rural pour les remettre en état. Nous assurerons, bien sûr, aussi tous les projets qui ont été lancés.

- Pourquoi les deux SIS n’ont-ils pas fusionné ?
- Les ordonnances relatives à la Collectivité unie de Corse, ont maintenu deux services d’incendie et de secours. Si les Conseils départementaux ont disparu, il n’en a pas été de même des départements en tant que circonscription administrative de l’Etat qui, eux, ont été maintenus. Nous sommes en train d’y travailler. Cela ne peut malheureusement pas se faire d’un coup de baguette magique ! Nous nous sommes déjà réunis plusieurs fois, aussi bien en Corse du Sud qu’en Haute-Corse. Nous voulons essayer de faire en sorte qu’à la fin de la mandature, nous réussissions à mutualiser l’essentiel des actions des deux SIS. La création d’un EPIS (Etablissement public d'incendie et de secours) pourrait constituer à moyen terme une étape intéressante.

- Quel est le problème aujourd’hui ?
- Il n’y a pas de problème particulier, mais il faut définir des critères de convergence. Il faut travailler sur l’uniformisation des statuts des sapeurs-pompiers, des matériels, du temps de travail, de l’indemnisation, entre autres. En tout état de cause, l’avenir des SIS a vocation à être intégré aux grandes politiques publiques conduites par la collectivité de Corse, notamment dans le domaine de l’aménagement du territoire, adossé à une analyse des risques et de leur couverture menée globalement au niveau de tout le territoire insulaire.

- A chaque nouvel incendie dévastateur, les sapeurs-pompiers mettent en cause le manque d’entretien et de débroussaillage en amont. La situation ne semble pas évoluer ?
- Je suis malheureusement bien placé pour en parler en tant que maire de la commune d’Eccica-Suarella qui compte un peu plus de 1000 habitants. Le problème, c’est que, dans certains cas, on n’arrive pas à faire débroussailler. Pour plusieurs raisons. D’abord, le coût. Quand on demande à une personne âgée, à une personne à la retraite, de débroussailler son terrain qui s’étend, par exemple, sur 2000 m2, cela a un coût qu’elle n’a pas toujours les moyens d’assumer. Ensuite, l’indivision qui plombe toute tentative. Nous n’avons pas d’interlocuteurs, pas d’héritiers ou trop d’héritiers à qui nous adresser. Enfin, le laxisme de certains. Il faut, donc, trouver des moyens pour le faire. Nous avons réfléchi avec le président du SIS2B, Guy Armanet, à la possibilité de mettre en place une taxe sur le débroussaillage, comme il existe la taxe GEMAPI pour entretenir les cours d’eau.

- Ce serait une taxe de plus ?
- Oui ! Mais une taxe minime qui serait donnée, en même temps, aux communes et aux communautés de communes pour qu’elles aient les moyens financiers de débroussailler au moins au cœur des villages et tout autour des villages. En tant que maire, il m’est arrivé de le faire dans ma commune, de rentrer sans autorisation sur des terrains pour les nettoyer parce qu’il y avait danger, mais je me mettais en porte-à-faux vis-à-vis de la loi. Je l’ai fait quand même parce que cela me paraissait nécessaire à la sauvegarde du village.

- Reste la question des maquis impénétrables, des pistes coupe-feu qui ne sont pas ouvertes… A chaque drame, ces questions ressurgissent. Qu’en pensez-vous ?
- L’ouverture de pistes pose, aujourd’hui, un problème parce qu’en ouvrant une piste, on ouvre la montagne à tout et à n’importe quoi. Ces pistes sont souvent empruntées par les quads, les motos, les 4X4 et cela perturbe la montagne et l’environnement. L’enjeu serait de les sécuriser et d’en réglementer strictement l’accès. Quelles solutions trouver ? En plein maquis, c’est compliqué ! Le développement du pastoralisme est une des clés du problème, mais plus généralement, c’est une politique globale de la montagne qu’il faut définir.

- Avec les condamnations des incendiaires, le ras-le-bol de la population… pensez-vous qu’il y a une prise de conscience et que les mentalités évoluent ?
- Oui ! Après ce qu’il s’est passé à Cervione et à Chiatra, je pense qu’il y a eu une forte prise de conscience parce que personne n’aurait jamais imaginé qu’un village puisse brûler, qu’il pouvait y avoir des victimes ! On s’est rendu compte que les villages étaient en danger, comme le maquis et les forêts. Aujourd’hui, beaucoup de gens nous sollicitent pour surveiller les villages, pour monter des associations de veille qui nous avertiraient immédiatement au moindre départ de feu. Des associations se sont déjà créées dans la vallée de la Gravona et dans celle du Prunelli, d’autres se créent en Haute-Corse. Nous allons travailler avec elles parce que tout le monde sait que plus nous intervenons vite, plus le feu peut être combattu et maîtrisé rapidement.

Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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