Sentinella et Aria Linda : "La mauvaise foi aussi pollue !"
Calvi
Par
Le 12 Octobre 2018
Dans un premier temps, les deux structures avaient adressé un courrier à Nicolas Hulot pour simplement lui rappeler que la procédure lancée par Ségolène Royal était au point mort et surtout pour lui dire que la réponse laconique faite par son cabinet laissait présager un avant goût du gouvernement dans son intention de faire venir le gaz naturel en Corse.
Un ministre à géométrie variable…
L’ancien ministre, lui, est venu en Corse il y a peu, mais avec des propos différents…La déclaration qu’il a faite dans les médias est restée en travers de la gorge des membres des deux associations. D’autant qu’il n’a même pas daigné les recevoir puisque c’est Virginie Schwarz, directrice de la DGEC qui s’est chargée de les rencontrer.
« Elle nous avait clairement laissé entendre que l’objectif du ministère était de profiter de la révision du PPE pour remettre en cause le projet de Gazoduc et de la centrale thermique d’Ajaccio, qui avait pourtant été voté par l’Assemblée de Corse, accepté par le ministère de Mme Royal et fait l’unanimité au sein des forces vives concernées. Plus que sa démission télévisée, l’autre surprise a été la lettre adressée au président du Conseil Exécutif de Corse, remettant en cause la Programmation Pluriannuelle Electrique. Or, depuis ce courrier, nous observons qu’il y a subtilement des propos et une campagne de presse anti-Gazoduc. Cela signifie que nous avons compris que lorsque Nicolas Hulot est venu nous servir des propos bizarres à propos de la PPE qui avait été mise en place précédemment, il y avait anguille sous roche. Cette PPE a donc été remise en cause par le ministre qui a évoqué une révision ou d’autres solutions. On n’y comprend plus rien. Nicolas Hulot a évoqué les énergies renouvelables. C’est lui qui a décrété en quelque sorte ce retournement de situation. Mais où sont les champs éoliens en Corse ? Il y a du photovoltaïque mais c’est très insuffisant dans le mesure où ce sont des énergies intermittentes. »
- A-t-il seulement justifié ces chamboulements ?
« Même pas ! Et c’est là que nous ne comprenons plus. On pense que c’est tout simplement lié à un problème financier. Alors on se pose la question de savoir s’il y a réellement une politique pour faire venir le gaz en Corse ? Je n’en suis pas sûr. Ce que nous savons avec certitude, c’est que pendant que la croisade anti-fioul est en train de porter ses fruits, en Corse, en 2023, à l’occasion de la mise en place de la nouvelle centrale thermique d’Ajaccio, nous allons être les parias de la transition écologique. La centrale va ainsi démarrer au fioul et va rester au fioul pour une bonne trentaine d’années ! »
Les doutes d’Aria Linda
La réaction de Jean-Nicolas Antoniotti d’Aria Linda a été claire et précise :
« Localement, le gaz présente l'avantage de réduire la pollution atmosphérique : à puissance émise équivalente, il émet six fois moins de soufre, neuf fois moins d'oxydes d'azote (NOx) et deux fois moins de monoxyde de carbone que le fioul lourd utilisé actuellement au Vazzio, d'après les calculs de Qualitair Corse. C’est faux ! Le gaz naturel ne contenant quasiment pas de soufre, ce rapport de 1 à 6 entre le soufre du gazole (fuel léger) et le gaz naturel n’a aucune assise scientifique. Un bilan à nuancer puisque les sept moteurs de la centrale ajaccienne sont équipés depuis une douzaine d'années de systèmes de dénitrification. Il convient donc de réduire les dioxydes d’azotes et pas les nitrates qui permettent de réduire les émissions de NOx. Quant aux particules fines, PM 10 et PM 2,5, elles disparaitraient totalement des fumées dégagées par les centrales. »
- Les Ajacciens respireront-ils enfin un peu d’air pur ?
« La centrale thermique du Vazzio arrive en 3e place des facteurs d’émission de PM 10 dans le golfe d’Ajaccio. Ce classement résulte de données déclaratives bien éloignées de la réalité des émissions de la centrale puisque l’industriel a le droit de soustraire les phases transitoires (démarrage, montée en régime et arrêts) soit les phases les plus polluantes. »
De son côté, le directeur de Qualitair Corse explique : « Cela ne correspond pas toutefois à la répartition par secteur dans l’air respiré car les cheminées de la centrale permettent de disperser les polluants émis. La centrale contribue donc essentiellement à élever le niveau de pollution de fond de la ville… »
Réplique d’Aria Linda : « C’est une affirmation que Qualitair, ne disposant pas de la caractérisation des particules mesurées en milieu urbain (étude CAPA de 2013 tronquée), ne peut étayer. Ce constat imparfait est d’autre part strictement attribuable aux seules PM10 qui ne représentent pas la fraction la plus impactante, sanitairement parlant. Ce qui est le cas des PM 2,5 et des nanoparticules qui ne sont pas mesurées, ou sans grand recu. Pour ajouter à la démonstration de la mauvaise connaissance de la dispersion des émissions de la centrale, il suffit de considérer les termes du courrier que la DREAL a adressé à Qualitair Corse le 28 avril 2017, en lui demandant notamment de compléter le dispositif de mesure des émissions de la centrale du Vazzio, dans le secteur de la Confina 2, compte tenu de la présence d’un futur hôpital et future d’un collège. En clair : nous respirons bien plus directement les gaz d'échappement des voitures que les émanations de la centrale. Ce qui ne remet pas en cause le bilan positif du gaz comparativement au fioul lourd. »
Voilà qui est peu rassurant pour l’avenir de nos enfants (et le nôtre) quant à ce que nous avalons au fil des jours et des années. Navrant !
J. F.
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